03 mai 2012

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La Grèce en route vers l'inconnu

Jamais l’incertitude n’a été aussi forte avant un scrutin. La crise a fait voler en éclats le traditionnel échiquier politique. Les élections législatives anticipées de ce 6 mai menacent la stabilité grecque et les engagements européens.

Après la crise économique, la crise politique ? Les élections législatives anticipées du 6 mai pourraient provoquer un séisme en Grèce et replonger la zone euro dans la tourmente. Jamais, depuis le rétablissement de la démocratie, en 1974, les résultats d’un scrutin n’ont été incertains à ce point.

Les multiples plans d’austérité mis en place depuis deux ans pour juguler une dette publique abyssale (350 milliards d’euros, 160 % du PIB) ont eu pour conséquence de chambouler le traditionnel échiquier politique. Le risque que le dernier plan de sauvetage, concocté dans la douleur par la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, soit rejeté par de nouvelles forces politiques au pouvoir est réel. Une faillite menacerait alors à nouveau le pays. Bruxelles retient son souffle.

Jusqu’à présent, la vie politique hellénique était dominée alternativement et invariablement par les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) et les socialistes du Pasok.

Lors du dernier scrutin législatif du 4 octobre 2009, les socialistes avaient mis fin à cinq ans d’opposition en récoltant 43,9 % des voix devant la droite (33,4 %) et devançant de très loin les communistes (7,5 %), l’extrême droite (5,6 %) et enfin la gauche radicale (4,6 %). Ils avaient obtenu la majorité absolue des députés à la Vouli, puisque, selon le mode de scrutin grec, il suffit d’obtenir 41 % des suffrages pour gagner plus de 150 sièges.

Le 9 novembre 2011, la démission du premier ministre socialiste, Georges Papandréou, après l’échec de sa tentative d’organiser un référendum sur le plan de rigueur voté par l’Union européenne, avait conduit à la formation inédite d’un gouvernement d’union nationale de transition. Dirigé par le premier ministre Lucas Papadémos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne et ex-président de la banque centrale grecque, ce gouvernement était composé de trois forces politiques : le Pasok, la Nouvelle Démocratie et l’extrême droite du Laos.

Ce 11 avril, conformément à l’accord tacite conclu entre les deux grands partis, Lucas Papadémos annonçait la tenue d’élections anticipées, estimant avoir accompli sa mission. La Grèce a en effet réussi à échanger une partie de la dette détenue par les créanciers privés, effaçant ainsi plus de 100 milliards d’euros. « Le gouvernement issu des prochaines élections législatives devra poursuivre la politique d’assainissement des comptes publics et réduire les dépenses de 12 milliards d’euros en 2013 et 2014 », a prévenu Papadémos. Avant d’ajouter : « Le but est de limiter le gaspillage et de ne pas réduire encore davantage les salaires. Cette année et le début de l’année prochaine ne seront pas faciles, mais il faut poursuivre l’effort pour que les sacrifices du peuple grec ne soient pas perdus. »

Ces élections peuvent marquer la mort du bipolarisme grec

Sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr, car les partis qui ont approuvé les différents plans de rigueur sont en perte de vitesse dans les sondages. Les études d’opinion indiquent que la principale motivation politique des Grecs est de punir ceux qu’ils estiment responsables de cette crise. Les derniers sondages autorisés, publiés deux semaines avant le scrutin, montrent une fragmentation extrême de la scène politique. Une trentaine de partis sont en lice. Le nombre de formations pouvant entrer au Parlement devrait doubler, ce qui consacrerait la mort du bipolarisme grec.

La Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras était favorite, créditée de 22 à 25,5 % des intentions de vote, alors que le Pasok, emmené par l’ancien ministre des Finances Évangélos Vénizélos, obtiendrait de 17 à 19 % des voix. Au total, les deux grands partis enregistreraient une perte de plus de trente points. Ils pourraient ne pas être en mesure de former une coalition droite-gauche majoritaire. Suivraient ensuite trois partis avec environ 10 % des voix : la coalition de la gauche radicale Syriza (opposée aux plans de l’Union européenne et du FMI), les communistes du KKE (favorables à la sortie de l’euro), les "populistes" du Parti des Grecs indépendants. Cette formation a été créée en février dernier par l’ancien ministre conservateur Panos Kammenos, exclu de la Nouvelle Démocratie pour avoir refusé de voter la confiance au premier ministre Lucas Papadémos.

Elle aussi chassée de la ND, mais cette fois pour avoir approuvé le premier plan de rigueur alors qu’à cette époque les conservateurs y étaient hostiles, l’ancien maire d’Athènes et ex-ministre des Affaires étrangères Dora Bakoyannis a fondé l’Alliance démocratique. Il faudra aussi peut-être compter sur deux nouveaux partis de gauche. La Gauche démocrate (Dimar), de Fotis Kouvelis, scission de la gauche radicale Syriza. Ce mouvement de centre gauche est favorable à un rapprochement avec le Pasok et aux mesures d’austérité. Ce n’est pas le cas du Parti du nouveau contrat social, créé par Louka Katseli, l’ancienne ministre de l’Économie, puis du Travail et de la Sécurité sociale. Elle avait été exclue du Pasok pour avoir refusé de voter la baisse du salaire minimum.

On peut ajouter une ribambelle d’autres partis : l’extrême droite du Laos, Drasi, de l’ancien ministre de droite Stefanos Manos, les écologistes, les trotskistes de EEK et les marxistes de ML-KKE, le mouvement "Je ne paie pas" et le Parti des pirates de Grèce. La vraie surprise pourrait venir des néo-nazis de Chryssi Avghi ("Aube dorée"), crédités de 4 à 5 % des voix.

La conséquence principale de cet éclatement de la vie politique est qu’aucune majorité ne devrait se dégager de ce scrutin. Le socialiste Vénizélos a déjà tendu la main à toutes les formations favorables au plan de l’Union européenne. La droite a rejeté son offre. « Je veux avoir les mains libres. Une majorité claire est nécessaire pour gouverner correctement le pays », explique Antonis Samaras. Les partis opposés aux recettes de l’Union et du FMI n’arrivent pas non plus à s’entendre. « Nous n’avons pas l’intention de coopérer avec Syriza. Ce parti est membre du système, nous ne le sommes pas », a indiqué de son côté la communiste Aleka Papariga. Le lendemain de ces élections pourrait donc ressembler à un véritable casse-tête. 

Michel Arnaud

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Dernière modification : jeudi 03 mai 2012