11 juin 2011

Journal Le Monde

Pour faire adopter à la Grèce le plan de rigueur, Georges Papandréou est isolé

Athènes Correspondance
Le premier ministre grec doit faire face à la grogne des députés de son propre parti, le Pasok. Il s'efforce d'obtenir le soutien de l'opposition au nouveau train de mesures, en vain pour l'instant

Le premier ministre grec, Georges Papandréou, a fait adopter par son conseil des ministres, jeudi 9 juin, après six heures de réunion, le nouveau plan d'austérité et de privatisation destiné à réduire le déficit de son pays. Cet accord est intervenu après de longues semaines de négociations et de cacophonie gouvernementale qui risquent de se prolonger au Parlement, lors de l'examen du plan sous la pression de manifestations hostiles.

M. Papandréou est écartelé. Il mène plusieurs batailles en même temps. Avec ses partenaires européens, pas tous enclins à remettre au pot pour sauver la Grèce. Avec la rue qui proteste quotidiennement contre les mesures d'austérité. Avec des politiques grecs, y compris au sein de son parti socialiste, le Pasok, où certains se demandent si cela vaut la peine de perdre son siège pour satisfaire la " troïka " - la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) -, dont les représentants contrôlent avec une sévérité croissante l'application du mémorandum, le programme de rigueur lancé en contrepartie d'un prêt de 110 milliards d'euros.

" Il est dans un coin, isolé. Son premier ennemi c'est le Pasok, le deuxième, c'est la foule ", explique Elias Nikolakopoulos, politologue, responsable de l'institut de sondage Opinion. " Il y a une incapacité du gouvernement à gouverner, à se coordonner, poursuit-il. Cela vient du caractère de M. Papandréou qui a du mal et met du temps à décider, et aussi de la situation au sein du Pasok. " " Ce sont des décisions difficiles à prendre. M. Papandréou croit aux vertus du débat démocratique, réplique un conseiller du premier ministre. On a fait plus en dix-huit mois pour changer la Grèce que pendant des dizaines d'année. "

Le rapport de la troïka se montre sévère pour le gouvernement : " Après un solide départ pendant l'été 2010, la mise en oeuvre des réformes s'est arrêtée au cours des derniers trimestres. Il y a de clairs risques politiques et des problèmes de capacité administrative dans l'application du programme. " Le nouveau plan, qui prévoit des hausses d'impôts, des baisses de salaires et des pensions de retraite et un objectif de réaliser 50 milliards de privatisation, est destiné à rassurer la troïka, mais il heurte une partie de la base du Pasok, qui avait fait campagne en 2009 contre les mesures d'austérité et les privatisations.

Les rencontres entre le gouvernement et les députés socialistes ont été très tendues. Plusieurs élus ont demandé un vrai débat sur le nouveau plan au Parlement, alors que ses partenaires internationaux poussent le premier ministre à aller vite. " Les deux seules choses que nous ayons réussies, c'est de vider les comptes en banque et remplir les places de manifestants ", a commenté un député du Pasok, Paris Koukoulopoulos.

Un mouvement de panique, après des déclarations politiques sur le retour à la drachme, a poussé de nombreux Grecs à retirer leurs économies de leurs comptes en banque, fin mai. Depuis quinze jours des milliers d'" indignés " se réunissent quotidiennement place Syntagma, à Athènes, et dans d'autres villes. Ces rassemblements hétéroclites rejettent en bloc tous les partis, en traitant les députés de " voleurs ".

Le gouvernement est cependant confiant pour l'adoption du plan. Au cas où quelques députés de Pasok feraient défaut, des membres de l'opposition pourraient pallier leur défaillance. En conseil des ministres, M. Papandréou a plaidé de nouveau en faveur de " la nécessité d'une entente nationale " pour obtenir une majorité élargie. Il compte poursuivre ses appels vers les autres partis, qui sont restés lettre morte jusqu'à présent.

La troïka et l'ensemble des partenaires européens appellent à dépasser les clivages politiques. Le chef de l'opposition de droite Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, campe sur une position de rejet du mémorandum, malgré les demandes des dirigeants européens qu'il vient de rencontrer, de François Fillon à José Manuel Barroso. Dans son dernier rapport, la troïka met en avant ses " points de convergence " avec le programme économique de Nouvelle Démocratie, tout en rejetant son arme principale : une baisse générale des impôts. M. Samaras se positionne clairement en vue d'une élection anticipée, espérant profiter du rejet du mémorandum par la population et de la baisse de popularité de M. Papandréou, même si son parti est considéré comme le responsable de la crise.

" Le principal problème de la Grèce aujourd'hui me semble plus politique qu'économique, explique Elias Nikolakopoulos. Nous n'avons pas un personnel politique à la hauteur de la crise que traverse le pays. Cela entraîne ce rejet de la population auquel nous assistons. "

Alain Salles

Journal International Herald Tribune

 

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Dernière modification : mardi 14 juin 2011