16 mars 2012

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Evangelos Venizelos, Hercule devenu Sisyphe

Le ministre grec des Finances, qui va démissionner, va prendre la tête du PASOK. L'aboutissement d'une ambition, mais le plus difficile commence...

Enfin ! Evangelos Venizelos, l'actuel ministre grec des Finances, va prendre la tête du parti socialiste panhellénique, le PASOK. Ce politique dont l'intelligence est unanimement reconnue était en effet aussi réputé pour son ambition. Ce professeur de droit de 55 ans, ancien élève de l'Université d'Assas à Paris, est entré dans le parti de centre-gauche voici 22 ans. Depuis 1993, il a multiplié les portefeuilles ministériels : pas moins de neuf en dix-neuf ans.

L'adversaire

En novembre 2007, le bouillonnant natif de Thessalonique, dans le nord du pays, avait cherché à prendre le contrôle du PASOK. Mais il s'était heurté au «mur Papandréou ». George, le fils d'Andreas, fondateur du parti, ancien Premier ministre omnipotent des années 1980 et lui-même rejeton de Georgos l'ancien, figure du centre-gauche des années 1960, l'avait emporté. La grande famille de la gauche grecque tenait encore alors solidement les rênes du parti. Mais en glanant 33 % des voix des militants, Evangelos Venizelos, qui n'a aucun lien de parenté avec le « grand homme » de la Grèce dans les années 1910-1920, Eleftherios Venizelos, avait réussi à s'imposer comme celui capable d'incarner l'alternative pour les déçus et les exaspérés du système Papandréou.

L'opportuniste

Une fois arrivé au pouvoir en novembre 2009, Papandréou le jeune avait donc dû accorder à son concurrent interne un poste d'importance, le ministère de la Défense. Très subtilement, Evangelos Venizelos s'était alors tenu à distance pendant la première phase de la crise, ménageant la solidarité gouvernementale tout en continuant à travailler son particularisme et son image de réformateur. Et lorsque, en juin 2011, alors que le pays est une nouvelle fois au bord de la faillite, une mutinerie interne éclate au sein du PASOK, menaçant le nouveau programme de rigueur et le gouvernement, Evangelos Venizelos apparaît comme l'homme de la situation. Certes, George Papandréou fait tout pour éviter d'avoir recours à son rival, mais le refus de Lukas Papadémos de prendre les Finances ne lui laisse pas le choix. Seul Evangelos Venizelos peut alors ressouder les rangs du PASOK et faire accepter, par son discours énergique, les douloureuses réformes. Il doit donc se séparer de son ami George Papakonstantinou, qui avait peu convaincu à l'étranger et doit faire appel à l'étoile montante du parti.

Tâche herculéenne

En tant que ministre des Finances, Evangelos Venizelos a convaincu. Il est vrai que sa tâche est herculéenne, comme l'était celle de son prédécesseur. L'essentiel est bien plutôt dans son positionnement politique : très pro-européen, il a toujours défendu le programme de réduction des dépenses. Une position qui lui a créé bien des amis au sein de la zone euro et qui a fait de lui un jalon indispensable du gouvernement grec. Il a su porter l'estocade à George Papandréou en novembre dernier lorsque, après l'annonce d'un référendum sur les réformes, il s'était montré ouvertement sceptique. Du coup, Lukas Papadémos l'a confirmé à son poste et, depuis, il est la voix du PASOK au sein du gouvernement d'union nationale. Une fois toujours favorable à la ligne européenne, à la différence de celle du parti d'extrême droite, le Laos, qui a aujourd'hui quitté le gouvernement, et de la Nouvelle Démocratie.

L'aboutissement

L'arrivée d'Evangelos Venizelos à la tête du PASOK est donc l'aboutissement de ses efforts pour mettre fin à l'empire Papandréou. Dès le mois de novembre, les jeux semblaient faits. C'est une petite révolution pour ce parti qui a été jusqu'ici la propriété de sa famille fondatrice. Mais s'il a réussi à étouffer le lion de Némée socialiste, le nouveau leader du centre-gauche doit désormais faire face à une tâche bien plus herculéenne encore : sauver la position du parti lors des prochaines élections à la Vouli, le parlement grec.

Crise du PASOK

Car le PASOK souffre désormais d'une crise de crédibilité immense au sein de l'opinion grecque. L'effondrement de l'économie, la paupérisation et la disparition des services publics s'identifient désormais dans les esprits helléniques avec la politique de ce parti. Dans les derniers sondages, le PASOK est donné entre 8 et 13 % des intentions de vote. Il est même talonné par les Communistes marxistes orthodoxes du KKE. Du jamais vu : en 2009, il avait glané 44 % des suffrages et n'était jamais descendu qu'une fois en deçà des 40 % depuis 1981. En 1974 seulement, le parti n'avait obtenu que 13,8 % des voix. La tâche du futur nouveau patron du parti est donc considérable.

Stratégie de campagne

Evangelos Venizelos va sans doute jouer sur l'aspect "raisonnable" et "pro-européen" de son parti. Il va tenter de rappeler le rôle du gouvernement de la Nouvelle Démocratie, créditée elle-même d'un peu plus de 20 %, soit un score également très faible, qui a falsifié les comptes pour entrer dans la zone euro. Il va essayer enfin de promettre un nouveau départ, une "nouvelle chance" comme il l'a dit vendredi, après le "succès" de l'offre d'échange d'obligations en se présentant comme celui qui est parvenu à alléger le fardeau de la Grèce. Reste que plus d'un électeur sera en droit de s'interroger sur ce "nouveau départ". Permettra-t-il de mettre fin à l'appauvrissement de la population alors que l'Europe réclame encore des efforts supplémentaires ?

Quelle coalition ?

Mais la principale question qui se posera au nouveau patron du PASOK est celui du futur gouvernement. Avec une extrême gauche, certes divisée, mais qui totalise autant d'intentions de voix que les deux partis traditionnels, la question de la future coalition se pose. En défendant le plan européen, Evangelos Venizelos ne peut envisager de gouverner avec sa gauche. Mais alors avec qui ? La Nouvelle Démocratie ? Il devra alors la ménager pendant la campagne et encore faudrait-il que les deux partis disposent d'une majorité. Surtout, alors, le PASOK risque de devenir un parti d'appoint de la droite. Une position peu appréciable pour l'ancien parti dominant. Bref, l'équation semble insoluble. Parvenu au but, le Sisyphe du PASOK voit déjà l'écueil suivant.

 

 

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Dernière modification : vendredi 16 mars 2012