Journal Le Figaro du 24 novembre 2010

 

«Ils ont voulu internationaliser le terrorisme grec»

INTERVIEW - Dimitris Bekiaris, spécialiste du terrorisme hellenique, revient sur les origines du groupe extrémiste «Conspiration des cellules de feu» et sur la vigueur du terrorisme anarchiste grec.


Née il y a presque trois ans, la «Conspiration des cellules de feu» a su perfectionner ses moyens d'action malgré l'arrestation de plusieurs de ses membres, avait expliqué au Figaro.fr, mi-novembre, Dimitris Bekiaris, journaliste grec dans les journaux Axia et Diplomatia. Ce spécialiste du terrorisme et du crime organisé helléniques, également membre de l'Institut de recherche des études européennes et américaines, décrypte le phénomène.

LEFIGARO.FR - Pourquoi les groupuscules terroristes d'extrême gauche sont-ils toujours aussi vivaces en Grèce ?

Dimitris Bekiaris - L'histoire grecque est très turbulente. Il ne faut pas oublier que le pays a connu une guerre civile au milieu du XXe siècle, une dictature puis une transition démocratique au cours de laquelle les organisations armées d'extrême gauche ont été actives pendant deux décennies. Certains remarquent que l'esprit du «mai 1968» français est arrivé tardivement dans les années 70 en Grèce.

Le pays possède en outre des caractéristiques sociales et politiques qui alimentent la vivacité de cette lutte armée : difficulté du pays à se développer économiquement, importance du chômage et méfiance du peuple vis-à-vis du système politique. A l'intérieur du mouvement anarchique et des universités, une nouvelle dynamique est née comme le montrent les heurts qui se sont produits en 1995 à l'institut polytechnique d'Athènes.

Comment est née la «Conspiration des cellules de feu» ?

Le mouvement est apparu en janvier 2008, bien avant les émeutes qui ont frappé Athènes en décembre 2008. Au départ, la «Conspiration des cellules de feu» incendiait des bâtiments, notamment des églises, à Athènes et à Thessalonique. Puis, la Conspiration a utilisé des explosifs et a visé - sans gravité - des personnalités et des institutions politiques et économiques. Cette évolution a sans doute été facilitée par Internet où on trouve facilement les instructions pour créer des explosifs.

La police soupçonne au moins 17 personnes d'en faire partie. En septembre 2009, douze ont été arrêtées. Mais le fait que ces arrestations n'aient pas empêché d'autres actions suggèrent que l'organisation est plus importante. Contrairement au groupe du «17 novembre», le groupuscule terroriste et anarchiste le plus connu de Grèce et qui a tué 23 personnes entre 1973 et 2002, la Conspiration est plus ouverte dans son recrutement. Les policiers ont pu remonter sans trop de mal à ces militants, plutôt novices. Ce sont des «terroristes amateurs».

Qu'est-ce qui a pu pousser les poseurs de bombe à passer à l'action début novembre ?

La Grèce traverse la crise la plus importante de son histoire depuis le retour de la démocratie, il y a 25 ans. La situation économique a déjà beaucoup alarmé les Grecs. Cette vague de colis est intervenue une semaine avant les élections municipales. Mais les poseurs de bombes n'ont peut-être pas cherché à parasiter les élections, qu'ils ne reconnaissent pas par principe. Peut-être voulaient-ils peser sur le sentiment d'insécurité que connaît la société grecque.

Pourquoi le groupe s'en est-il pris à des cibles étrangères ?

Avec ces colis piégés envoyés aux ambassades et aux dignitaires étrangers, la «Conspiration des cellules de feu» a voulu donner une dimension internationale au terrorisme grec. Les faibles charges indiquent que l'intention n'était pas de tuer. Avec de telles cibles, les poseurs de bombes ont réussi à attirer l'attention de la communauté internationale, quitte à détourner l'opinion grecque et étrangère des vrais problèmes du pays.

Par Constance Jamet

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Dernière modification : mercredi 24 novembre 2010