Accueil Actualités Communiqués Politique Etrangère Evénements culturels La Grèce en France Grèce Xenios Médias Olympisme Contactez-nous

J-12/09/2011

12 septembre 2011

Journal Le Figaro

Journal Les Echos

Journal International Herald Tribune

Journal La Croix

Grèce : «Notre pays est comme en guerre»

Les nouvelles mesures d’austérités annoncées par le gouvernement grec ce week-end passent mal. Les avis divergent sur l’intérêt de sortir de la zone euro.

Toute la presse grecque de lundi 12 septembre titrait sur les nouvelles mesures d’austérité visant à économiser 2 milliards d’euros, annoncées samedi en direct à la télévision par le ministre des finances, Evangelos Venizelos, à la Foire internationale de Thessalonique. Elles ont été confirmées le lendemain par le premier ministre dans une conférence de presse marathon de plus de trois heures, elle aussi retransmise en direct. « Le pays est comme en guerre. Ne donnons pas raison à ceux qui parient sur le défaut de la Grèce »,a martelé Georges Papandréou.

Aux termes de ces mesures, tous les propriétaires de logements vont avoir une nouvelle taxe foncière à payer, la quatrième depuis le début de la crise, via leur facture d’électricité. Tous les élus et les hauts fonctionnaires vont perdre un mois de traitement. Les fonctionnaires verront le leur encore réduit et certains vont être licenciés d’ici à quelques semaines, car ils sont trop nombreux et inefficaces (1 million sur 11 millions d’habitants). La presse a évoqué le chiffre de 20 000 immédiatement et des dizaines de milliers dans les mois suivants.

Maria Sakelariou est dégoûtée. « J’ai écouté son discours. C’est exactement la même chose que l’année dernière, avec en plus une nouvelle taxe »,souligne la professeur d’italien de 45 ans. Sa collègue Marina, qui touche à peine 800 € par mois, songe à partir à l’étranger avec sa fille de 15 ans. « Toutes les mesures qui nous ont été imposées, c’était soi-disant pour éviter une faillite, souligne-t-elle. Si la faillite est finalement inévitable, pourquoi toute cette douleur, ces sacrifices ? Pourquoi ne pas l’avoir constaté plus tôt ? »

Content à l’idée d’une faillite

Étudiant en troisième année et futur ingénieur, Pandelis Kouvaris, 24 ans, est content à l’idée d’une faillite. Rencontré dans la manifestation de Thessalonique, il fait partie de ceux qui pensent que le pays ne doit pas rembourser sa dette. « Tout l’argent qu’on nous a prêté sert à rembourser les intérêts des banques, pas à faire redémarrer le pays. Sortons de la zone euro ! »

Voula Kahayioti, 42 ans, employée à l’Eydap, une société en voie de privatisation, est plus nuancée : « Je veux bien rembourser la dette, mais pas les intérêts qui ne cessent d’augmenter. Ce gouvernement est incapable. Les Européens ne veulent pas admettre que ce que l’on vit ici, c’est une crise du système. Les Italiens, les Espagnols, les Irlandais et même vous, les Français, vont suivre. C’est la troisième guerre mondiale et elle est économique. »

Beaucoup moins passionné mais tout aussi pessimiste, Petros Linardatos, économiste, souligne que, depuis cet été, les choses évoluent vers un défaut partiel. « La récession qui s’est installée ne peut en aucun cas être une solution. Il faut une nouvelle taxation, certes. Mais des revenus les plus hauts, pas de la classe moyenne, actuellement laminée. Et il faut renégocier une diminution de la dette. C’est inévitable. »Marie, 35 ans, avocate au chômage, dit la même chose, mais préconise de sortir de l’euro.

Petros Linardatos met le holà. « En tant qu’économiste, je ne vois pas ce que cela pourrait apporter à l’Europe d’exclure la Grèce de la zone euro. C’est tout simplement illogique et absurde. »

THOMAS JACOBI, à Athènes

 

Journal La Croix

Les doutes s’accroissent envers la Grèce

L’hypothèse d’une faillite d’Athènes est de plus en plus évoquée en Europe.

Le gouvernement grec a annoncé des économies supplémentaires pour prouver sa bonne volonté.

Un défaut de paiement serait un saut dans l’inconnu pour les Grecs comme pour la monnaie unique.

Cette fois, la faillite de la Grèce n’est plus taboue en Europe, même si Bruxelles a de nouveau démenti hier cette éventualité. Les Pays-Bas et les Finlandais ont agité le chiffon rouge la semaine dernière et en Allemagne, le ministre de l’économie Philipp Rösler leur a emboîté le pas dans une tribune de presse, lundi 12 septembre, où il évoque une « insolvabilité d’Athènes ». Une position qui s’explique en grande partie au fait que le parti libéral (FDP) de Philipp Rösler lutte pour sa survie. Il n’empêche, l’hebdomadaire Der Spiegel affirme que le ministre allemand des finances, le chrétien-démocrate Wolfgang Schaüble, prépare des scénarios de faillite, sans être contredit par l’intéressé.

De fait, les chiffres demeurent alarmants : le déficit budgétaire de l’État grec va tutoyer les 9 % cette année, contre 7,4 % annoncés, tandis que la récession va s’aggraver à – 3,9 % d’ici à décembre, contre – 3,5 % prévus. Le doute grandit sur sa capacité de remboursement de ses dettes. Pour preuve de sa bonne volonté, le gouvernement Papandréou a annoncé dimanche soir 2 milliards d’économies supplémentaires, alors que Jean-Claude Trichet a une nouvelle fois appelé hier la Grèce à tenir ses engagements. Un défaut de paiement du pays constituerait une situation inédite au sein d’une zone monétaire. Un saut dans l’inconnu.

Que signifierait une faillite pour la Grèce ?

Si la Grèce se déclare en cessation de paiement, même partielle, elle perdra tout financement extérieur : le FMI et l’Europe suspendront leur aide – inutile de prêter des sommes qui ne seront jamais remboursées –, alors qu’Athènes ne peut déjà plus emprunter à des taux raisonnables sur les marchés pour payer ses fonctionnaires, ses dépenses publiques… Les banques grecques, gorgées d’obligations nationales, mettraient la clé sous la porte, entraînant les entreprises et les ménages. Pour continuer à faire tourner la machine, la solution serait que la Grèce abandonne l’euro et que la banque centrale nationale, revenue à la drachme, fasse tourner la planche à billets. Mais la dette souveraine, libellée en euros, exploserait, enterrant définitivement la capacité de remboursement d’Athènes.

Chez Deutsche Bank, Gilles Moëc estime que la faillite grecque peut être « ordonnée », de façon à éviter que la Grèce soit obligée de sortir de la zone euro. « Pour cela, détaille l’économiste, il faut faire en sorte que la décote qui serait imposée aux créanciers privés épargne les banques grecques. Celles-ci pourraient poursuivre leur activité, avec l’appui de la BCE qui serait autorisée à leur fournir des liquidités. »

À l’inverse, Norbert Gaillard, à Sciences-Po Paris, juge « nécessaire que la Grèce sorte de la zone euro. Le pays pourra ainsi dévaluer sa monnaie et regagner de la compétitivité, afin que l’économie redémarre. »

Quelles conséquences pour la zone euro ?

« En soi, explique Jean-Paul Fitoussi à l’OFCE, une remise partielle de dette à la Grèce est tout à fait surmontable à l’échelle européenne. Le problème, ce sont les risques de contagion. »D’une part, en effet, les autres pays sous perfusion (Irlande et Portugal) pourraient eux aussi réclamer une annulation partielle de leurs créances. D’autre part, « cela risque de déchaîner une spéculation des investisseurs sur d’autres pays comme l’Espagne et l’Italie, qui seraient autrement plus difficiles à secourir », s’inquiète Jean-Paul Fitoussi.

Les banques européennes, qui détiennent beaucoup d’obligations d’États, risqueraient elles aussi d’être fragilisées avec des effets boules de neige sur toutes les économies de la zone euro. Pour Christian Saint-Etienne, économiste au Cnam, « nous sommes à la veille de la fin de la zone euro à 17 membres, sa forme actuelle. » L’économiste préconise de créer « deux zones monétaires, l’une avec la France, l’Allemagne, le Benelux et l’Autriche, et l’autre composée des pays du Sud, qui pourraient dévaluer leur monnaie ». Quant à l’hypothèse d’une sortie provisoire de la zone euro par la Grèce, elle est jugée irréaliste.

Existe-t-il des solutions alternatives ?

Contre le risque de contagion, avance Jean-Paul Fitoussi, il faudrait « autoriser la BCE à acheter de la dette des pays fragilisés sur le marché primaire, dès l’émission des titres. Aux États-Unis, les investisseurs savent qu’il est vain d’essayer d’obtenir des taux d’intérêt de plus en plus élevés sur les obligations d’État, car la réserve fédérale peut en acheter de manière illimitée et donc faire baisser les taux. »

Les traités ne donnent pas cette mission à la BCE. Mais par temps de crise, « tout peut devenir possible, souligne Jean-Paul Fitoussi, et la BCE a déjà utilisé des outils à la limite de ce qu’elle pouvait faire. Si la survie de la zone euro était en jeu, la BCE serait capable de prendre ce type d’initiative. » Les euro-obligations, qui mutualiseraient la dette à l’échelle de la zone euro, restent écartées par Berlin tant qu’elle n’aura pas l’assurance de contrôler strictement la stratégie économique et budgétaire des membres de la zone.

MARIE DANCER

page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : mardi 13 septembre 2011