Journal Les Echos du 21 avril 2010

CRISE FINANCIÈRE

Athènes a levé hier près de 2milliards d’euros à des conditions deux fois plus onéreuses qu’en janvier.

La confiance des investisseurs n’est toujours pas là.

La Grèce poussée à de nouvelles économies pour 2011et 2012

Décidément, la Grèce ne connaîtra pas de répit tant qu’elle n’aura pas réussi à écarter, et pour longtemps, le spectre d’un défaut de paiement sur sa dette. Elle a placé hier près de 2 milliards d’euros de bons du Trésor à trois mois à un taux (3,65 %) plus de deux fois supérieur à ce qu’elle avait dû proposer en janvier, signe que la confiance des investisseurs n’est toujours pas revenue, malgré les premières mesures d’austérité mises en place dans le pays.

C’est bien de cela que la mission d’une vingtaine d’experts du FMI et de l’Union européenne veut discuter à partir d’aujourd’hui, si les caprices du volcan Eyjafjoll laissent les délégations atterrir à Athènes. Un porte-parole de la Commission européenne a souligné hier, de Bruxelles, que la Grèce doit « à présent être plus spécifique concernant les mesures budgétaires prévues pour 2011 et 2012, de manière à remplir le programme ambitieux annoncé de réformes structurelles », indiquant clairement qu’il s’agit d’obtenir des « efforts supplémentaires». Jusqu’ici, l’aide européenne promise (30 milliards auxquels s’ajoute une quinzaine de milliards du FMI) concerne uniquement 2010. Des prêts supplémentaires ne seront acceptés pour les années à venir que si le gouvernement de Georges Papandréou s’engage sur un programme de réformes à plus long terme susceptible de réduire durablement l’endettement du pays et de lui rendre de la compétitivité.

La mission conjointe FMI-Union européenne devrait mener ses travaux « au moins dix jours » selon le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, et jusqu’à trois semaines, selon la Commission européenne qui n’exclut pas cependant que le mécanisme d’aide puisse être activé avant l’issue des négociations.

Le temps presse en effet. Athènes doit encore emprunter 10 milliards d’euros d’ici à la fin mai et la surprime exigée par les marchés pour les emprunts à 10 ans atteignait hier un nouveau record historique – 471 points de base contre 455 lundi. Ce qui a fait dire à l’économiste du FMI, Olivier Blanchard, qu’ « il ne faut pas prêter à la Grèce à des taux trop élevés », sous peine de rendre impossible le redressement

économique du pays. Une opinion partagée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso : il a laissé entendre aux eurodéputés qu’il jugeait trop élevé le taux d’intérêt de 5 % retenu par les gouvernements de la zone euro pour leurs prêts bilatéraux à la Grèce. Le taux des prêts que le FMI pourrait accorder à la Grèce sera, lui, au coeur des discussions qui s’ouvrent. Le montant global de l’aide aussi, alors que le président de la Bundesbank, Axel Weber, aurait estimé à 80milliards d’euros, selon le «Wall Street Journal » d’hier, les besoins financiers de la Grèce.

C. C.

La France budgète 3,9 milliards d'euros d'aide à la Grèce pour 2010

 

Le déficit public ne sera toutefois pas affecté par cette participation française au plan d'aide européen, selon Christine Lagarde.

L'aide à la Grèce se concrétise en Europe, et jusque dans les budgets des membres de l'UE. La France a ainsi inscrit le chiffre de 3,9 milliards d'euros dans son collectif budgétaire de l'exercice 2010, sur les 6,3 milliards prévus au titre de sa contribution au plan d'aide européen, selon le projet de loi de Finances rectificative présenté mercredi en conseil des ministres.

Pour des raisons comptables, le déficit public de la France ne sera toutefois pas affecté par ces 3,9 milliards, selon la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Ce deuxième «collectif budgétaire» de l'année doit permettre à la France «d'activer le dispositif permettant, si nécessaire, de soutenir la Grèce et de maintenir la stabilité de l'euro», a souligné Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse.

La contribution totale de la France au programme d'aide de 30 milliards d'euros décidé le 11 avrilpar les ministres de la zone euro s'élève en principe à 6,3 milliards d'euros. Selon les modalités du plan d'action européen, la quote-part de chacun des membres est en effet proportionnelle à la part détenue par le pays dans le capital de la Banque centrale européenne : soit 21 %, via la Banque de France, dans le cas présent. Sur cette part, 3,9 milliards d'euros pourront être mobilisés au cours de l'exercice fiscal 2010, a indiqué Christine Lagarde, rappelant que la Grèce n'avait pas encore activé le plan d'aide. Avec le ministre du Budget François Baroin, «nous allons présenter ce texte à l'Assemblée nationale les 3 et 4 mai et les 6 et 7 mai au Sénat», a dit la ministre. «On essaie d'aller vite pour être prêt si la Grèce décidait d'activer le programme d'aide», a-t-elle ajouté.

De l'avis des observateurs, les principaux bailleurs de fonds du plan européen vont tâcher de s'organiser afin de pouvoir débloquer des fonds au 15 mai. Depuis quelques jours, le refinancement de l'Etat grec s'est à nouveau tendu, après avoir été momentanément rendu plus facile par les déclarations conjointes de Bruxelles et du FMI. Le plus gros apport européen viendra de Berlin, qui, selon le calcul indiqué ci-dessus, devrait débourser 8,4 milliards d'euros. L'Allemagne n'a pas encore indiqué sous quelles modalités budgétaires cette somme pourrait être inscrite. Le secrétaire d'Etat allemand aux Finances Jörg Asmussen a simplement déclaré mardi que l'aide, si elle était déclenchée, interviendrait « sous la forme de crédits coordonnés » au niveau européen, écartant ainsi la souscription, parfois évoquée, à des obligations émises par Athènes.

 

TAUX-CHANGES ACTIONS

La Grèce et l’Irlande ont émis de la dette. La demande a largement dépassé l’offre. Depuis le début de l’année, le cas irlandais s’améliore. En revanche, à la veille des discussions sur le plan de sauvetage, la pression sur Athènes est énorme.

Demande solide pour les dettes de la Grèce et de l’Irlande

Malgré tout le bruit autour du dérapage des finances publiques, la dette des Etats « périphériques » de la zone euro trouve preneur. La semaine dernière, malgré des inquiétudes de plus en plus fortes, le Portugal a pu émettre un montant situé dans le haut de la fourchette envisagée. Hier, c’était au tour de l’Irlande et de la Grèce de tester avec succès l’appétit du marché.

Le cas de la Grèce est d’ailleurs paradoxal : les levées de dette se déroulent bien – même pour l’émission de titres à 7 ans, pourtant moins sollicitée que les autres – alors que sur le marché secondaire, les obligations sont malmenées. L’étroitesse de celui-ci explique en partie cette situation.

Pour la deuxième fois ce mois-ci, l’agence hellénique a placé des bons du trésor. Elle a émis des titres à 3 mois, pour un taux de 3,65 %. La demande a représenté 4,6 fois le montant initialement offert, poussant le Trésor à emprunter finalement jusqu’à 1,95 milliard d’euros. La semaine dernière, il avait aussi revu à la hausse le montant levé sur des titres de court terme. Si les investisseurs sont prêts à acheter de la dette grecque, c’est parce que le prix offert est attrayant. Le rendement de 3,65 % se compare à 1,67 % en janvier et 0,35 % en octobre 2009. Juste après l’adjudication d’hier, le taux des obligations de court terme en circulation se détendait, ce qui est aussi un gage de succès.

Les investisseurs convaincus

L’Irlande, qui faisait appel au marché pour la première fois depuis la présentation du plan de sauvetage

de ses banques, a recueilli une demande trois fois supérieure à ce qu’elle comptait lever. Le gouvernement a donc emprunté le maximum envisagé, soit 1,5 milliard d’euros. Sur les obligations à 6 ans, le rendement est ressorti à 3,66 % et sur celles à 10 ans, à 4,68 %. L’Irlande doit offrir environ 0,2 % de plus qu’il y a un mois pour emprunter sur ces maturités, ce qui est raisonnable. D’ailleurs, contrairement à la Grèce, les taux irlandais sont en légère baisse depuis le début de l’année. Le programme de réduction du déficit budgétaire a convaincu les investisseurs. Hier, le 10 ans se détendait de 4 points de base, à 4,55 %.

La Grèce, qui peut pourtant compter sur une aide de l’Europe et du Fonds monétaire international (FMI), est chaque jour considérée comme plus risquée. Hier, le coût d’une protection contre un éventuel défaut de l’Etat – mesuré par le « credit default swap » atteignait des niveaux inédits, à 465 points de base. Le coût de financement à 10 ans a aussi battu un nouveau record, à 7,898 %.

Selon le «Wall Street Journal », le président de la banque centrale allemande, Axel Weber, a laissé entendre qu’Athènes pourrait avoir besoin de 80 milliards d’euros d’aides financières, soit près du double du montant prévu par le plan européen. Le gouvernement grec doit entamer aujourd’hui les discussions avec les représentants du FMI, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) au sujet du dispositif de sauvetage.

Selon Georges Papaconstantinou, le ministre des Finances grec, ces discussions devraient durer au moins 10 jours. Les marchés financiers poussent le pays dans ses derniers retranchements : ils attendent soit le déclenchement du plan de sauvetage, soit une faillite, qui pourrait prendre la forme d’une restructuration de la dette, indiquait le « Financial Times ». Cette hypothèse a été réfutée hier par Athènes.

ISABELLE COUET

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Dernière modification : mercredi 21 avril 2010