Journal Le Figaro du 22 avril 2010

Grèce : Paris prêt à débourser 3,9 milliards d'euros

Par Alexandrine Bouilhet
 

Un projet de loi de finance rectificative a été présenté au Conseil des ministres. Début mai, la France accordera son aide sous la forme d'un prêt bilatéral sur 3 ans, au taux de 5% environ.

La France est prête à débloquer 3,9 milliards d'euros pour aider la Grèce, en proie à des graves difficultés financières, début mai. Présenté mercredi en Conseil des ministre par François Baroin, le projet de loi de finance rectificative, qui découle des décisions prises à l'Eurogroupe du 11 avril, sera voté par l'Assemblée nationale le 3 et 4 mai, et par le Sénat le 6 et 7 mai. «En soutenant la Grèce, nous assurons la stabilité de l'euro» a expliqué la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

Concrètement, la France accordera son aide sous forme d'un crédit direct au Trésor grec. Il s'agira d'un prêt bilatéral sur 3 ans au taux de 5% environ. «Ce n'est pas par ce que nous aidons la Grèce, que nous pénaliserons la France» a ajouté le ministre de l'Economie. «5%, c'est inférieur aux taux de marché, mais bien supérieur aux taux d'emprunt des autres pays de la zone euro» ajoute-t-elle. Pour des prêts à 3 ans, la France paye un intérêt de 1,5%, alors que les marchés proposaient hier à la Grèce un taux à 8% pour des prêts à deux ans. un taux jugé prohibitif par les observateurs. 

Pas de modification du déficit public

Le prêt français s'inscrit dans le cadre d'une enveloppe de prêt de 30 milliards d'euros,sur 3 ans, que l'Eurogroupe s'est engagé à débourser pour éviter un défaut de paiement de la Grèce. Le chiffre de 3,9 milliards représente un peu moins des deux-tiers des 6,3 milliards d'euros - découlant de la stricte application de la quote-part de la Banque de France, au capital de la Banque centrale européenne-, car l'année fiscale française est déjà entamée au tiers.

Pour aider la Grèce, la France, elle-même déficitaire et endettée, «n'aura pas besoin de modifier son programme d'émission de dette», assure-t-on à Bercy. Mais inévitablement «le déficit budgétaire sera impacté». Le trou supplémentaire sera de 3 milliards d'euros, estime le ministère, en raison d'une plus-value de TVA de 900 millions d'euros récupérée fin 2009. Le déficit public de 8% du PIB en 2010 (au sens de Maastricht) ne sera pas modifié, et «l'impact sur la dette sera nul» affirme Bercy. 

Chaque pays de la zone euro doit faire le même exercice

Côté européen, chaque pays de la zone euro doit faire le même exercice que la France, en faisant intervenir, lorsque c'est nécessaire, son Parlement. Mais aucun vote négatif dans un pays ne pourra empêcher les autres de débourser l'argent. Les prêts bilatéraux européens - dont le total devrait être plus proche de 20 que de 30 milliards d'euros en 2010 - doivent en principe être prêts à être décaissés début mai. Mais sans doute pas avant le 9 mai, date d'une élection régionale à risque pour la Chancelière, Angela Merkel.

D'après Paris, la Grèce doit en tout cas disposer des fonds européens, avant le 18 mai, date d'arrivée à échéance d'une dette importante de 8 milliards d'euros. Ces prêts bilatéraux ne règleront pas tout, mais ils devraient détendre les marchés, qui redoutent toujours un défaut de paiement de la Grèce à court terme.

 

Les lendemains grecs font douter les marchés

 

Par Guillaume Guichard
 

Le taux d'intérêt grec à dix ans a dépassé les 8% dans la journée de mercredi. Les investisseurs doutent sur la capacité d'Athènes à rembourser sa dette dans les années à venir.

Les investisseurs se demandent si la Grèce pourra bien rembourser sa dette avec une croissance étouffée par un plan de rigueur sans précédent. Les taux à long terme sur la dette grecque ne cessent de battre des records depuis le début de la semaine. Le taux à dix ans a franchi un nouveau record ce mercredi, à près de 8%. Le fossé avec le taux de référence, le Bund allemand, n'a jamais été aussi grand, à plus de 520 points de base en début d'après-midi.

Si les taux s'envolent, cela n'a pas d'impact sur le coût immédiat de la dette grecque. Il s'agit du marché secondaire, celui où les investisseurs s'échangent les obligations déjà émises -à un taux fixe- par Athènes. Mais la nervosité des acteurs rend risqué et très coûteux tout recours au marché à court terme.

Les dernières déclarations de dirigeants européens auraient toutefois pu calmer les marchés. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a déclaré mercredi matin que la France avait pris ses dispositions pour accorder un prêt de 3,9 milliards d'euros à la Grèce dans le cadre du plan d'aide européen. Dès le mois de mai. Dans le même temps, Berlin temporisait en rappelant qu'Athènes n'avait pas fait appel à l'aide européenne jusqu'à nouvel ordre.

Plan imprécis

Seulement, les inquiétudes du marché ne portent pas sur le court, mais sur le long terme comme le montrent les tensions sur le taux à 10 ans. Les échéances de l'année devraient en effet être honorées par Athènes, quitte à faire appel au plan d'aide européen présenté fin mars. Doté de 30 milliards d'euros pour la première année, il porterait sur trois ans. «L'incertitude réside sur les deuxième et troisième années du plan, à propos desquelles il ne semble pas encore y avoir d'accord entre les capitales européennes», analyse un économiste d'une banque allemande.

Le montant total du plan d'aide européen reste en effet imprécis. Le quotidien économique allemand Handelsblatt mentionnait une somme de 90 milliards d'euros. Le directeur de la banque centrale allemande, Axel Weber, l'estimait lui à 80 milliards d'euros, cité par le Wall Street Journal. Une chose est sûre : «Il faut que 16 Etats membres se mettent d'accord», souligne dans une note Andrew Balls, gérant chez Pimco, l'un des plus grand fonds d'investissement au monde. Difficile, dans ce contexte, de prévoir jusqu'où vont monter les taux grecs.

 

page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : jeudi 22 avril 2010