Accueil Actualités Communiqués Politique Etrangère Evénements culturels La Grèce en France Grèce Xenios Médias Olympisme Contactez-nous

J-05/07/2011

05 juillet 2011

Journal Les Echos

GIANNIS PANAGOPOULOS PRÉSIDENT DE LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DES TRAVAILLEURS GRECS (GSEE)

« Ce sont les salariés et les retraités qui paient le prix fort »

Comment jugez-vous la politique d'austérité ?

La politique de la troïka (les bailleurs internationaux de fonds à la Grèce - Commission européenne, BCE et FMI, NDLR) est injuste et inefficace. Ce sont les salariés et les retraités qui paient le prix fort alors que d'autres catégories plus aisées fraudent le fisc. Nous ne nions pas le problème d'une dette qui n'est plus gérable et comprenons le besoin de réduire les dépenses de l'Etat. Cette crise est le résultat de la crise globale, des politiques menées ces dernières années et des insuffisances de l'économie du pays. La pression fiscale est trop forte, aggravant la récession. En Grèce, la proportion entre les impôts directs et indirects est très mauvaise. Avec une évasion fiscale de 25 à 35 milliards d'euros par an, il est nécessaire de s'attaquer aux responsables. Les insuffisances de l'administration sont une partie du problème, mais la question relève surtout de la volonté politique de taxer les propriétés et les revenus des plus fortunés. Un exemple ? Tout le monde sait ici qu'une grande partie du commerce illégal concerne les carburants. Ce commerce est tenu par une petite mafia puissante qui est bien connue. Pourtant, elle est intouchable. C'est pourquoi je n'ai aucune confiance en la justice de mon pays.

Comment sortir le pays de la crise ?

La Grèce ne pourra pas revenir sur les marchés jusqu'en 2015. Par conséquent, nous avons besoin de 90 à 100 milliards d'euros jusqu'en 2014. Notre pays a aussi besoin de temps pour rééquilibrer ses finances et relancer l'économie. Une solution serait de financer la dette européenne par l'émission d'euro-obligations comme l'ont proposé les premiers les syndicats européens. Idée reprise à leur compte par Jean-Claude Juncker et Giulio Tremonti. La proposition de la création d'un ministère européen des Finances est aussi excellente si c'est un pas vers l'Europe fédérale. Il faut s'occuper également de la croissance en libérant au plus vite les ressources communautaires. Le pays a soif d'investissements créateurs d'emplois dans les infrastructures. Ils peuvent être financés par les fonds structurels et par la Banque européenne d'investissement (BEI). Savez-vous que la BEI dispose de capitaux quatre fois supérieurs à ceux de la Banque mondiale ? Le gouvernement devrait restituer aux travailleurs et aux retraités à faibles revenus ce qui leur a été prélevé au titre du premier plan de consolidation budgétaire. L'indemnisation des chômeurs devrait être augmentée et prolongée. Ces deux dernières mesures susceptibles de revigorer la consommation ne coûteraient que de 600 à 700 millions d'euros.

Etes-vous satisfait des mobilisations de la semaine dernière ?

Oui, même si les travailleurs étaient réservés sur les deux jours de grève générale de la semaine dernière. Il faut savoir qu'ils en étaient à leur 16 e ou 17 e journée de grève en un an. Ils avaient peur d'incidents. Les travailleurs veulent des manifestations pacifiques...

Catherine Chatignoux

Journal Les Echos

CONSTANTINE MICHALOS PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ET D'INDUSTRIE DE L'ATTIQUE

« La pression fiscale est trop forte sur les entreprises »

Que pensez-vous du plan de moyen terme de consolidation budgétaire adopté par le Parlement ?

Nous avions souligné dès avril 2010 que le premier programme d'aide internationale de 110 milliards d'euros ne suffirait à sortir notre pays de la crise. Malheureusement, nous avions raison. La Grèce a encore besoin d'assainir ses finances publiques. Mais les mesures du nouveau plan adopté ces jours-ci reproduisent à l'identique celui du premier plan qui a failli. Nous avons besoin de mesures qui apportent plus de stimuli à l'économie et de moins d'austérité. Le plan adopté la semaine dernière au Parlement n'est pas le fait d'un diktat européen ou du FMI. Ces derniers ont défini le cadre de la consolidation budgétaire, rien de plus. Les décisions qui ont été prises sont à attribuer massivement au gouvernement grec.

Un exemple ?

La taille du secteur public est excessive. Il compte 1,1 million de salariés (incluant ceux de l'armée) sur les quelque 4,8 millions de Grecs qui travaillent. Mais les autorités n'ont pas agi assez sur la taille du secteur public pour éviter d'en payer le coût politique. En revanche, elles ont alourdi la charge qui pèse sur le secteur concurrentiel, entraînant la déprime de la consommation et une instabilité sociale qui va se poursuivre. Si la Grèce ne fait pas défaut avant, la politique du gouvernement conduira très vite à un troisième plan d'austérité. Il faut renégocier sans tarder certains termes du plan avec nos partenaires internationaux.

Quels mesures vous paraissent nécessaires ?

Il faut que les 15 milliards d'euros de fonds structurels européens soient débloqués sans délai. Georges Papandréou ne l'a demandé que récemment alors que nous l'avions évoqué il y a quinze mois. Le déblocage de cette somme créera instamment de la liquidité qui se fait rare aujourd'hui en Grèce en raison de la situation dans laquelle verse le secteur bancaire. De plus, il faut réviser de fond en comble la politique fiscale. Le taux réel total d'imposition appliqué à tout étranger qui créerait une entreprise en Grèce est de 52 % des bénéfices. C'est insoutenable. En Grèce, l'impôt sur les sociétés est de 24 %. Les pays concurrents qui nous entourent taxent leurs sociétés à des taux compris entre 10 % et 12,5 %. En Turquie, les investisseurs étrangers ne paient pas d'impôt pendant les cinq premières années. Une entreprise d'Attique sur cinq envisage sérieusement de déplacer dans un pays voisin son siège social. Depuis 2010, l'évasion fiscale s'est élevée à environ 40 milliards d'euros. Si les impôts sur les entreprises étaient moins élevés, la fraude fiscale serait moins attrayante. Il faut simplifier le système fiscal, couper les liens entre collecteurs et contribuables, et introduire un taux unique d'imposition sur les sociétés de 15 %. Cette dernière proposition a été faite sienne par la Nouvelle Démocratie, le principal parti d'opposition.

Propos recueillis par Massimo Prandi

Journal Les Echos

Grèce : S&P sanctionne le plan français sans le bloquer

Standard & Poor's a jeté un pavé dans la mare en disant que le plan pour impliquer les créanciers privés dans un sauvetage de la Grèce serait assimilé à un « défaut ».

La réunion des ministres des Finances européens organisée le week-end dernier n'aura pas été aussi fructueuse que certains l'espéraient. Si le risque d'un défaut prochain de la Grèce a été écarté, le deuxième plan de sauvetage du pays n'est pas finalisé. L'implication des créanciers privés dans ce nouveau dispositif fait toujours l'objet de discussions. D'après plusieurs observateurs, une solution pourrait voir le jour le 11 juillet - dans le meilleur des cas -ou à la rentrée.

Hier, Standard & Poor's a fait connaître sa position. L'agence de notation a dit que la proposition de la Fédération des banques françaises (FBF) concernant un mécanisme de garantie de type « Brady bonds » à 30 ans pouvait être assimilée à un « défaut ». Dans le détail, l'agence prévient que la note du souverain grec est susceptible de tomber dans la catégorie « défaut sélectif » (« SD ») et la note des obligations qui arrivent à maturité en 2011 en « défaut » (« D »). En effet, S&P considère que le « roulement » de dette opéré par les créanciers privés s'effectuerait dans des conditions de « stress ». « Le but des propositions est de réduire le risque de non-remboursement à court terme ou le risque de restructuration avec décote, ainsi que de donner plus de temps au gouvernement grec », fait valoir l'agence. Son rapport explique aussi que l'émission par la Grèce de titres à 30 ans est une anomalie compte tenu de sa qualité de crédit.

Pour autant, le rapport de S&P ne semble pas constituer un obstacle insurmontable pour exécuter le plan français. « Il ne faut pas confondre pertes [pour les banques] et défaut, a rappelé Olivier Garnier, chef économiste de la Société Générale, lors d'une conférence organisée hier par S&P à Paris. L'opinion des agences n'enclenche pas les mêmes effets que les décisions de l'Isda [Association des acteurs du marché des dérivés, NDLR] sur les "credit default swaps". » En d'autres termes, ce n'est pas parce qu'une agence décrète un défaut que les détenteurs de titres enregistrent une perte. Les établissements financiers disposent de leur propre système de notation, qui leur permet d'être plus réactifs, assure-t-on à la Société Générale, où l'on a mis au point une échelle de mesure du risque allant de 1 à 20. « A ce stade, les banques ont provisionné les pertes potentielles sur la Grèce et l'avis des agences ne changera plus rien », indique un observateur. Hier, les banques grecques ont elles-mêmes déclaré à Reuters qu'un défaut sélectif de courte durée n'aurait pas d'effets dévastateurs.

Classement temporaire

C'est en effet l'une des clefs de l'équation : S&P laisse entendre que le classement en « défaut » ne serait que temporaire et reconnaît en filigrane que le plan de la FBF pourrait même améliorer la note de la Grèce a posteriori. Dès lors, même la Banque centrale européenne (BCE) ne serait pas véritablement menacée. « Elle peut estimer qu'un défaut provisoire ne change pas le fonctionnement [de ses] opérations de refinancement », avance Gilles Moec, chez Deutsche Bank. Elle continuerait ainsi d'accepter des obligations grecques en garantie, même si celles qui arrivent à maturité en 2011 sont momentanément classées « D » par S&P et que le pays émetteur est, lui, classé « SD ». « La BCE a de toute façon toute latitude pour fixer ses règles », poursuit Gilles Moec. Au final, l'avertissement de S&P, comme celui de Fitch le 15 juin, n'empêchera pas une participation du secteur privé. « L'idée est d'arriver à une solution sans que personne ne se déjuge », résume l'économiste de Deutsche Bank. Hier soir, l'Isda a en outre jugé que le plan français ne déclencherait pas d'événement de crédit sur les CDS.

Reste que, pour le marché, le deuxième plan d'aide à la Grèce ne s'attaque toujours pas au problème de solvabilité. Une restructuration semble donc probable dans quelques années. L'IIF, le lobby bancaire international, a d'ailleurs évoqué vendredi l'idée d'un rachat de titres grecs qui « réduirait le stock de dette ». Les regards se tournent vers le Fonds de stabilité européen (FESF), qui jouerait très bien ce rôle.

Isabelle Couet

Journal Les Echos

Les Grecs dans leur caverne

Platon aura décidément rendu un très mauvais service aux Grecs en popularisant le mythe de la caverne, selon lequel les hommes ne percevraient les choses qu'à travers leur reflet projeté sur cette paroi souterraine. La société et les gouvernements grecs se sont mis dans la situation que l'on sait à force de faire passer leurs statistiques pour des réalités. Ils se retrouvent aujourd'hui dans la même caverne, mais où le déficit et la dette ont éteint les images.

Le Parlement grec a consenti un effort courageux et presque surhumain. Cela signifie en principe, et sur quatre ans, des économies de 2 milliards d'euros sur les salaires des fonctionnaires, de 4 milliards sur les autres dépenses de l'Etat et des entreprises publiques, et de 7 milliards sur la protection sociale et la santé... On comprend que ce plan d'extrême rigueur, techniquement indiscutable, pousse la population dans la rue, au bord de la révolution. Il est à vrai dire politiquement insoutenable face à un peuple entretenu si longtemps dans le confort trompeur des images. C'est que, à force, il en a été à la fois victime et complice. Une administration parasite et corrompue, un clientélisme généralisé tirant sur les mamelles de l'Etat puis de l'Europe, ont eu raison de recettes publiques étiques auxquelles ne contribue que 14 % de la population imposable. Quant aux riches Grecs (dont les armateurs), ils font fortune sur l'évasion fiscale. Les grands et petits arrangements sont ainsi devenus une sorte de contrat social inavoué. Le plan grec en est conscient, qui vise à augmenter les recettes fiscales de 7 milliards en quatre ans. Mais on doute que ces objectifs légitimes puissent s'imposer dans ces délais à une société aussi viciée dans ses structures.

Les financiers, de leur côté, ont échafaudé des techniques en partie cosmétiques (« rollover », resouscriptions des créanciers privés). C'est encore sauver les apparences. Mais le vertueux euro n'avait d'autre choix que d'entrer à son tour dans la caverne. On espère que c'est pour peu de temps.

Ecrit par De Favilla

page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : mardi 05 juillet 2011