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Ereikousa, île honorée

 

 

 

Une histoire à Ereikousa méconnue de la période de l’Occupation  

L’île oubliée des héros  

Une île grecque reçoit un prix pour la solidarité dont elle a fait preuve durant les sombres années de l’Occupation.

À la limite des frontières maritimes, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’île oubliée d’Ereikousa est honorée pour l’abnégation de ses habitants, puisque toute la communauté, dans cette petite île de la mer Ionienne, a caché une famille de Juifs grecs des occupants Allemands.

L’histoire refait surface à l’occasion de la sortie d’un livre-documentaire écrit par l’écrivain greco-américaine et productrice de télévision Ivet Manesi qui a, après une enquête menée durant de longues années, retrouvé des descendants des rescapés qui ignoraient l’aventure de leurs ancêtres. D’ailleurs, de nombreux survivants de ces sombres années ont fait le choix de ne pas raconter leurs drames à leur famille.

Le livre intitulé «Le murmure des cyprès», édité par «Psyhogios», a été traduit en 14 langues et est devenu un best-seller en Norvège et aux Pays-Bas. Originaire d’Erikousa, Ivet Manesi a méthodiquement enregistré les récits de ses parents et des habitants de l’île et elle narre leurs efforts pour sauver une famille des fours crématoires des nazis.

Une cérémonie est organisée le 26 juin, au cours de laquelle l’Association des Amis des Juifs Grecs de New York remettra une décoration à la petite communauté pour le courage moral dont elle a fait preuve, tandis que l’Institut International Raoul Wallenberg remettra lui-aussi un prix similaire. La plupart des 2.000 membres de la communauté juive de Corfou ont été déportés au camps d’Auschwitz et, seuls quelques-uns en sont revenus. Très peu ont réussi à s’échapper quand les Allemands ont commencé les arrestations et parmi eux un tailleur prénommé Savvas. À bord d’une barque, il a accosté à Ereikousa avec ses trois filles, Tzoulia, Nina et Sarah, ainsi qu’une petite fille, Roza, probablement membre de sa famille.

Il espérait trouver sur l’île son salut, parce qu’il n’y avait pas de présence permanente allemande. Leur présence était un secret de polichinelle, ils étaient hébergés chez des habitants et les ont cachés quand les occupants sont venus enquêter.

Les Allemands se sont rendus à maintes reprises sur l’île, ils recherchaient des Juifs, mais la famille restait bien cachée dans des bosquets et sur la partie plus sauvage de l’île, habillée de costumes locaux, et la cellule du pope était un refuge sûr.

« Toute petite déjà j’écoutais ma grand-mère raconter cette histoire, autant notre famille que les habitants de l’île les aimaient et les ont aidé. De nombreuses années plus tard, quand j’ai voulu écrire une histoire de cœur qui lie notre île, j’ai décidé de la raconter. De nombreuses personnes se souvenaient de cette époque et des nazis qui pénétraient dans les maisons et  les fouillaient. Ma tante se souvient, âgée alors de 7 ans, avoir été battue et jetée au sol pour avoir refusé de crier « Heil Hitler ». Quand les Allemands venaient, ils cachaient la famille dans différents endroits et lui apportaient secrètement de quoi manger» raconte Ivet Manesi au journal « Ethnos », avant de partir pour Washington interviewer le président des USA Barack Obama. Après des études à l’université de New York, elle a reçu le prix EMMY et travaille comme scénariste et productrice de télévision pour une émission très connue « Le Show extra », diffusée par NBC et différentes chaînes du pays. De plus, elle écrit des livres. « Le murmure des cyprès » a déjà été traduit en 14 langues (allemand, serbe, croate, polonais…) Mère de deux enfants, elle essaye de leur apprendre quelques notions de grec.

Ereikousa

Les difficultés d’un petit paradis  

Une petite île à l’extrême nord de la mer Ionienne. Des plages immaculées, des eaux turquoises et un parfum suranné de Grèce. Un petit paradis estival pour les visiteurs. Ereikousa se trouve dans les îles Diapontia avec Methraki et Othoni, à 2-3 heures de bateau de Corfou, tandis qu’une liaison existe (seulement pour des passagers) depuis Sidari et Aghios Stefanos. Les résidents permanents, cependant, y vivent dans des conditions particulières. M. Andreas Goulis, maire-adjoint de Corfou, représentant de l’unité municipale, donne les grandes lignes : Conformément au recensement de 2011 il y a 496 habitants, en réalité l’hiver il ne reste que 60 personnes.  

L’île possède un ancien petit port, sans représentant portuaire, une seule personne est affectée au poste de police. Pour toute démarche administrative, les habitants doivent aller à Corfou. Il n’y a ni banque ni distributeur, pas de station service, l’essence dans des bidons et les médicaments sur commande sont acheminés par bateau. À Diapontia, l’école primaire est encore ouverte pour 4 enfants. « Le plus gros problème étant l’assistance médicale, cela fait deux ans qu’il n’y a plus de médecin permanent sur l’île, il en vient un de Corfou pour quelques jours » déclare M. Goulis et il mentionne l’importance que les manifestations honorifiques représentent pour leur île.

« Pour nous, ces manifestations ont une importance toute particulière. Il existe un livre sur l’île, qui honore son histoire et nous attendons sa présentation pour voir quelques-uns de nos compatriotes appartenant à la grande communauté des expatriés ».  

Pages d’une vie

L’amitié touchante de deux femmes, l’enquête et les obstacles  

Avec des racines à Ereikousa et Nafpaktia, Ivet Manesi est née à New York et a grandi dans un environnement grec. Comme le font de nombreux expatriés, ils sont venus en famille de nombreuses fois en été visiter l’île et la maison fermée.

« Dans cette maison, ma grand-mère est devenue amie avec une jeune fille juive, prénommée Roza, qui se cachait des nazis. Roza et sa famille s’étaient réfugiés sur notre île quand les allemands ont regroupé toute la communauté juive de Corfou et ont envoyé presque 2.000 juifs grecs à Auschwitz. Mon père se souvient de la joie de ma grand-mère à chaque fois que Roza venait la voir, profitant de la clandestinité offerte par l’obscurité. Malgré les avertissements des Allemands qui menaçaient d’arrêter toute personne qui aidait ou cachait des Juifs et serait condamnée à mort ainsi que toute sa famille, chaque soir ma grand-mère ouvrait sa porte et accueillait Roza » raconte Ivet Manesi et souligne qu’il existait un avertissement sévère envers toute personne qui cachait des Juifs : toute sa famille serait exécutée. Tous, cependant, ont gardé le silence jusqu’à la fin de la guerre.  

Personne ne savait  

J’ai décidé de retrouver la trace de ces personnes et de leurs familles. Cela a été très difficile, personne ne savait rien, ni à Corfou. J’ai trouvé de l’aide à l’Institut Yad Vashem, ainsi qu’à l’Association des Amis des Juifs Grecs de New York et de Mme Marsa Oikonomopoulou. Petit à petit, les trous de l’histoire se sont remplis. Le tailleur, Savvas, est mort sur l’île après la Libération. Il a été enterré sur l’île et quelques années plus tard des parents sont venus recueillir ses restes. Deux de ses filles sont restées au début en Grèce, Tzoulia et Nina qui revenait régulièrement sur l’île liée inextricablement avec les habitants. Sarah avec Roza se sont retrouvées sur un bateau de réfugiés et sont restées deux années dans un camp britannique à Chypre, puisque l’état d’Israël n’avait pas encore été fondé. Par la suite, elles ont décidé d’oublier ce qui leur était arrivé et n’ont plus jamais reparlé de cette histoire à personne. Quand j’ai retrouvé les descendants de Roza, ses enfants ne connaissaient rien de son histoire ni des photos que conservaient leur mère. Avec la même difficulté j’ai retrouvé les descendants de Sarah aux USA. Maintenant, ils vont venir tous ensemble le 30 juin pour rendre hommage à l’île » déclare Ivet Manesi et souligne l’aide que le fondateur du site MyHeritage.com lui a apporté pour collecter des informations sur le sort des filles et de leurs descendants. Même le nom de famille de Savvas était inconnu, quoique certains disaient qu’il était en Israël. Comme on lui disait, elle cherchait une aiguille dans une botte de foin dans toutes ces listes de noms qui ont changé au fil du temps, en fonction des décès, des mariages et après vérification de nombreuses possibilités jusqu’à ce que les détails correspondent.

 

Yorgos Apostolidis

Sources : journal Ethnos du 13 juin 2015    

 

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Dernière modification : 22/06/2015