Accueil Actualités Communiqués Politique Etrangère Evénements culturels La Grèce en France Grèce Xenios Médias Olympisme Contactez-nous

Marbre Tiniote

 

 

Le savoir-faire artisanal tiniote du marbre

 

Le Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, réuni en Namibie, a inscrit le 2 décembre 2015, 15 nouveaux éléments sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité dont le savoir-faire artisanal tiniote du marbre. La Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité est composée des expressions qui démontrent la diversité du patrimoine immatériel et qui font prendre davantage conscience de son importance .

L’art de la sculpture sur marbre est une expression de l’identité culturelle de Tinos. Les artisans du marbre possèdent des connaissances empiriques sur la composition et la structure des roches marbrières, les propriétés de chaque type de marbre et la manipulation de ses veines. Les ateliers de sculpture sur marbre produisent un grand nombre de motifs et symboles traditionnels, parmi lesquels le cyprès, les fleurs, les oiseaux et les navires. Ceux-ci perpétuent et s’inspirent d’un répertoire symbolique commun de traditions religieuses, magiques et orales. Les motifs gravés sur les bâtiments, les panneaux de signalisation, les églises et dans les cimetières ont une fonction d’expiation et de détournement des influences maléfiques, tandis que les gravures réalisées sur divers récipients et impostes en marbre utilisés au quotidien mettent l’accent sur la fertilité et la prospérité. 

Les artisans se regroupent parfois en équipes pour la réalisation d’un vaste projet et certains maîtres travaillent parfois seuls pour des petites commandes. La transmission suit des pratiques ancestrales.

Les apprentis commencent par des tâches mineures, comme disposer les outils des maîtres et nettoyer l’atelier, puis vient l’apprentissage progressif du savoir-faire et du dessin. Chaque maître supervise un ou deux apprentis, généralement des membres de sa famille, pour lesquels il joue le rôle de mentor. Lorsque l’apprenti a terminé sa formation et reçoit le titre de maître artisan, il se voit remettre un petit coffre contenant quelques outils. Près d’un quart des étudiants sont désormais des femmes, ce qui marque une nette évolution de la tradition du savoir-faire artisanal du marbre, qui, jusqu’à une époque récente, était une activité exclusivement masculine.

Les artisans tiniotes du marbre sont organisés en ateliers exerçant leur activité sur l’île. On recense aujourd’hui 9 ateliers en activité dans la Communauté historique de Panormos, qui emploie une trentaine d’artisans hautement qualifiés.

présentation vidéo

Chaque année, 20 étudiants quittent l’École préparatoire et professionnelle des beaux-arts de Panormos avec un diplôme.

À Athènes, on compte une quinzaine d’artisans qualifiés et 50 autres sont employés sur divers chantiers, et notamment à la restauration de l’Acropole d’Athènes.

Le centre de l’artisanat du marbre à Tinos est la Communauté historique de Panormos, qui se compose des villages suivants : Pyrgos, Plateia, Vernadados, Marla, Mamados, Ysternia ainsi que de petits hameaux comme Koumelas, Malli et Rochari. Plus de 500 habitants vivent sur un espace de 34 000 kilomètres carrés, dans la partie nord-est de l’île où se situe la Communauté. Les ouvriers des carrières et la majeure partie des artisans vivent à Panormos. Peu d’artisans du marbre vivent et travaillent à Athènes. 

Mais depuis les années 1750, les Tiniotes ont commencé à ouvrir des ateliers dans plusieurs autres villes grecques, tout en poursuivant leurs activités à Smyrne, à Constantinople, dans le sud de la Russie, en Roumanie et en Égypte où ils ont honoré d’importantes commandes. On peut encore admirer un grand nombre de leurs œuvres (statues, monuments funéraires, etc.) dans ces villes mais, après les années 1950, la dispersion géographique des artisans est restée limitée à Tinos et à Athènes.  

L’art de l’extraction et du traitement du marbre à Tinos, influencé par l’art byzantin, était florissant à la fin de l’époque vénitienne (XVIIe siècle). Sa transmission passe par l’apprentissage et s’inscrit dans la culture populaire.

L’art de la sculpture sur marbre traduit l’identité culturelle de Tinos. Il faut remonter pour cela au XIVe siècle. Il a toujours reposé sur une base familiale, en se transmettant de génération en génération. Les artisans et la plupart de leurs clients font partie du même milieu culturel. Les motifs ornementaux (cyprès, navires, etc.) s’inspirent d’une symbolique commune autour des traditions religieuses et orales, pour les perpétuer.

Des pratiques rituelles et festives se rapportant au travail du marbre se déroulent à certaines occasions : ouverture d’une carrière, passage du statut d’apprenti à celui de maître-artisan, la fête de Saint Charalampe, le saint-patron des artisans du marbre, etc.

Les carriers et les artisans du marbre possèdent des connaissances géologiques empiriques mais précises sur la composition et la structure des roches marbrières, les propriétés de chaque type de marbre, la manipulation de ses veines, etc.

Leurs techniques sont similaires à celles de la Grèce antique. Il arrive qu’elles soient simplifiées ou au contraire complexifiées, en fonction du contexte historique spécifique. Elles intègrent progressivement des innovations techniques ou stylistiques, de style baroque, néoclassique ou néobyzantin.

Les techniques spécialisées transmises oralement sont inextricablement liées aux pratiques socio-économiques. Au fil du temps, un « ethos » social distinctif s’est construit autour d’elles.

Le savoir-faire des artisans tiniotes du marbre, qu’ils travaillent en Grèce ou non, a constitué les fondations qui ont permis d’asseoir la valeur artistique de plusieurs sculpteurs grecs.

Les ateliers de sculpture sur marbre sont caractérisés par une organisation hiérarchique très stricte. On dénombre trois grades d’artisans : le maître, qui est également le propriétaire de l’atelier (afentiko, protomastoris), l’artisan accompli/compagnon (mastoroi) et les apprentis (paragioi). Les compagnons sont rémunérés à la journée, alors que les apprentis apprennent le métier sans rémunération. À un niveau intermédiaire, on trouve les assistants du maître (mastorakia) qui en sont à la seconde phase d’apprentissage et qui touchent un salaire inférieur à celui des compagnons, ou qui sont payés aux pièces.

Les artisans se regroupent parfois en équipes (kompanies) pour la réalisation d’un vaste projet et travaillent sur le lieu de la commande. Une autre pratique est la collaboration entre ateliers ou la division d’un ouvrage entre sous-traitants. Les maîtres travaillent parfois à titre indépendant dans des carrières et des ateliers, en équipe ou seuls, en tant qu’artisans itinérants pour des commandes mineures.

Les propriétaires d’ateliers appartiennent à la classe sociale supérieure et participent activement à la vie publique. Le maître-artisan est un modèle à la fois social et professionnel pour les enfants, qui s’amusent, dès leur plus jeune âge, à inciser avec l’ongle le marbre qui recouvre les rues. La prédominance sociale des artisans sur les agriculteurs, contrairement à la situation dans les régions fertiles, s’exprime également avec vivacité dans plusieurs chants populaires :

« Mon cher enfant ne sème pas, ne fait pas les récoltes,

Il tient simplement le maillet et sculpte le marbre

Le plus précieux de tous les ambres, le plus beau de tous les fils ».

Les enseignants et les étudiants de l’École de Panormos font également partie des détenteurs de l’élément.

La transmission dans les ateliers se fait toujours selon les pratiques ancestrales : les apprentis commencent par des tâches mineures, comme celles de disposer les outils des maîtres – ce qui leur permet de se familiariser avec ces instruments –, de nettoyer l’atelier et d’apprendre l’ordre et l’obéissance. L’apprenti se voit généralement proposer le gîte et le couvert à titre de rémunération. Cette phase initiale est suivie d’une période d’apprentissage progressif du savoir-faire (des techniques les plus simples aux plus complexes) et enfin du dessin.

Chaque maître supervise un ou deux apprentis-assistants sur lesquels il exerce non seulement un pouvoir de direction mais également une influence éducative et formatrice/pédagogique. Il joue le rôle de mentor. Il n’est pas rare que le maître ne dévoile pas certains des secrets du métier, que l’apprenti se doit alors de découvrir par lui-même. Mais ce n’est pas toujours le cas car certains ateliers plus grands ont tendance à travailler ouvertement.

À l’issue d’une période d’au moins quatre ans, lorsque l’apprenti a terminé sa formation et reçoit le titre de maître-artisan, le propriétaire de l’atelier lui remet un petit coffret (kaselaki) contenant quelques outils. Il s’agit d’une sorte de rituel symbolique qui se déroule devant les maîtres.

À l’école préparatoire et professionnelle des beaux-arts de Panormos (créée en 1955), les pratiques initiatiques des premières années étaient peu différentes de celles d’un atelier. Ces traditions ont un peu évolué de nos jours, bien que la qualité artisanale du travail du marbre soit toujours d’actualité. Près d’un quart des étudiants sont des femmes, ce qui marque une nette évolution de la tradition du savoir-faire artisanal du marbre, exclusivement réservé, jusqu’à une époque très récente, aux hommes.

Les motifs et symboles traditionnels de sculpture (cyprès, fleurs, oiseaux, navires, etc.) renvoient directement et fortement les communautés tiniotes à leur identité culturelle telle qu’elle s’est développée depuis le début de la période moderne dans la région égéenne et en Grèce.

Les motifs gravés par les maîtres tiniotes dans les bâtiments, les panneaux de signalisation, les églises et les cimetières revêtent un caractère principalement religieux ou apotropaïque et ont une fonction d’expiation et de détournement des influences maléfiques. Ils transmettent au propriétaire ou au passant les vœux de santé, de longévité, de sécurité et de bien-être. Les gravures réalisées sur divers récipients et impostes en marbre du quotidien favoriseraient la fertilité et la prospérité.

La riche tradition tiniote du savoir-faire artisanal du marbre a fait de l’île un centre d’expertise artisanale renommé en Grèce et même au-delà, partout où la diaspora grecque moderne a prospéré.

On y retrouve encore des vestiges de leur art (monuments funéraires et monuments aux morts, éléments architecturaux en marbre, etc.). Dans l’Athènes du XIXe siècle, les Tiniotes ont formé un noyau influent et collaboré avec les architectes qui ont façonné le patrimoine bâti néoclassique de la capitale. Certains d’entre eux faisaient partie des premiers diplômés de l’École polytechnique. De nombreux artistes renommés (Dim. Filippotis, Yannoulis Halepas, Laz. Sohos, N. Gkizis, Nikif. Litras, pour n’en citer que quelques-uns) sont issus de ce milieu. Tous ont été initiés au travail du marbre dans des ateliers familiaux.

Les années 1930 ont été marquées par un virage de la décoration ecclésiastique vers le style néobyzantin, tandis que la fin des années 1970 a vu réapparaître les reliefs aux thèmes populaires. Aujourd’hui, l’activité des ateliers, qui cultivent toutes les facettes de leur tradition, est florissante.

Il n’existe aucun aspect de l’élément qui ne soit pas conforme aux instruments existants relatifs aux droits de l’homme ou à l’exigence du respect mutuel entre communautés. La pratique en vigueur dans les ateliers et les carrières est conforme à l’ensemble des lois grecques et de la législation européenne en matière de sécurité sur le lieu de travail et de droits des travailleurs.

Il existe à Tinos de nombreuses carrières, grandes et petites. Elles se situent à Panormos mais également dans d’autres parties de l’île. Le marbre qui en est extrait se présente sous différentes teintes de blanc et de gris, sans oublier le fameux vert, que l’on connaît depuis l’antiquité sous l’appellation de vert antique, ou ophite. Outre les carrières de marbre, il existe également des carrières d’ardoise. Elles appartiennent toutes à la population locale et sont divisées en petites parcelles (partes), à l’exception d’une carrière de marbre vert qui appartient à une société basée à Athènes.

L’extraction des vastes ressources de marbre de Tinos met en œuvre des procédés sans danger pour l’environnement et sans incidence sur la disponibilité de ces ressources pour les générations futures.

L’utilisation de marbre et/ou de pierre pour construire ou fabriquer des objets sur des territoires où les arbres ne poussent pas en abondance est une méthode ancestrale compatible avec les principes de développement durable. Le marbre et la pierre semblent être une ressource presque inépuisable dans les régions arides et montagneuses de Grèce. Les constructions en pierre ou en marbre donnent des structures parfaitement bioclimatiques. Les objets du quotidien en marbre sont neutres sur le plan environnemental car ils ne se transforment pas en sources de pollution une fois jetés, en fin d’utilisation.  

L’administration territoriale de Tinos a toujours cherché à promouvoir les arts du marbre et à préserver le savoir-faire artisanal car c’est le socle de l’identité des Tiniotes et ce qui fait leur fierté.

Les musées des artistes tiniotes ont été installés à Pyrgos et le musée qu’abrite la maison de Halepas à Pyrgos, tous situés dans le centre des arts du marbre.

On peut également citer le Musée Lazaro Soho dans la ville de Tinos, créé et dirigé par la « Fondation sacrée de l’Église de l’Annonciation ».

La municipalité a toujours œuvré activement à faciliter le fonctionnement quotidien de l’École de Panormos et de la « Fondation sacrée de l’Annonciation », qui apporte également une aide financière à l’École, de façon à ce qu’il ne reste à la charge des étudiants ni frais de scolarité ni aucun autre coût lié au matériel nécessaire à leur formation. L’École propose également un repas aux étudiants tous les jours de semaine, afin qu’il ne leur reste à supporter que les frais d’hébergement. Chaque année, ce sont 15 à 20 étudiants qui y démarrent leur formation professionnelle. Pour être admissibles, ils doivent avoir obtenu leur examen de fin de scolarité, ou au moins avoir été au bout du cycle d’éducation obligatoire de 9 ans, et être originaires de  Grèce (toutes régions confondues).

La Fondation culturelle tiniote et la municipalité de Tinos ont également été engagées dans la documentation de l’élément, en produisant des publications (scientifiques et de vulgarisation) et en organisant des expositions qui font la promotion et mettent en valeur les œuvres des nombreux maîtres-artisans tiniotes ainsi que de tous les sculpteurs originaires de l’île et ayant acquis une renommée nationale et internationale.

En 1955, l’État grec a inauguré à Pyrgos l’école préparatoire et professionnelle des beaux-arts de Panormos, un établissement d’éducation unique dont la vocation est de sauvegarder la transmission du savoir-faire artisanal du marbre. Les étudiants y suivent un cursus de trois ans. Les matières enseignées sont le dessin, la conception architecturale, le modelage de l’argile, la sculpture sur marbre et la théorie des arts. Le règlement dispose que les deux meilleurs diplômés accèdent à l’École des Beaux-arts d’Athènes (prestigieux institut d’éducation supérieure) sans avoir à passer par les stricts examens d’admission. Le ministère grec de la Culture fixe les normes, contrôle le parcours, les qualifications des enseignants et la procédure d’admission et diplômante de l’École. Compte tenu de la réputation de l’École, les diplômés peuvent démarrer leur propre activité en bénéficiant d’excellentes références, ou bien trouver un emploi dans les services de restauration des monuments.

Depuis les années 1950, le Service archéologique utilise les instruments législatifs disponibles (essentiellement des listes) pour protéger les œuvres des maîtres tiniotes. Il existe aujourd’hui à Tinos 60 églises (orthodoxes et catholiques), une vingtaine de maisons, 10 colombiers (pigeonniers, peristerones), 2 fontaines, un phare et le cimetière du village de Pyrgos, tous classés monuments historiques, qui témoignent de l’excellente qualité du savoir-faire artisanal du marbre.  

Dossier candidature 


page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : 07/12/2015