Journal Le Figaro du 16 septembre 2008

 

 

A Athènes, un scandale immobilier éclabousse le gouvernement et l'Eglise

Le soupçon est né après la vente de deux anciens sites olympiques aux moines du mont Athos

L'affaire fait grand bruit à Athènes. Le scandale immobilier relayé depuis plusieurs jours par la presse implique d'un côté les intouchables moines du mont Athos et de l'autre plusieurs personnalités du gouvernement. Vendredi, c'est le ministre grec de la Marine marchande, Georges Voulgarakis, ancien ministre de la Culture, qui a succombé à la pression et présenté sa démission. L'histoire est partie de la vente de deux lotissements ultramodernes, construits dans la périphérie d'Athènes pour les Jeux olympiques de 2004. Laissés en désuétude, les deux terrains qui devaient être aménagés en ministère auraient été vendus à l'Église, précisément aux moines du monastère de Vatopedi du mont Athos pour 25 millions d'euros, un montant bien en dessous de leur valeur réelle. Et trois mois seulement après cette acquisition, les religieux les auraient revendus, en doublant la mise (41 millions d'euros). Bien d'autres ventes, échanges ou achats illégaux ont été pointés du doigt, soit au total un manque à gagner pour l'État de plus de cent millions d'euros.

Pour le procureur de la Cour suprême Giorgos Sanidas, qui a ouvert une enquête sur l'ensemble des transactions, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : «Trop d'argent public a été dilapidé. Quand un bien est estimé à près d'un million d'euros lors de la vente aux moines alors que sa valeur objective dépasse les huit millions d'euros, le décalage est frappant. Si les moines ont véritablement foi en Dieu, ils rendront de leur propre chef l'argent qu'ils ont pris.»

 «Hold-up sacrés»

Plusieurs ministres et proches auraient joué le rôle d'intermédiaire dans ces transactions, notamment l'épouse de M. Voulgarakis, qui a établi les actes notariés entre l'État, le monastère et les partenaires privés. Au pouvoir depuis 2004, le gouvernement avait pourtant fait de la transparence dans les affaires publiques sa priorité. Au moment où la Grèce, seul pays en Europe à ne pas disposer d'un cadastre, est en train d'en mettre un en place, l'opinion publique s'interroge sur la collusion d'intérêts entre l'État et l'Église, premier propriétaire immobilier du pays. «Il s'agit là du scandale le plus important qui touche le mont Athos, après les accusations de détournement de fonds européens sur la rénovation du patrimoine cultuel», constate Nikos Sifounakis, député européen du parti socialiste, le PASOK.

Le mont Athos, territoire autonome mais dépendant administrativement du ministère des Affaires étrangères, déchaîne les critiques. «Les biens immobiliers de l'Église sont exemptés d'impôts, ils s'étendent sur tout le territoire et surtout sont gérés, échangés ou revendus sans aucun contrôle de l'État. Il est temps de séparer l'Église de l'État, de devenir un État laïque et, ainsi, de pouvoir contrôler ces “hold-up sacrés”». Mis à l'épreuve une nouvelle fois, le premier ministre, Costas Caramanlis, à démenti tout remaniement gouvernemental ou élections anticipées. Il s'est contenté de nommer un nouveau ministre de la Marine marchande et de recadrer ses autres ministres. Leur demandant «de s'occuper sérieusement de leur ministère», il a prévenu qu'il serait «désormais intransigeant pour toute faute commise par ces derniers». Mais tous les commentateurs de la vie politique s'accordent à penser que l'outre d'Éole contient bien d'autres turbulences.

Alexia Kefalas, Athènes

 


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Dernière modification : mardi 16 septembre 2008