03 juillet 2012

Journal Les Echos

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La Grèce veut puiser dans son sous-sol pour sortir de la crise

Par Hayat Gazzane

Le pays dispose de larges réserves de minerais et d’or qui attirent les investisseurs étrangers. Malgré les réticences de la population locale, des mesures en faveur de l’exploitation des gisements ont été adoptées.

La Grèce dort sur une importante quantité de métaux, des «richesses substantielles», selon un rapport des Nations Unies. Le pays est cinquième producteur mondial de lignite (qui sert à la production de 57% de l’électricité produite en Grèce) et plus gros producteur européen de bauxite, qui est «la matière première revêtant une importance particulière pour l’économie grecque puisqu’elle alimente l’industrie locale de l’alumine et de l’aluminium et fait l’objet d’une importante exportation», explique Yannis Maniatis, ancien secrétaire d’État au ministère de l’Environnement, de l’Énergie et du Changement climatique. La Grèce dispose aussi de minerais ferronickels (qui couvrent 7% des besoins du marché européen de l’acier inoxydable), de magnésite, de perlite (il est le numéro un mondial de ce segment), de bentonite et de marbre dont la variété de couleur et la qualité en font une référence mondiale. Sans oublier d’importants gisements d’or, d’argent et de cuivre.

La production minière totale du pays, essentiellement destinée à l’exportation, s’est affichée en baisse à près de 63 millions de tonnes en 2009, date à laquelle le pays a été heurté de plein fouet par la crise économique mondiale. Mais les perspectives sont bonnes. L’industrie minière grecque devrait se rétablir «pendant la deuxième moitié de l’année 2013», selon les analystes américains de ReportsnReports. Une autre note affirme que «l’industrie a déjà commencé à remonter la pente en raison de la hausse de la demande mondiale pour ces métaux. Les exportations grecques devraient augmenter d’ici à 2015 à mesure que les économies des pays voisins se rétablissent».

La Grèce veut devenir l’un des premiers producteurs d’or d’Europe

Le secteur minier grec représente entre 3 et 5% du PIB grec. Il emploie directement 20.000 personnes et indirectement 60.000 personnes. «Le gouvernement croit fermement qu’avec les actions déjà menées, l’emploi dans le secteur va augmenter de l’ordre de plus de 20%», affirme Yannis Maniatis. Alors que les revenus touristiques tendent à se contracter, la Grèce veut donner un nouvel élan à ce secteur. Le 29 février dernier, le pays a adopté «la politique nationale pour la valorisation des minerais matières premières», qui précise les objectifs et les axes politiques de développement. «Les ressources naturelles de la Grèce permettent de les utiliser afin de lutter contre la crise», assure l’ancien politique.

Le marché reste toutefois dominé par des entreprises nationales comme la holding Mytilineos. Le pays entretient également des relations tumultueuses avec les compagnies qui ne sont pas membres de l’Union européenne, leur demandant des conditions d’entrée plus restrictives et leur imposant des procédures d’obtention d’autorisations longues. Le canadien European Goldfields a été le premier non-européen à faire son entrée en Grèce. C’était au milieu des années 1990... Mais aujourd’hui en pleine crise, des signes d’ouverture apparaissent, surtout dans l’exploitation de l’or, présentée comme un axe de développement important par le site de l’agence d’investissement Investingreece. «Des gisements d’or très importants ont été localisés dans le Nord de la Grèce et plus particulièrement dans trois régions, Chalcidique, Rodopis et Evrou. Les recherches ont permis de localiser des gisements de 8,5 millions d’onces pour l’or et 65 millions d’onces pour l’argent», ajoute l’ancien secrétaire d’État.

European Goldfields, qui vient d’être avalé par son compatriote Eldorado Gold pour 2,4 milliards de dollars canadien, a flairé le bon filon. Il possède deux projets aurifères importants, opérés par sa filiale Hellas Gold, sur les mines d’Olympias et de Skouries dans la région d’Halkidiki (nord-est). Ces deux mines disposent de 7,7 millions d’onces d’or de réserves. Lorsqu’elles atteindront leur capacité de production totale à l’horizon 2015, 350.000 onces sortiront annuellement ce qui fera de la Grèce l’un des plus importants producteurs d’or d’Europe. Le ministère de l’Environnement en a autorisé l’exploitation en juillet 2011, après cinq ans de bataille judiciaire avec les mouvements d’opposition.

Inquiétudes pour l’environnement et le tourisme

La population locale est en effet traditionnellement contre ces explorations qui, selon elle, entraînent des dégâts environnementaux et menacent des sites touristiques. Leur combat a déjà réussi à faire avorter le projet de TVX Gold (qui appartient à Kinross Gold) de construire la plus grosse mine d’or du pays en 2002 à Halkidiki. Le projet avait alors été présenté par le conseil d’Etat comme présentant «un danger imminent» pour l’environnement. Les actifs ont fini par être vendus à European Goldfields. Cette opposition a souvent l’appui des dirigeants qui ne souhaitent pas supporter le coût politique qu’entraîne l’octroi d’une licence d’exploitation. D’après Yannis Maniatis, «cette approche a commencé à changer grâce à une meilleure information et au dialogue entre le gouvernement et les communautés locales, aux compensations versées aux communautés locales qui ont été instaurées récemment, les réformes favorables pour le secteur au plan juridique et les activités de responsabilité sociale des entreprises du secteur».

Conscientes toutefois de ces difficultés, les entreprises étrangères ne se pressent pas en Grèce. Bruxelles craint aujourd’hui que le pays ne brade ses richesses pour s’attirer les faveurs des investisseurs étrangers. L’an dernier, elle a condamné la Grèce pour avoir vendu, en 2003, les mines de Chalcidique à un prix sous-évalué et sans appel d’offre à European Goldfields. «L’accusation de brader la richesse minière de la Grèce non seulement est fausse, mais au contraire elle déforme la réalité», rétorque Yannis Maniatis. Ce dernier affirme que les procédures d’appels d’offre internationaux sont ouvertes «au mieux-disant» et soumises à des conditions très strictes comme par exemple l’obligation de verser des revenus à la communauté locale à compter de la date de signature du contrat ou la protection de l’environnement. «En résumé, les fondations ont été construites, une suite cohérente est attendue et dans le même temps, on attend de récolter les fruits des mesures déjà en vigueur», ajoute ce dernier.

Un appel d’offres ouvert à l’international a justement été organisé pour l’exploitation de gisements publics de cuivre et d’or dans la région de Vathis (Kilkis). Le nouveau gouvernement devrait prochainement annoncer le résultat et autoriser le lancement immédiat des travaux.

 

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Dernière modification : mardi 03 juillet 2012