Accueil Actualités Communiqués Politique Etrangère Evénements culturels La Grèce en France Grèce Xenios Médias Olympisme Contactez-nous

J-30/10/2012

 

30 octobre 2012

Journal Les Echos

Journal Libération

Journal International Herald Tribune

Journal Le Figaro

Devenu chinois, le port du Pirée retrouve la prospérité


Dans la partie chinoise, le trafic de marchandises a plus que doublé courant 2011. Cosco, géant du transport maritime mondial et propriété de l'État chinois, a investit près de 300 millions d'euros pour moderniser ses docks.Crédits photo : Eirini Vourloumis/Eirini Vourloumis for the Inter

Pékin a signé en 2010 un bail concernant la moitié du port du Pirée. Les Chinois ont rapidement transformé ce secteur national à bout de souffle en foyer de productivité. UN ARTICLE DU NEW YORK TIMES

PAR LIZ ALDERMAN

LE PIRÉE, Grèce — Depuis son élégant bureau en surplomb, le capitaine contemple la mer Égée en souriant: des grues imposantes soulèvent les containers d'un cargo géant que des véhicules de transport robotisés transbordent sur des bâtiments plus petits qui sillonneront la Méditerranée.

Le volume de fret ici est trois fois plus élevé qu'il y a deux ans, époque à laquelle Cosco, géant du transport maritime mondial et propriété de l'État chinois, a engagé le capitaine Fu Cheng Qiu.

Dans le cadre d'un accord portant sur 500 millions d'euros qui a renfloué les caisses de ce pays en mal de liquidités, Pékin a signé en 2010 un bail concernant la moitié du Pirée. Les Chinois ont rapidement transformé ce secteur national à bout de souffle en foyer de productivité. L'autre moitié du port est toujours sous la bannière hellène. Le fait que son activité soit à la traîne, par rapport à Cosco, est emblématique d'une réglementation du travail trop rigide et de salaires relativement élevés qui ont étouffé la croissance économique grecque.

Sous bien des aspects, cette refonte totale imposée au Pirée est ce vers quoi la Grèce dans son ensemble doit se tourner si elle veut que son économie minée par la récession renoue un jour avec la compétitivité.

Alors qu'Athènes envisage la privatisation des biens de l'État pour diminuer une dette faramineuse, elle serait presque tentée de proposer aux Chinois de signer un bail pour tout le site portuaire, voire de le leur vendre. Toutefois, si l'exemple de Cosco est éloquent, les compromis nécessaires — forte réduction des salaires et atteintes au droit du travail, notamment — pourraient être de ceux que bien des Grecs rechigneraient à accepter.

Le capitaine Fu, pour sa part, estime que la Grèce a beaucoup à apprendre d'entreprises comme la sienne.

«La Chine veut s'enrichir par le travail», dit-il. D'après lui, trop d'Européens recherchent une existence confortable et protégée depuis la Seconde Guerre mondiale. «Ils ont voulu avoir la belle vie, plus de congés et moins de travail», ajoute-t-il.

Cosco emploie environ 1 000 travailleurs grecs ; de l'autre côté, ils sont à peu près 800.

Dans la partie chinoise, le trafic de marchandises a plus que doublé courant 2011 pour atteindre 1,05 million de containers. Si les marges de profit demeurent infimes, 4,96 millions d'euros l'an dernier pour un volume de transactions de 72,3 millions, cela tient au fait que la compagnie chinoise réinjecte des capitaux dans les infrastructures portuaires.

Cosco investit plus de 297 millions d'euros pour moderniser ses docks et transborder jusqu'à 3,7 millions de containers en 2013, ce qui propulserait Le Pirée au rang des 10 premiers ports mondiaux. Les fondations d'un second débarcadère ont par ailleurs déjà commencé.

Côté grec, le port a affronté une série de mouvements sociaux éprouvants durant les trois années précédant l'arrivée de Cosco, dont la concurrence l'a contraint à s'engager sur la voie de la modernisation. Cependant, un tiers seulement de son activité concerne le fret ; pour le reste, il s'agit du transport de passagers, plus lucratif.

Le salaire annuel de certains ouvriers atteint les 138 000 euros, heures supplémentaires comprises. Cosco propose généralement moins de 17 900 euros. Côté grec, la réglementation syndicale exige la présence de neuf personnes pour manœuvrer une grue à portique, contre quatre chez Cosco.

«Les employés réfléchissent à deux fois avant de se mettre en grève et de décider d'une action syndicale», affirme Stavros Hatzakos, directeur général de l'autorité du Port du Pirée. Et puis les salaires ont été réduits.

Le capitaine Fu serait ravi de voir Cosco exploiter l'ensemble du site, si l'exécutif grec le mettait en vente. Cette expansion scellerait l'hégémonie chinoise sur l'un des points d'entrée stratégiques du fret maritime vers l'Europe du Sud et les Balkans.

Une telle initiative pourrait toutefois se heurter à l'opposition des syndicats et des responsables de l'autorité portuaire, qui critiquent l'approche de Cosco en matière d'organisation du travail.

Thanassis Koinis, directeur adjoint de l'autorité portuaire, accuse le géant chinois de recourir à des sous-traitants qui embauchent des intérimaires, non qualifiés et non syndiqués, et les exploitent en les sous-payant.

Babis Giakoymelos, de la direction syndicale des dockers, prétend que Cosco fait des économies en rognant sur la sécurité des travailleurs. «Ils appliquent à l'Europe des normes du Tiers-Monde», renchérit-il.

Selon le capitaine Fu, Cosco a pris soin de ne pas passer pour un envahisseur, en embauchant en partie des entreprises grecques pour la reconstruction du débarcadère et en veillant à respecter la législation. «Au début, les Grecs redoutaient que les Chinois ne viennent tout racheter», se souvient le capitaine Fu.

Face à la difficulté de réformer l'économie grecque, Cosco représente une chance pour les travailleurs et pour le pays, ajoute-t-il avant de conclure: «Cosco c'est leur avenir, notre projet s'inscrit sur le long terme.»

Par New York Times

 

Journal Le Monde

page précédente

 

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : mardi 30 octobre 2012