18 juin 2011

Journal Le Monde

Georges Papandréou en apnée

Athènes, Correspondance - Georges Papandréou a longtemps incarné l'image d'un "capitaine Courage" qui tient la barre de son pays dans une tempête sans précédent. Le 23 avril 2010, il avait assumé l'ampleur de la révision du déficit abyssal de son pays et décidé d'appeler à l'aide, depuis l'île de Kastellorizo situé à l'extrême pointe orientale de l'Europe. Ancien ministre des affaires étrangères et président de l'Internationale socialiste, le premier ministre a su habilement jouer de son expérience internationale et de ses relations – avec Dominique Strauss-Kahn notamment – pour permettre, malgré les réticences allemandes, la mise en place d'un plan de sauvetage de 110milliards d'euros et éviter à son pays le naufrage.

Un an après, la menace d'une faillite reste présente et un deuxième plan d'aide se profile laborieusement en contrepartie de nouvelles mesures de rigueur que la population grecque rejette. Georges Papandréou apparaît comme fragilisé, isolé, face à une opposition de droite, préoccupée par la reconquête du pouvoir, et un parti socialiste, le Pasok, qui a du mal à accepter le nouveau plan d'austérité.

La rue, elle, manifeste, parfois, violemment, sa colère et son rejet des mesures d'austérité et de la classe politique dans son ensemble. "Il a perdu la confiance de la société et de son parti, résume le politologue Elias Nikolakopoulos. Depuis quelques mois, il donne l'impression de ne pas contrôler les choses et il a du mal à prendre des décisions difficiles." Homme affable, courtois, convaincu de la nécessité de réformer son pays, Georges Papandréou incarne un socialisme moderne, en rupture avec celui de son père, Andréas, qui, en 1981, sept ans après la dictature, a mené au pouvoir un parti socialiste, populiste et clientéliste finissant dans les affres de la corruption.

LA TROÏKA S'ABAT SUR LA GRÈCE FIN 2010

Né aux Etats-Unis (sa mère est américaine), ayant vécu en Suède, son côté méditerranéen ne saute pas aux yeux. Son image austère convenait pour faire passer la potion amère qu'il devait administrer à son pays pour réduire son déficit. Dans un premier temps, il a su faire accepter bon gré, mal gré le mémorandum, signé avec le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne (la "Troïka") et faire face aux protestations syndicales, dont la plupart des dirigeants sont membres du Pasok.

Son aisance internationale lui fait marquer des points au niveau national. Quelques mois après le plan de rigueur, il réussit même à remporter les élections locales de l'automne, en s'engageant dans la bataille. Juste avant, M. Papandréou procède à un remaniement – essentiellement électoraliste – qui sera lourd de conséquences. Ce gouvernement pléthorique va devenir rapidement encombrant. Mais dans ce bel automne grec, même les taux d'obligations à long terme ont commencé à baisser, laissant croire qu'un jour peut-être la Grèce pourrait de nouveau emprunter sur les marchés.

Puis tout se dégrade. La crise de la dette souveraine s'étend à l'Irlande et au Portugal. Les agences de notation accélèrent la baisse de la note de la Grèce avant – et après – chaque réunion sensible à Bruxelles. Une récession plus dure que prévu par les experts de la Troïka s'abat sur la Grèce au dernier trimestre 2010. Les magasins ferment, le taux de chômage explose... Le premier ministre a beau répéter qu'il comprend la colère des manifestants, il a du mal à trouver les mots justes. Sa réserve bien élevée ne rencontre pas le pathos grec.

Le Papandréou international ne peut plus aider le Papandréou national. Sa dernière victoire remonte au mois de mars, lorsqu'il obtient une réduction des taux et l'extension de la durée du prêt de 110 milliards d'euros. Son combat pour imposer des euro-obligations a – pour l'instant – échoué.

Les déclarations des dirigeants européens, notamment allemands, sur la restructuration de la dette se multiplient dans une cacophonie qui fait écho à celle du gouvernement grec. La plupart des ministres tiennent des propos souvent contradictoires.

Georges Papandréou donne l'impression de ne pas tenir ses troupes. Il s'appuie sur une poignée de ministres fidèles et "les consultants du Palais Maximou", expression désignant les experts qui viennent le conseiller sur l'application du plan. Les ministres et les députés se sentent court-circuités. "Il est vrai que certains ministres restent les otages d'une base traditionnelle et sont sensibles aux discours syndicaux et corporatistes", reconnaît l'analyste politique Georges Sefertzis.

NAUFRAGE

Le doute s'installe, l'inquiétude monte. La cote de popularité du premier ministre s'effondre. "Le plan de M. Papandréou avait l'appui de 60 % de la population, mais, aujourd'hui, de nombreux articles économiques expliquent que les mesures d'austérité ne conduisent nulle part, constate Sophia Tsiliyanni, directrice générale de l'institut de sondage Marc. Cela inquiète les citoyens comme les députés du Pasok qui s'interrogent sur le nouveau plan d'austérité."

Les grandes lignes du deuxième plan de rigueur et de privatisation sont annoncées en avril, mais ne seront présentées au Parlement que le 14 juin. Georges Papandréou donne l'impression d'hésiter. Le FMI et les Européens perdent patience. La population n'en peut plus. "Il a mis beaucoup trop de temps à essayer de convaincre ses ministres sur la nécessité des mesures, au lieu de s'entourer d'une équipe réduite constituée pour les mettre en œuvre", relève Georges Sefertzis. Le "capitaine Courage" a de plus en plus de mal à tenir la barre. Et la Grèce risque plus que jamais le naufrage.

Alain Salles

Journal Le Monde

Un gouvernement réduit pour ressouder la majorité

Athènes, Correspondance, Georges Papandréou a troqué, vendredi 17 juin, un gros gouvernement Pasok contre... un plus petit gouvernement Pasok : une quinzaine de ministres et une vingtaine de secrétaires d'Etat. Avec l'objectif de ressouder une majorité parlementaire en crise. Le ministre de l'économie et des finances Georges Papaconstantinou est remplacé par l'ancien ministre de la défense Evangelos Venizelos, qui devient l'un des hommes forts du gouvernement en étant également vice-premier ministre.

Georges Papaconstantinou, qui symbolisait la lutte contre le déficit budgétaire, était devenu la tête de turc des parlementaires socialistes, qui le trouvaient méprisant. Il ne quitte pas le gouvernement, mais recule dans sa hiérarchie en devenant ministre de l'environnement. La rumeur le donnait ministre des affaires étrangères. Le poste est revenu à Stavros Lambrinidis, un spécialiste des questions européennes.

Evangelos Venizelos, poids lourd du Pasok, avait été en rivalité avec Georges Papandréou pour prendre la tête du parti, en 2007. Depuis plusieurs mois, il publiait régulièrement des communiqués sur l'économie. " Il se place en position de recours, en cas de défaillance du gouvernement ", considère le politologue Elias Nikolakopoulos.

Sa nomination à l'économie signe l'échec de l'ouverture du gouvernement à des personnalités extérieures. Le nom de l'ancien vice-président de la Banque centrale européenne, Lucas Papadimos, avait été évoqué, mais aurait été refusé.

Le remaniement intervient après deux jours d'intense cafouillage. L'objectif était de calmer le feu qui s'emparait du groupe socialiste au Parlement. Trois députés ont démissionné. La majorité du gouvernement à la Chambre n'est plus que de cinq voix. Mercredi 15 juin, jour de la grève générale, des rumeurs de démissions du premier ministre avait circulé. Lors d'un entretien avec le leader de l'opposition Antonis Samaras, M. Papandréou avait laissé entendre qu'il était prêt à céder sa place pour faciliter un gouvernement d'union nationale.

Le remaniement sera suivi en début de semaine d'un vote de confiance au nouveau gouvernement, avant le débat sur le plan d'austérité. De nombreux observateurs s'attendent à l'organisation d'élections législatives anticipées à l'automne, voire avant.

Alain Salles

Journal Le Figaro

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Dernière modification : lundi 20 juin 2011