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Le cas de Lesvos

 

 

Organisme de Politique migratoire : le cas de Lesvos

 

Joël Hernandez, bénévole dans les camps de réfugiés de Lesvos et directeur du programme de l’organisation Humanitarian Support depuis janvier 2016, décrit l’historique du flux migratoire dans l’île et la réponse humanitaire à ce flux, en se référant à des entretiens avec des bénévoles, des journalistes, des membres d’organisations et sur sa propre expérience, dans une analyse publiée sur le site de l’Organisme pour la politique migratoire.

L’île de Lesvos (environ 85.000 habitants), qui a accueilli par le passé les déplacés grecs d’Asie Mineure (1919-1922), est devenue aussi un lieu d’accueil pour plus de 500.000 migrants en provenance de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak et d’autres pays qui représentent 59% de l’ensemble des migrants et réfugiés qui ont voyagé vers l’Europe du Nord via la Grèce en 2015. Lesvos, selon l’auteur, constitue un cas d’étude casuistique des pièges et des progrès de la réponse humanitaire de l’Occident dans cette crise migratoire continue.

Été 2015 : le début

Au cours de l’été 2015, alors que l’UE tente de parvenir à un consensus entre les états-membres et tandis que les organisations non-gouvernementales établissaient des plans, les réfugiés arrivant principalement sur les côtes nord de l’île de Lesvos (entre Molyvos et Skala Sikamia) étaient accueillis par les habitants et les touristes. Tous ceux qui étaient sauvés par les gardes-côtes grecs étaient transférés vers le port de Molyvos et de là ils devaient gagner Mytilène à pieds, à cause de la législation sur le transport illégal d’êtres humains (la Grèce a modifié la législation en juillet 2015, autorisant les particuliers à aider les demandeurs d’asile).

L’organisation International Rescue Committee (IRC) menait des actions dans la partie sud de l’île, alors que l’aide manquait, des bénévoles, menés par Eric et Philippa Kempson (anglais) et Melinda McRostie (greco-australienne, propriétaire d’un restaurant) qui coordonnaient les bénévoles, se chargeaient de l’accueil tandis que le flux des migrants ne cessait de s’intensifier. Malgré leurs efforts, il est vite apparu qu’une action d’organisations spécialisées et plus d’infrastructures étaient indispensables.

Automne 2015

Dans les premiers jours de l’automne 2015, Melinda McRostie et Emma Eggink ont créé la Fondation Asteria, pour assurer le transport des personnes depuis les côtes vers un lieu d’accueil à Molyvos. Des dizaines de bénévoles expérimentés ont agi, distribuant de l’eau, de la nourriture, des vêtements et des brochures d’informations en arabe et en farsi, utilisant un système avec tickets. Il y a eu des jours où environ 6.000 personnes par jour sont passées par le village. La Fondation Asteria a transporté des personnes de Molyvos à Mytilène en autocars financés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, Médecins sans frontières et le IRC – en décembre 2015 la zone d’accueil a été transférée dans la région de Apanemo.

Dans la région, la Fondation hollandaise pour les Réfugiés avec les barques (Stichting Bootvluchteling) s’activait avec 12 volontaires en alternance (y compris un professionnel de la santé), 1 petit car, des voitures et un bateau de sauvetage. Dans le même temps, une organisation de sauveteurs de Barcelone Proactiva OpenArms a offert son aide, sur une base de 24 heures avec deux canots de sauvetage et des dizaines de volontaires, MSF Sea, la Fondation Norwegian Drop in the Ocean, la Croix Rouge Grecque, Islamic Relief et Greenpeace.

Depuis décembre 2015, l’organisation IRC assume la gestion du site d’accueil à Apanemo, on enregistre une amélioration de la qualité de l’assistance fournie aux réfugiés nouvellement arrivés qui sont transportés à Eftalos puis vers des lieux d’accueil près de Mytilène.

Centres d’accueil : Kara Tepé

Mytilène et les centres d’accueil de Kara Tepé et de Moria constituent le fer de lance de la réponse officielle de la Grèce et de l’UE. A Moria, un centre d’identification a été installé et fonctionne avec du personnel de Frontex. Ici se sont habituellement des migrants d’autres nationalités (à l’exception de la Syrie) qui se présentent, ils restent environ 1 semaine jusqu’à leur complète identification et pouvoir être transférés. Les Syriens sont envoyés à Kara Tepé où ils sont enregistrés et leurs empreintes digitales sont prises par les autorités grecques, un jour ou deux sont nécessaires pour qu’ils obtiennent les documents de voyage qui leur permettent de rester en Grèce durant 6 mois. À Kara Tepé, l’IRC, Médecins du monde et Médecins sans frontières (depuis déjà juin 2015) interviennent tandis que la police grecque et les gardes-côtes font des rondes afin d’assurer l’ordre et distribuer les documents. La situation de l’accueil s’est dégradée en juillet 2015, en raison des importantes arrivées, mais avec la coordination de HCNUR et la participation d’organisations non-gouvernementales, des autorités municipales et d’organisations locales, et l’achat de 250 maisons supplémentaires par la Fondation de la société IKEA, la situation s’est améliorée (158 maisons se trouvent à Kara Tepé, 62 à Moria et 20 sont utilisées comme entrepôts ou centres de distribution). En janvier 2016, 70 professionnels membres d’ONG ont travaillé à Kara Tepé. Oxfam distribue de la nourriture et des couvertures, Médecins du monde et l’organisation Humanitarian Appeal sont responsables des dispensaires sur le lieu d’accueil, Médecins sans frontières et l’organisation grecque Praxis procurent des lieux sûrs pour les enfants et les mères. L’organisation Humanitarian Support Agency distribue également de la nourriture.

Centres d’accueil : Moria

La police grecque est responsable du fonctionnement du centre de Moria. L’assistance est apportée à peu près par les mêmes organisations qu’à Kara Tepé (30 personnes en été, 140 actuellement), Frontex assure le contrôle des papiers et les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur s’occupent de l’enregistrement. Au mois d’octobre, à Moria, sont arrivées quotidiennement entre 3.000 et 6.000 personnes. Pour faire face à l’augmentation des arrivées, des bénévoles ont installé un nouveau centre d’accueil, à côté de l’ancien où les conditions de vie étaient mauvaises et où il n’existe aucune coopération avec l’unité principale d’accueil de Moria.

Hotspots

En mai 2015, l’UE proposait la création de hotspots (en Grèce : Lesvos, Chios, Samos, Leros et Kos) fonctionnant avec du personnel de l’UE et la participation des autorités locales pour l’identification, l’enregistrement et la prise des empreintes digitales des migrants et des réfugiés ainsi que le contrôle du retour dans le pays pour ceux ne relevant pas du système de protection et le transport de ceux ayant droit à de nouvelles destinations. En octobre 2015, a ouvert le hotspot de Moria (une semaine plus tard ouvrira celui de Kara Tepé). Des différences dans les délais d’enregistrement ont été constatées (en partie parce que les fonctionnaires à Kara Tepé n’ont pas besoin de contrôler la nationalité), tandis que le plan de réinstallation des réfugiés de l’UE n’a pas été mis en œuvre complètement, ce qui entraîne un allongement du séjour des réfugiés dans les centres d’accueil.

Enfin, on constate des problèmes dans le transport des migrants et des réfugiés entre les îles et le continent (à cause du nombre extrêmement important de personnes à transporter, des grèves, des tensions entre les réfugiés) et aux frontières des pays balkaniques (nécessité de faciliter le transport et l’accueil sur la route des personnes qui voyagent).

Actuellement

Malgré la période hivernale, le passage des migrants et des réfugiés se poursuit sans relâche, le nombre des arrivées en décembre est comparable à celui du mois d’août. L’efficacité de l’accord signé, en novembre, entre l’UE et la Turquie n’est pas encore tangible. Les autorités grecques ont fourni des efforts immenses pour gérer la crise des réfugiés, alors que la vie du pays est soumise à de sévères mesures d’austérité. Parfois, cependant, elles ont aussi entravé les efforts des organisations humanitaires (arrestation de bénévoles pour assistance à des migrants clandestins, mauvaise communication avec les bénévoles et les ONG). Des tensions se sont révélées entre les organisations établies et les organisations de bénévoles. De plus, un soutien psychologique est nécessaire pour de nombreux migrants, tant pour gérer les épreuves traversées que pour faire face à leur nouvelle vie (sociétés et cultures différentes).


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Dernière modification : 05/02/2016