Journal Libération du 21 avril 2010

Grèce : le plan de sauvetage menacé

Crise. L’Allemagne n’a pas convaincu les marchésde sa volonté d’activer l’aide financière européenne.

Les marchés ne croient absolument pas au plan de sauvetage européen de la Grèce, dont les derniers détails ont été arrêtés le 11 avril, et sont décidés à mettre le pays à genoux. Certes, hier, Athènes est parvenu à placer sans difficulté 1,95 milliard d’euros de bons du Trésor à trois mois. Pour cause : les marchés ont obtenu un taux de 3,65%, alors que le 19 janvier, il n’était que de 1,67%… Le taux à dix ans, lui, a atteint un nouveau record hier, à 7,8% : l’écart («spread») avec le Bund allemand, la signature la plus sûre, atteint désormais 471 points de base.

Or, Athènes doit lever près de 9 milliards d’euros de dette d’ici à la fin du mois de mai. Avec de tels taux, le redressement des comptes publics est rendu quasiment impossible, ce qui poussera les marchés à réclamer des primes de risque encore plus élevées et ainsi de suite… Pour briser ce cercle vicieux, la Grèce n’a plus guère d’autres alternatives que de demander l’aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) : ses quinze partenaires de la zone euro seraient prêts à lui prêter 30 milliards d’euros en 2010, à un taux «autour de 5%», le FMI apportant un complément de 10 à 15 milliards (à un taux compris entre 1,25% et 3,25%). Une opération qui pourrait être répétée en 2011 et 2012.

Le problème est que Berlin ne semble pas vraiment décidé à activer ce plan, face à l’hostilité de son opinion publique et par crainte du tribunal constitutionnel de Karlsruhe. Ce dernier pourrait le juger contraire au traité de Maastricht, qui interdit qu’un Etat membre assume la responsabilité des dettes de l’un de ses partenaires (clause de non-sauvetage). Un professeur d’économie, opposant de longue date à l’euro, a d’ailleurs annoncé qu’il allait saisir le tribunal. Or, les arrêts récents des juges constitutionnels allemands ont marqué une évolution souverainiste pour le moins inquiétante, ce que savent les marchés, d’où leur certitude que la Grèce fera bien faillite…

Pour ne rien arranger, selon la presse anglo-saxonne, Axel Weber, le patron de la Bundesbank, aurait affirmé, lors d’une réunion à huis clos avec des parlementaires allemands, que les besoins de la Grèce n’étaient pas de 40 ou 45 milliards, mais de 80 milliards d’euros, car sa «situation empire et les chiffres changent tout le temps».

De notre correspondant à Bruxelles JEAN QUATREMER

 

page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : mercredi 21 avril 2010