Journal La Tribune du 22 avril 2010

Paris se met en ordre de bataille pour aider Athènes 

Christine Lagarde a dévoilé les modalités de la participation française au plan d'aide à la Grèce. La France pourra mobiliser 3,9 milliards d'euros en 2010, creusant au passage le déficit de l'État.

Etre prêt à dégainer au cas où... la Grèce entame à peine les discussions avec l'Union européenne et le FMI sur les modalités du plan d'aide qui pourrait lui être alloué que les pays de la zone euro s'organisent pour pouvoir répondre à l'appel. Pour la France, c'est Christine Lagarde et François Baroin qui seront à la manoeuvre dès les premiers jours de mai lorsqu'il soumettront au Parlement le deuxième collectif budgétaire (PLFR) de l'année. Ce texte court - trois articles - formalise l'aide financière que Paris pourrait consentir à la Grèce dans le cas où Athènes activerait le plan de soutien triennal européen. Celui-ci prévoit que les pays de la zone euro lui prêteront jusqu'à 30 milliards d'euros la première année, et le Fonds monétaire international une dizaine de milliards.

La ministre de l'Économie a présenté les modalités de la contribution française en Conseil des ministres mercredi. Selon le dispositif arrêté entre pays européens il y a une dizaine de jours, le coup de pouce français à la Grèce sera de 6,3 milliards d'euros, un montant défini en fonction de la part que détient la Banque de France dans le capital de la Banque centrale européenne (soit 21 %). Sur cette part, seulement 3,9 milliards d'euros (soit les deux tiers) sont inscrits en crédits de paiement dans le collectif et sont donc effectivement mobilisables pour l'exercice fiscal 2010. Ceci tient compte du fait que l'année 2010 est déjà entamée au tiers et que la Grèce n'a pas encore activé son plan d'aide.

Si ce montant était totalement décaissé dans les mois qui viennent, le déficit budgétaire de l'État serait dégradé de 3 milliards d'euros à 152 milliards, et non de 3,9 milliards car la France table sur 900 millions de recettes de TVA supplémentaires par rapport à ses dernières prévisions. À l'inverse, ni le déficit public ni la dette ne seront affectés par cette opération.

Message aux parlementaires

Soucieuse de pédagogie, Chris-tine Lagarde insiste sur le fait que ce chèque potentiel de 3,9 milliards d'euros « n'est pas un cadeau fait aux Grecs ». La ministre de l'Économie souligne que si cette opération doit évidemment aider la Grèce, elle ne « doit pas non plus pénaliser la France ». Les pays de la zone euro vont prêter à la Grèce à un taux attendu autour de 5 % alors que la France emprunte aujourd'hui à environ 1,5 % à 3 ans. La ministre de l'Économie adresse aussi un message aux parlementaires pour que ce collectif soit adopté rapidement afin que la France - comme les autres pays européens - ait finalisé son dispositif à la mi-mai. En effet, le 16 mai, l'État grec aura un besoin de financement de 8 milliards d'euros. Pour cette raison, Christine Lagarde souhaite que la discussion de ce collectif budgétaire ne soit pas mise à profit par les uns et les autres pour remettre sur le devant de la scène des sujets aussi épineux que le... bouclier fiscal.

 

Par Anne Eveno

L'incertitude sur le sauvetage de la Grèce électrise les marchés 

Le taux à 10 ans grec a inscrit un nouveau record, à 8,3 %, tandis que l'euro et les valeurs bancaires ont été attaqués.

La pression exercée par les marchés sur la zone euro et Athènes est montée d'un cran mercredi, en raison de l'incertitude persistante entourant un éventuel sauvetage de la Grèce. L'euro a renoué avec ses plus bas de vendredi, enfonçant le seuil de 1,34 dollar, tandis que les valeurs bancaires étaient sous pression. Le taux des obligations d'Etat grecques à 10 ans a bondi à un nouveau record historique de 8,3 %, alors que des négociations concernant le mécanisme d'aide conjointe du FMI et de l'Union européenne démarraient le même jour à Athènes.

Le ministre des Finances grec a annoncé qu'un texte commun serait rédigé d'ici au 15 mai, qui servira de « cadre de référence en cas d'activation du mécanisme d'aide », même s'il a répété que son gouvernement n'a pas demandé officiellement d'aide. Les déclarations de son homologue allemand concernant le délai législatif nécessaire (près de 2 semaines) pour autoriser un prêt la Grèce a, en outre, relancé les craintes des marchés sur les réticences de Berlin.

Autre sujet d'inquiétude, le Portugal a également été dans le viseur des marchés, en raison de son déficit proche de 10 %. Ce pays a vu son taux à 10 ans grimper de 11 points de base, à 4,75 %. A l'instar d'un certain nombre d'observateurs, inquiets d'une contagion des difficultés grecques aux autres mauvais élèves de la zone euro, la FMI a pressé les autorités grecques et européennes à agir. « Le principal risque est que, si elles restent incontrôlées, les inquiétudes des marchés sur la liquidité et la solvabilité de la Grèce pourraient se transformer en une crise de la dette souveraine à grande échelle », a souligné l'institution dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales publié mercredi.

Ces tensions interviennent alors que les pays européens émettront cette année un record de 1.000 milliards d'euros de dette. Si les titres français et surtout allemands tirent profit des turbulences en tant que valeurs refuges, les pays pris dans l'étau des marchés voient le coût de leur dette bondir. « On traite mieux aujourd'hui une entreprise du compartiment spéculatif de mauvaise qualité que la dette grecque, qui fait pourtant encore partie de la catégorie investissement », souligne Etienne Gorgeon, directeur Taux et crédit chez Edmond de Rothschild IM. L'écart entre les taux allemands et grecs a dépassé les 5,2 % mercredi, tandis que celui avec les taux portugais a dépassé 1,7 % pour la première fois depuis mars 2009. Le Portugal a notamment placé mercredi 500 millions d'euros d'obligations à 9 mois à un taux de 1,08 %, contre 0,65 % lors de son opération de novembre. Le Portugal a également été dans le viseur des marchés.

 

par Julien Beauvieux

  

Grèce : les discussions sur le plan d'aide européen démarrent, sur fond de grèves

Les responsables grecs et européens ainsi que le FMI ont commencé à discuter ce mercredi des modalités de mise en œuvre du plan d'aide européen. La France apportera 3,9 milliards d'euros d'aide au pays sur son budget 2010. Dans le même temps, en Grèce, plusieurs grèves ont démarré pour protester contre l'austérité budgétaire.

  Les responsables grecs ont commencé à discuter ce mercredi avec des experts du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne  et de la Banque centrale européenne (BCE), sur les modalités de mise en œuvre du plan d'aide européen. 

Les délégués n'ont fait aucune déclaration en arrivant à la première réunion qui a eu lieu à huis clos au ministère des Finances. Ces discussions, qui ont débuté avec deux jours de retard du fait du nuage de cendres du volcan islandais qui a paralysé le trafic aérien européen, dureront une dizaine de jours, selon Athènes.

Elles seront consacrées à la mise en place "d'un programme de trois ans de politiques économiques", selon un communiqué du ministère des Finances. Ces politiques "pourront être soutenues par une assistance financière des pays de l'eurozone et du FMI si les autorités grecques décident de demander l'activation du mécanisme" d'aide européen, a précisé le communiqué.

La France a pour sa part annoncé mercredi avoir inscrit 3,9 milliards d'euros d'aide à la Grèce dans son budget 2010 sur les 6,3 milliards prévus au titre de sa contribution au plan européen.

Etranglée par des taux d'intérêt trop élevés

La veille, Athènes a placé pour 1,95 milliard d'euros de bons du Trésor à trois mois afin de faire face à ses besoins de financement les plus immédiats. La demande a été très forte, l'Office de gestion de la dette ayant reçu des offres pour 6,921 milliards d'euros. Le taux de rendement - de 3,65% - a été jugé trop élevé par certains analystes et politiques : l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, a par exemple estimé que prêter de l'argent destiné à sauver la Grèce à des taux élevés n'avait pas de sens, "car [cela rend] son redressement impossible".

Le ministre des Finances, Georges Papaconstantino, a cependant indiqué que ce placement avait réduit les besoins d'emprunt du pays pour le mois de mai à 10 milliards d'euros. Il a exclu que le pays soit "à découvert" en mai, affirmant que la Grèce trouverait des fonds soit sur les marchés, soit grâce au mécanisme d'aide européen.

De plus, les taux des obligations d'Etat grecques à 10 ans ont atteint ce mercredi un nouveau plus haut historique depuis l'entrée du pays dans la zone euro, au-dessus de 8%. A 13 heures (heure de Paris) leur taux de rendement était à 8,262%, contre 7,851% mardi soir. Le différentiel ("spread") avec l'emprunt allemand à 10 ans qui sert de référence au marché s'élevait à 519 points de base, contre 476 mardi. En d'autres termes, la Grèce, étranglée financièrement, doit offrir un surplus de 5,19 points de pourcentage par rapport à l'Allemagne pour emprunter sur les marchés.

Au final, l'activation du mécanisme d'aide européen devrait être clarifiée entre le 15 et le 19 mai. Trois dates sont à noter : le 15 mai, date butoir pour un accord entre l'UE, le FMI et les autorités grecques ; le 17 mai, lorsque les ministres des Finances de la zone euro se retrouveront pour leur réunion mensuelle ; le 19 mai, date envisagée par Athènes pour une nouvelle émission d'obligations.

La justice, le trafic maritime et les hôpitaux perturbés

Les discussions avec les experts de l'UE et du FMI ont débuté en même temps que plusieurs mouvements de grève contre les mesures d'austérité. Ces dernières risquent pourtant de devenir la pain quotidien de la population grecque, la Commission européenne ayant insisté mardi pour que le gouvernement précise des mesures supplémentaires pour continuer à réduire son déficit, chiffré à 12,9% du PIB en 2009, en 2011 et 2012.

La Fédération de la fonction publique (ADEDY, 300.000 membres) a ainsi appelé à la grève ce mercredi, la quatrième depuis le début de l'année, le secteur étant particulièrement touché par les réductions de salaire.

Plusieurs corps de métiers ont aussi entamé des mouvements de protestation. Les syndicats des mécaniciens et employés maritimes, proches du parti communiste (KKE), ont bloqué mercredi matin les ferries en partance pour les îles des Cyclades (centre de la mer Egée) et du golfe Saronique (sud d'Athènes), ce qui a entraîné des incidents avec des passagers, a indiqué l'agence de presse nationale ANA. Leur grève a été déclaré illégale mais les syndicalistes, épaulés par le KKE, ont maintenu leur mouvement en plaçant des piquets de grève.

Les fonctionnaires de justice ont entamé une grève de 48 heures pour réclamer des embauches et des hausses de salaires. Les médecins des hôpitaux publics d'Athènes et du Pirée ont aussi débuté une grève de 48 heures, protestant contre la baisse de 20% à 30% des subventions publiques. Les hôpitaux et services d'urgence fonctionneront avec un personnel d'astreinte.

Le Front de lutte syndicale (PAME), proche du KKE, et influent dans les secteurs du bâtiment, du textile et divers syndicats du secteur privé, a également lancé une grève de 48 heures et a installé mercredi matin des piquets de grève devant les trois grands hôtels de la place centrale Syntagma à Athènes.

 

 

 

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Dernière modification : jeudi 22 avril 2010