14 mars 2012

Journal International Herald Tribune

Magazine Le Point

Georges Papandréou règle ses comptes

L'ex-Premier ministre grec, qui abandonne les rênes de son parti, rend les dirigeants européens comptables de l'état de son pays.

Georges Papandréou tire sa révérence. L'ex-Premier ministre grec a cédé sa place à la tête du parti socialiste grec (Pasok) samedi, juste avant des élections législatives anticipées qui s'annoncent catastrophiques. À en croire les sondages, les électeurs grecs se détournent massivement du parti qui s'est retrouvé obligé de mettre en oeuvre le premier plan d'ajustement exigé par les Européens et le FMI.

À l'heure des comptes, l'héritier d'une dynastie politique (son père avait fondé le parti socialiste en 1974) défend bec et ongles son bilan à la tête d'un pays ruiné qui vient d'être obligé d'infliger à ses créanciers privés la plus grosse réduction de dette souveraine de l'histoire (plus de 100 milliards d'euros). "Je ne suis pas d'accord avec les dirigeants qui disaient que nous n'avons pas réformé assez vite (...) Nous avons fait plus de réformes que n'importe quel autre pays de l'OCDE ces deux dernières années."

Pour Georges Papandréou, la lenteur des changements s'explique par l'état de l'administration grecque. Inefficace, rongée par le clientélisme et même par la corruption, elle est incapable de faire rentrer correctement l'argent dans les caisses. "Si le contrôleur des impôts est corrompu, vous pouvez changer les lois aussi souvent que vous voulez, cela ne va rien changer. La réorganisation du système de collecte des impôts prend du temps, cela ne se fait pas en appuyant sur un bouton".

Ironie du sort, "le père de Georges Papandréou porte une responsabilité immense" dans cet état de fait, relève un observateur extérieur. Aiguillonné par le FMI et l'Union européenne, le fils a donc dû couper en urgence et à la hache dans toutes les dépenses. Comme dans les retraites, alors que leur réforme avait jusque-là toujours rencontré une franche hostilité dans le pays. Mais "nous n'avons pas eu assez de temps pour répartir équitablement la charge de l'effort", regrette Papandréou, qui rappelle que l'Allemagne, elle, a mis plus de 10 ans pour se remettre de la réunification, quand l'UE et le FMI imposent un calendrier d'enfer.

Le crime de Deauville

La responsabilité de la dégradation de la situation de son pays, il la rejette principalement sur les Européens. Selon lui, la crise n'est pas née seulement en Grèce. Elle s'est nourrie de l'inachèvement de l'Union monétaire, des failles de la supervision bancaire, des paradis fiscaux et des marchés financiers dérégulés.

Face à cette réalité, "l'austérité ne peut à elle seule régler le problème", prévient l'ex-Premier-ministre, mettant en cause la vision, selon lui étriquée, des dirigeants conservateurs à la tête de nombreux grands pays (Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Espagne). La chancelière allemande est particulièrement visée. Elle est accusée d'avoir aggravé soudainement la situation par la conclusion du "pacte de Deauville", le 18 octobre 2010. Ce jour-là, Berlin réussit à convaincre Paris d'impliquer le secteur privé dans la résolution de la crise. Les dettes contractées après juin 2013 seront restructurées automatiquement si un pays se retrouve en difficulté financière. Ce qui revient à signifier aux marchés que cette hypothèse n'est plus tout à fait de la fiction... Les taux d'intérêt de la Grèce repartent immédiatement à la hausse.

Autre reproche adressé aux Européens, gonflé celui-là, : le manque de contrôle sur la Grèce avant la crise. "S'il y avait eu une bonne supervision de la part de l'Union européenne, je n'aurais pas hérité de ces déficits", considère Papandréou, en oubliant un peu vite le maquillage des comptes du pays.

L'exemple de François Hollande

Mais l'ex-Premier ministre ne fait pas que ressasser le passé. Il évoque aussi l'avenir. Et pour lui, rien ne peut avancer si les Européens ne font pas un geste par l'émission d'eurobligations. Georges Papandréou, qui veut s'en servir pour investir dans des grands projets d'infrastructures de transports, de réseaux énergétiques etc., et ainsi relancer la croissance, s'appuie au passage sur le candidat socialiste français à la présidentielle, François Hollande, lui aussi favorable à une mutualisation de la dette européenne.

Mais Georges Papandréou peut bien blâmer les Européens pour leurs insuffisances et leurs erreurs, c'est pourtant bien à son parti, et à personne d'autre, que les électeurs reprochent d'avoir fait croire, lors de la campagne de 2009, qu'il restait encore dans les caisses de l'argent à dépenser. Le gouverneur de la Banque de Grèce avait pourtant averti Georges Papandréou de l'énorme ardoise laissée par le gouvernement de droite.

Marc Vignaud

 

page précédente

 

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : mercredi 14 mars 2012