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J-28/02/2013

 

28 février 2013

Journal Le Monde (daté du 01/03/2013)

Journal International Herald Tribune

Magazine L'Express

Kostas Axelos : « Le destin de la Grèce moderne » ou la cécité de l’Europe

Ce livre de Kostas Axelos, philosophe grec d’expression française, fut édité pour la première fois en 1954. Alors âgé de trente ans, Kostas Axelos, en exil en France, rédige ce petit opuscule, foudroyant de lucidité, dans lequel il interroge le « destin » de la Grèce « moderne ». De destin, en effet, comme de modernité d’ailleurs, la Grèce semble privée. Pour avoir un destin il ne suffit pas d’entrer dans le jeu des grandes puissances qui dominent le monde ni d’affirmer son identité à coup de planifications économiques et politiques. Et peut-être est-ce là le meilleur moyen de ne pas répondre à son destin et, sous couleur de modernisation, de manquer l’essentielle modernité. La Grèce dort, et peut-être dort elle depuis longtemps, depuis qu’en son histoire légendaire elle sacrifia Socrate qui, dans L’Apologie, avertissait déjà le peuple d’Athènes qu’il risquait de sombrer, faute de n’être plus dérangé par cet accoucheur d’esprits, dans un profond sommeil léthargique. Pour répondre à son destin et entrer ainsi à nouveau en résonnance avec l’histoire, la Grèce doit, nous dit l’auteur, être « fidèle à son essence ». Reste à savoir ce qu’il en est de cette « essence » et de cette « fidélité ». Or, un tel questionnement, essentiel par définition, fait défaut. Aujourd’hui comme hier, les questions qui devraient renvoyer à l’essentiel sont comme captées et détournées de leurs cours par les buts les plus immédiats et se trouvent indexées aux intérêts de l’instant et des urgences que le consumérisme impose quand il faudrait prendre le temps de penser afin de retrouver le fil perdu de notre conversation avec l’Histoire.

Aujourd’hui comme hier, on se perd à conjecturer sur la conjoncture et l’on élabore des plans sur la comète financière pendant que s’enfonce un peu plus résolument dans les ténèbres ce questionnement essentiel dont nous nous détournons d’autant plus volontiers que nous le croyons ineffectif et destiné seulement à donner du grain à moudre à ces quelques illuminés que sont ces philosophes bien incapables, au demeurant, de réaliser à partir de leur réflexion un pain qui nous soit comestible. Or, ce qui arrive à la Grèce – on le comprend en lisant Kostas Axelos – arrive à cette grande Grèce d’aujourd’hui qu’est, au fond, l’Europe. On l’oublie trop souvent, mais « Europe » est avant tout un personnage de la mythologie grecque. Aussi, abandonner l’enfance de l’Europe sur le parvis de la mythologie est le meilleur moyen d’être « infidèle » – pour reprendre l’expression de Kostas Axelos – à cette « essence » de l’Europe qui nous est plus obscure encore, avouons-le, que ne l’est le jeu de la finance qui n’est jamais pourtant que l’épiphénomène, le symptôme, la lointaine et vaporeuse manifestation de ce qui se trame au niveau fondamental de l’essence où, puisque nous ne voulons ni voir, ni rien entendre ni savoir, tout se décide aveuglément et muettement dans les abysses de notre ignorance.

Qu’il soit possible de substituer, dans le discours de Kostas Axelos, l’Europe à la Grèce, sans que cela n’entame en rien la pertinence du propos, voilà qui devrait donner à penser à tous ceux pour qui la Grèce reste encore un « cas ». C’est bien plutôt l’Europe qui est un cas, au sens où « cas » renvoie étymologiquement au latin « cadere » qui signifie « choir, tomber ». La Grèce et l’Europe sont liées et si étroitement liées en leur destin que l’on pourrait dire sans trop exagérer : la Grèce « est » l’Europe. Si la Grèce tombe ce ne sont pas les liposuccions économiques ni les injections de Botox fiduciaire qui lui rendront sa jeunesse et sa beauté d’antan. De même rien ne pourra relever l’Europe que sa propre volonté de « voir » et de « savoir », autrement dit de redevenir « fidèle à son essence », elle qui, comme son nom l’indique, est cet œil immense et perçant, ce large « eurys » regard « ops » qui fait office, pour le monde, de longue vue et qui, tel une vigie postée sur la hune, fait savoir à l’équipage du galion ce qui advient à l’horizon. Il est temps aujourd’hui pour l’Europe de cesser de se complaire dans la pénombre de cette caverne d’Ali Baba qu’est devenu le monde, grand temps pour elle de relever la paupière qui barre son regard et la lumière qui, étrangement, en émane. Pour cela, autrement dit pour sortir de la caverne et du jeu délétère des reflets trompeurs des miroirs aux alouettes de la consommation à tous prix, il faudra bien que l’Europe dise le « sésame » et qu’elle laisse alors parler, elle qui n’est que vue, celle qui, voix de l’histoire, peut dire le sésame parce qu’elle est essentiellement un tel sésame : la Grèce.

Hervé Bonnet

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Dernière modification : lundi 04 mars 2013