04 avril 2012

Journal International Herald Tribune

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Journal Les Echos

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Jason Manolopoulos : « En Grèce, les extrêmes se renforcent »

Jason Manolopoulos est un jeune financier grec, formé dans les pays anglo-saxons, aujourd'hui managing partner du fonds Dromeus Capital. Son regard sur la société grecque est sans concessions. Il livre aux Echos ses analyses et les remèdes qu'il préconise.

« La dette odieuse ». Le titre du livre de Jason Manolopoulos est explicite. La Grèce a accumulé une dette insoutenable avec la complicité plus ou moins active des institutions internationales, des agences de notation, des banques d'affaires anglo-saxonnes et, bien entendu, d'un système politique et d'une société civile grecques intéressés à la manne qui a inondé le pays après son entrée dans l'euro : tels sont les attendus du procès fait par le livre, et par le mouvement politico-social qui s'est agrégé autour de ce concept de la « dette odieuse ».

Quel diagnostic faites-vous de la crise ?

La crise grecque n'est le simple fait des problèmes intérieurs du pays. Elle est la conséquence directe de la débauche d'effets de levier utilisés par les banques d'affaires. Des effets de levier qui ont crée un nombre important de bulles financières et ont gonflé la dette publique de plusieurs Etats. Les crédits ont coulé à flot, aux Etats-Unis, vers les « subprime », en Irlande, vers l'immobilier, et en Grèce vers l'Etat qui les a utilisés pour accroître toujours plus les dépenses publiques. L'architecture erronée de l'euro a fait le reste. En Grèce la crise a pris cet aspect catastrophique en raison de ses institutions bien plus faibles qu'ailleurs en Europe. Tout le monde savait. Pourtant, on a autorisé ce pays à emprunter 300 milliards d'euros alors que son économie est pleine de dysfonctionnements, son secteur industriel est obsolète, et sa classe dirigeante est inefficace et corrompue.

Quelles sont les responsabilités spécifiques de votre pays ?

La Grèce a connu un après-guerre civile difficile. Seul pays en Europe à avoir enduré un conflit interne si violent et déchirant, la Grèce en est sortie meurtrie. La nécessité de reconstituer un tissu national a conduit à un système fondé sur l'expansion potentiellement illimitée de la dépense et de l'emploi publique. Avant l'éclatement de la crise, 60 à 70 % des dépenses de l'Etat vont aux retraites et aux traitements des fonctionnaires et 10 à 15 % restants aux pots-de-vin et à l'Armée. Le boom pro-cyclique des crédits a huilé les rouages de ce mécanisme. Environ 55 % du PIB de la nation est garanti par le prêt : la dépense publique ; la consommation et l'immobilier. Mais nous ne pouvons pas garder ce système plus d'un demi siècle après la fin de la guerre civile et près de 40 ans après la fin de la dictature.

La Grèce s'achemine vers les élections. Peut-on espérer que la situation change après le vote ?

Non. Les principaux responsables politiques actuels sont corrompus et incompétents. Les deux grands partis, la Nouvelle démocratie et le Pasok sont à l'origine de ce système. Les extrêmes se renforcent en surfant sur le mécontentement de la population. L'échiquier politique qui sortira des urnes sera très fragile. Mais frères ennemis de la Nouvelle démocratie et du Pasok vont devoir gouverner ensemble. Si leurs voix ne suffiront pas, d'autres s'y ajouteront en provenance de partis qui aujourd'hui se veulent à l'opposition. Les responsables politiques grecs seront alors face à une alternative claire : avaler la potion amère par petites gorgées ou subir un traitement de choc. Je suis convaincu qu'ils choisirons la première solution. Il faudra que les Européens, la Troïka suive cela de près pour éviter tout retour aux vieilles habitudes du système. Le monitorage devra être serré. En tout état de cause, il ne faut pas redonner aux politiciens grec la faculté de battre monnaie sous peine de devenir un pays artificiel, de pacotille. Or, la sortie de l'euro conduirait précisément à cela.

Pensez-vous que les deux programmes de financements de la Grèce finiront par réussir ?

Le premier plan de mai 2010 a été une erreur tragique. Les dépenses publiques n'y représentaient que 30 % des économies ; les 70 % restantes ont été collectées via les impôts. Tout le contraire de ce qu'il aurait fallu faire. Quoique quelque peu rude, le second, en revanche, s'est concentré sur les vrais problèmes de la société et de l'économie grecques. Les réformes structurelles sont plus que jamais nécessaires. L'implication du secteur privé au sauvetage a été utile. Le tout est qu'elles soient enfin appliquées. Quant au calendrier serré de leur concrétisation, tout le monde sait qu'il est artificiel. Une fois que la Grèce aura démontré sa bonne volonté dans l'application des ajustements économiques et budgétaires, elle obtiendra de ses créanciers internationaux certainement davantage de temps pour transformer le pays. Enfin, il faudra libérer les énergies intellectuelles qui existent notamment chez les jeunes aujourd'hui condamnés à émigrer pour trouver un travail satisfaisant ou tout simplement un travail. L'esprit entrepreneurial pourra alors naître en Grèce, ainsi que le goût du risque et l'envie d'innover.

Propos recueillis par Massimo Prandi

Journal Le Figaro

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Grèce : l'île aux aveugles, un récit de corruption ordinaire

Sur la petite île de Zakynthos, 700 personnes, dont un chauffeur de taxi et un chasseur d'oiseaux, touchaient en 2011 une pension pour aveugles. Un exemple parmi d'autres de la corruption gangrénant le système de santé.

La charmante petite île de Zakynthos, au sud de l'Adriatique, était affectée, jusqu'à peu, par un mal mystérieux. Sa population comptait 700 aveugles, neuf fois plus que la moyenne des pays développés. L'État grec verse une pension de 724 euros tous les deux mois aux malvoyants. Parmi les insulaires déclarant n'y voir goutte, un chauffeur de taxi et un chasseur d'oiseaux, rapporte le Wall Street Journal dans une enquête publiée ce mardi.

La vraie fable de l'île aux aveugles n'est qu'un exemple parmi d'autres des failles aberrantes qui plombent les finances du système de santé grec. Quelques régions ont ainsi leur spécialisation médicale, a découvert le ministère de la Santé lors d'un récent audit. Si 1,5% de la population de la petite île de Zante se dit aveugle, la région de Viota, en Grèce centrale, souffre d'un taux très élevé d'asthmatiques. L'île de Kalymnos est pour sa part affligée de nombreux cas de maladies mentales.

Collusions locales

«Tout cela est le résultat d'une collusion, au niveau local, entre le clientélisme des autorités qui délivrent les pensions, gagnant ainsi des voix, et la corruption du personnel médical, mal rémunéré, délivrant de faux certificats», déplore Costas Bakouris, directeur de l'ONG anticorruption Transparency international Grèce.

L'hôpital public grec est l'institution la plus corrompue du pays, a confirmé ce mardi, pour la cinquième fois consécutive, le rapport annuel d'Amnesty international sur la Grèce. On y compte pour près de 42% des cas de pots-de-vin recensés. De quoi distancer largement le fisc (16%). Selon l'enquête de Transparency international, les pots-de-vin s'échelonnent de 30 euros pour un coupe-file à 30.000 euros pour certains actes chirurgicaux.

L'État s'est attaqué au problème. Il doit en effet réduire la facture de son système de santé, actuellement de 25 milliards d'euros par an, dans le cadre du plan européen de redressement de ses finances publiques. Mais les résistances sont vives. Les médecins enchaînent les grèves pour protester notamment contre l'informatisation et la centralisation des systèmes d'ordonnances, qui permettraient de lutter contre les ordonnances abusives.

Le vent tourne

Sur l'île de Zakynthos, le vent a tourné. Le nouveau maire, Stalios Bozikis, veut désormais faire de son île un exemple de la lutte contre la corruption. Une enquête a été menée fin 2011. L'ophtalmologiste local, soupçonné d'accepter des pots-de-vin en échange de faux diagnostiques, a démissionné. Les aveugles ont dû refaire des examens à Athènes. Cinquante d'entre eux se sont réellement révélés incapables de voir. Malgré tout, environ 200 perçoivent encore la pension d'invalidité.

Le montant des pots-de-vin baisse en Grèce

La corruption change très lentement de visage en Grèce. Selon une enquête réalisée par Transparency international et publiée ce mardi, les pots-de-vin versés aux fonctionnaires ont légèrement augmenté, de 7,2 en 2010 à 7,4% en 2011. Ceux demandés par le privé ont baissé à 3,4%, contre 4% l'année précédente. Alors que la Grèce s'enfonce dans la crise, les montants des «fakelaki» (enveloppes de billets) ont baissé de 12% en un an, à 554 millions d'euros. «Cela reste toutefois des montants significativement élevés», commente Transparency international.

Guillaume Guichard

 

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Dernière modification : mercredi 04 avril 2012