Journée du 27 janvier 2011

International Herald Tribune

La Tribune

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Immigration. La frontière gréco-turque est le nouveau point d’entrée des irréguliers en Europe.

Clandestins : la brèche grecque

Entre janvier et octobre 2010, 90 % des entrées illégales en Europe ont été enregistrées en Grèce, membre de l’espace Schengen depuis 1992. Cette frontière est une brèche béante où s’engouffrent des dizaines de milliers de clandestins venus d’Asie ou d’Afrique. « Le flot de gens qui franchissent clandestinement la frontière a pris des proportions alarmantes, s’inquiète Cecilia Malmström, la commissaire européenne aux Affaires intérieures. La Grèce n’est manifestement pas capable de maîtriser la situation par elle-même. »

Cette situation est une des conséquences de l’efficacité du dispositif mis en place par Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures) pour la surveillance des frontières maritimes de l’Union autour des îles espagnoles, italiennes et maltaises. En 2010, les passages clandestins ont chuté de 99 % aux Canaries, de 98 % à Malte, de 65 % en Italie. Les passeurs ont été contraints de se rabattre sur d’autres routes.

Le gouvernement grec a fourni des chiffres alarmants : 128 000 clandestins ont afflué en Grèce l’an dernier. « Sur les onze premiers mois de 2010, 50 000 clandestins ont pénétré chez nous uniquement en provenance de Turquie, dont 43 500 par la frontière gréco-turque délimitée par le fleuve Évros », détaille Christos Papoutsis, ministre de la Protection du citoyen, chargé de l’immigration. Le nombre d’interceptions à proximité des îles turques a en revanche baissé de 80 % en un an.

Long d’environ 150 kilomètres sur le territoire grec, le fleuve Évros – qui, dans sa partie bulgare, se nomme la Maritza – est une passoire. De janvier à septembre 2010, les passages ont augmenté de 369 % par rapport à 2009. Large de cinq kilomètres, son franchissement n’est pas sans risque : 44 immigrants y sont morts l’an dernier. Le 7 janvier encore, deux clandestins s’y sont noyés. Pour éviter trop de dangers, les candidats à l’eldorado européen préfèrent utiliser un passage plus sûr et moins risqué : une portion de territoire de 12,5 kilomètres de large, parsemée de quelques miradors, à proximité de la ville turque d’Edirne : le triangle de Karaagaç.

À cet endroit, le fleuve Évros s’incurve vers le territoire turc, y forme une boucle puis revient le long du tracé de la frontière avec la Grèce. Les migrants connaissent l’endroit et franchissent le fleuve à pied, en traversant un pont. De l’autre côté, ils sont encore en Turquie. Ils n’ont alors plus qu’à attendre la nuit ou le brouillard pour franchir rapidement le no man’s land. Au-delà, s’ils réussissent, ils atteindront la petite ville grecque d’Orestias, dans la campagne de Thrace, à l’extrême nord-est de la Grèce. En 2010, pas moins de 32 500 arrestations ont été effectuées sur cette bande de terre. C’est le quart des entrées illégales dans toute l’Union européenne.

La Grèce se dit débordée, submergée par ce flot de clandestins. Elle a lancé un appel au secours aux Vingt-Sept à l’automne dernier. Début novembre, elle obtenait le déploiement d’une force d’intervention rapide de Frontex : 175 gardes-frontières sont à pied d’oeuvre le long de la frontière gréco-turque. En un mois, les arrivées ont été réduites de 7 586 à 4 270. Treize passeurs ont été arrêtés.

Ce n’est pas assez pour le gouvernement socialiste de Georges Papandréou. Pour colmater cette brèche au plus vite, la Grèce a donc annoncé le 1er janvier son intention de réagir. « Pour tenter de réguler le flux d’immigrés clandestins, nous allons procéder à l’installation d’infrastructures visant à dissuader les entrées illégales le long de 12,5 kilomètres de frontière terrestre sur l’Évros », explique le ministre Christos Papoutsis. Doté de caméras thermiques, actives vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et de capteurs ultra-sensibles, ce mur s’inspirera des modèles déjà en service dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc. Il devrait être achevé en mars.

Ce projet de "mur de défense" a été fraîchement accueilli à Bruxelles. Michele Cercone, porte-parole de la commissaire Cecilia Malmström, l’a dit : « Les murs ou les grillages sont des mesures à court terme qui ne permettent pas de s’attaquer de manière structurelle à la question de l’immigration clandestine. » Kaiti Kechayoglou, responsable en Grèce du haut-commissariat de l’Onu aux Réfugiés (HCR), a donné de la voix : « Chaque État a le droit de contrôler ses frontières, mais le fait de construire un mur ne règle que très rarement de façon radicale les problèmes. »

Christos Papoutsis balaie ces critiques, au nom de la responsabilité européenne : « Ceux qui accusaient la Grèce d’être incapable de garder ses frontières conformément à la Convention de Schengen, s’érigent aujourd’hui en détracteurs, tout simplement parce que la Grèce veut faire ce qui est évident, renforcer le contrôle de ses frontières. »

Le ministre grec a reçu le soutien de Laurent Wauquiez, ministre français des Affaires européennes. « La société grecque a dépassé ses limites en matière de capacité d’accueil des migrants clandestins, poursuit Christos Papoutsis. La Grèce n’en peut plus. » Le quotidien Kathimerini a expliqué de son côté que « le refus des Turcs d’accueillir les migrants renvoyés par la Grèce a joué un rôle déterminant dans la décision du gouvernement grec ». La convention européenne Dublin II stipule en effet que les clandestins sont renvoyés dans le premier pays de l’Union par lequel ils ont transité.

Après la Grèce, ce sera au tour de la Bulgarie

Désormais seul point d’accès en Europe, la Grèce demande à ses partenaires de supporter une partie du fardeau. Sans grand succès pour l’instant. Les candidats à l’exil proviennent majoritairement d’Afghanistan, d’Afrique, d’Irak, du Pakistan. Certains ont payé jusqu’à 5 000 euros pour atteindre la Turquie. D’autres ont simplement acheté un billet d’avion. Cet afflux s’explique aussi par la stratégie de développement économique de la Turquie en Afrique, qui l’a conduite à assouplir largement sa politique de visas. Istanbul est du coup devenu la route la moins chère et la plus sûre pour rejoindre l’Europe.

Dès la frontière grecque franchie, les clandestins se présentent spontanément aux policiers. Pour ne pas engorger le petit centre de Filakio (374 places), on leur remet une autorisation temporaire de séjour. Ils ont trente jours pour quitter le territoire. Ceux qui peuvent se le permettre achètent un ticket de bus (60 euros) pour rejoindre Athènes, au bout de onze heures de route. Les immigrés clandestins seraient déjà 300 000 dans la capitale ! Faute de travail, ils tournent en rond et sont la proie des trafiquants en tout genre. Un vent de xénophobie souffle sur Athènes : pour la première fois, un conseiller municipal d’extrême droite a été élu.

Les plus pauvres s’entassent dans des centres mais aussi des prisons, où leurs conditions de détention sont dénoncées par des ONG et par l’Onu. La Grèce est aussi épinglée par le HCR pour sa politique de droit d’asile : le taux de refus est de 99 %; 52 000 dossiers sont en souffrance, parfois depuis des années.

Sous le feu des critiques, la Grèce a décidé de vérifier les demandes. « Mais les gens qui remplissent les conditions pour rentrer chez eux rentreront chez eux et, quel que soit le cas, s’il y a une infraction, ils recevront leur billet de retour et partiront », a fait savoir Anna Delara, la vice-ministre du Travail.

Où iront-ils tenter leur chance ensuite ? Probablement du côté de la frontière bulgaro-turque (240 kilomètres). Il leur suffit d’attendre que la Bulgarie intègre, en mars au plus tôt, l’espace Schengen. Michel Arnaud

 

Le Figaro

Le Monde

Brice Hortefeux soutient le projet de mur entre la Grèce et la Turquie

Le ministre de l'intérieur français, Brice Hortefeux, a soutenu la construction d'une clôture à la frontière gréco-turque, principale porte d'entrée en Europe des immigrants sans papiers, lors d'une visite à Athènes, jeudi 27 janvier. "Les mesures qui sont engagées, dès lors qu'il ne s'agit pas de restaurer le Mur de Berlin, vont dans le bon sens et nous les soutenons", a déclaré M. Hortefeux, également en charge de l'immigration, lors d'une conférence de presse avec le ministre de la protection des citoyens, Christos Papoutsis.

Le gouvernement grec a annoncé, au début de l'année, sa volonté de construire une clôture de 12,5 kilomètres dans le nord-est de la Turquie, à proximité du fleuve Evros. Selon l'agence européenne Frontex, 200 clandestins par jour tentent de passer la frontière à cet endroit.

L'initiative a suscité l'embarras de Bruxelles. "Les murs ou les grillages sont des mesures à court terme qui ne permettent pas de s'attaquer de manière structurelle à la question de l'immigration clandestine", avait déclaré un porte-parole de la commissaire en charge de la sécurité, Cecilia Malmström. L'Organisation des Nations unies a condamné l'initiative grecque. Depuis, la Bulgarie - qui souhaite entrer dans l'espace Schengen, qui permet la libre circulation de ses membres sur le territoire européen - , a annoncé qu'elle souhaitait à son tour construire une clôture à sa frontière avec la Turquie.

"LE DÉFI EST LE PASSAGE PAR VOIE TERRESTRE"

La Grèce avait alors dénoncé l'"hypocrisie" de certains États européens. Brice Hortefeux a été clair : pour lui, la lutte contre l'immigration clandestine "passe par l'action nationale de la Grèce, mais aussi par une très grande solidarité européenne avec le soutien de la France". "Les flux migratoires bougent en fonction des actions et des législations. Aujourd'hui le défi est le passage par voie terrestre", a expliqué Brice Hortefeux, en rappelant que lors d'une précédente visite en 2008, alors qu'il était ministre de l'immigration, ils empruntaient plutôt "les façades maritimes". Les clandestins entraient alors en Grèce par les îles.

Le ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez, avait apporté son soutien, le 6 janvier, à la politique de lutte contre l'immigration du gouvernement grec mais sans se prononcer sur "la solution technique" de la clôture.

La visite de M. Hortefeux - entouré d'une poignée de conseillers, dont l'ancien ministre Alain Carignon -, intervient alors que la Grèce et la Belgique viennent d'être condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme. La Cour de Strasbourg a condamné la Belgique pour avoir renvoyé un Afghan demandeur d'asile en Grèce, alors qu'elle savait qu'il serait soumis à des "traitements dégradants". Le règlement européen Dublin II prévoit que les demandes d'asiles doivent être examinées par le pays où la personne est entrée dans l'Union européenne. Mais la Grèce ne peut répondre aux demandes.

Plusieurs pays, de l'Allemagne à la Suisse, ont annoncé qu'ils suspendaient les mesures de renvois des demandeurs d'asiles, vers la Grèce, après la décision de la CEDH. Le ministre français a expliqué qu'il était encore en train d'analyser l'arrêt de la Cour du 21 janvier et qu'il donnerait sa réponse "dans les prochains jours".

Alain Salles

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Dernière modification : jeudi 27 janvier 2011