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J-14/06/2013

 

 

14 juin 2013

Journal Le Monde (daté du 15/06/13)

Journal Le Monde

Les opposants à la fermeture de la télévision publique grecque marquent des points

Par Alain Salles

Athènes, correspondance. Comment désamorcer la bombe ? Le gouvernement d'Antonis Samaras cherche un moyen d'apaiser les tensions en Grèce et en Europe après avoir brutalement coupé lundi 12 juin, les antennes de la Radio-télévision grecque, ERT, sans pour autant se renier. Le premier ministre conservateur se heurte à l'opposition des deux partis de gauche de sa coalition, le Pasok et la Gauche démocratique, qui demandent la réouverture des écrans. M. Samara s a annoncé un réunion avec leurs chefs de file, Evangelos Vénizélos et Fotis Kouvelis, lundi, pour essayer de trouver une solution.

Au Palais Maximou, où le premier ministre a ses bureaux, on reste confiant dans l'idée de convaincre les partenaires. Le gouvernement tente d'éviter un éclatement de la coalition, alors que le Pasok et Gauche démocratique ont demandé au Parlement l'annulation du décret qui a permis la fermeture de l'ERT. Les salariés de l'audiovisuel ont déposé en justice un recours demandant une telle annulation. Mais le gouvernement refuse de revenir en arrière. "Si nous reculons, cela voudrait dire qu'aucune réforme n'est possible", assure-t-on dans l'entourage d'Antonis Samaras.

PRESSION DE LA "TROÏKA"

"Les Européens nous ont demandé de faire des choses brutales que nous avons refusé de faire et quand nous mettons en œuvre une réforme, ils ont des doutes", commente-t-on au Palais Maximou. D'autant que le gouvernement était sous la pression du retour de la "troïka" (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne), qui demandait la suppression de 2 000 emplois publics en juin. Le gouvernement voulait mettre à pied des salariés impliqués dans des affaires de corruption, mais des recours sont pendants et ils ne peuvent être licenciés du jour au lendemain. Comme dans le même temps, la privatisation de la compagnie du gaz était en train de tomber à l'eau, il fallait montrer la détermination du gouvernement aux réformes.

C'est alors que surgit l'idée de fermer ERT. Il s'agit de faire d'une pierre deux coups. L'entourage du premier ministre est très irrité contre les rédactions des chaînes publiques, "toujours en grève", et spécialement, paraît-il, quand il y de meilleures nouvelles sur la Grèce. Le gouvernement a tablé sur la mauvaise image de ERT dans l'opinion, pensant que les Grecs en difficulté ne viendraient pas au secours des "privilégiés" de la télévision publique. Les premiers sondages montrent que seulement 40% des Grecs s'opposent à cette fermeture.

Mais le gouvernement a sous-estimé l'attachement sentimental à cette vieille institution et surtout le tollé que cela a provoqué en Europe. Pour le gouvernement, cette décision brutale, mais qu'il juge "légale", était la seule solution alors que toutes les réformes précédentes ont échoué. Le lendemain, le gouvernement a présenté un projet qui, selon M. Samaras, permettra de créer "une vraie radiotélévision publique", en promettant de "mettre en œuvre la réforme la plus audacieuse jamais réalisée dans le domaine des médias en Grèce".

"LARGE DISCUSSION"

Le projet, qui est "ouvert à une large discussion", selon le Palais Maximou, reprend avec quelques changements le plan élaboré en 2011 par l'ancien porte-parole du gouvernement de Georges Papandréou, Elias Mossialos. Ce professeur de la London School of Economics, qui n'est pas membre du Pasok, s'en étonne: "Ce projet est défendu par ceux qui se sont opposés à mon plan. Tout le monde était contre : Nouvelle démocratie, les syndicats et une bonne partie du Pasok, qui voulaient tous garder le système clientéliste dont ils profitaient. Depuis qu'il est au pouvoir, ce gouvernement n'a rien fait pour réformer ce système, qu'il dénonce aujourd'hui, et il explique qu'il n'y avait pas d'autres moyens de réformer qu'en coupant les antennes."

Devant le siège de l'ERT, le 13 juin. | AP/Petros Giannakouris

Le projet met la future structure audiovisuelle sous le contrôle d'un groupe de sages, garants de l'indépendance, nommés pour neuf ans. Le gouvernement essaie de constituer cette structure. Il a notamment approché l'avocat constitutionnaliste de renom Nikos Alevizatos, qui avait rédigé le plan de 2011. Mais celui-ci a refusé en demandant en préalable la réouverture de l'ERT.

Le gouvernement essaie de mettre en place un service minimum pour mettre fin à l'écran noir qui a atterré le monde entier, et qui est en contradiction avec la législation européenne. Il souhaite le faire en dehors de l'ERT, qui a officiellement cessé de fonctionner. Selon M. Mossialos, la mise en place de ce service minimum ne peut se faire que sous la contrôle du comité qui garantit l'indépendance. Pour les salariés de l'ERT, ce serait une deuxième déclaration de guerre. Ils soupçonnent le gouvernement de préparer cette diffusion à partir d'un local de la chaîne publique au cœur d'Athènes. Les salariés qui y travaillaient ont été accueillis par des policiers qui les ont priés de rebrousser chemin, quand ils ont voulu regagner leurs bureaux.

"SOUTIEN DE L'EUROPE"

A Aghia Paraskevi, où se trouve le siège de la société publique, la résistance continue à s'organiser et à gagner des points. Plus de 20 000 personnes ont protesté aux quatre coins du pays contre la fermeture des antennes, dans une ambiance festive. Mais surtout, les émissions visibles jusque-là sur Internet sont diffusés désormais dans le monde entier. Dans la salle de contrôle, les écrans montrent les images diffusés par satellite et sur les canaux de ERT International, qui ont été rétablis par l'Union européenne de radiotélévision (UER). "Nous espérons tenir avec le soutien de l'Europe", explique Nikos Michalitzis, ancien directeur technique de ERT, qui a dû céder sa place il y a un an à un ancien préfet proche du pouvoir. La foule continue à se rassembler dans les jardins où l'orchestre de la radio fait des concerts gratuits. A l'entrée de l'immeuble, un dessin représente une mire, sur laquelle s'inscrit le message : "Democracy ??? No signal".

 

Journal Le Figaro

Journal La Tribune

Journal International Herald Tribune

Journal La Croix

Grèce : le grand flou de la restructuration de l’audiovisuel public

La grève générale contre l’arrêt sans préavis de la chaîne de télévision publique a été surtout suivie dans les administrations.

La fermeture brutale du groupe audiovisuel public grec a provoqué l’indignation et l’inquiétude des salariés et de la population. Le flou qui entoure le nouveau projet du gouvernement n’est pas pour les rassurer.

Le plan de restructuration de l’audiovisuel public grec a été présenté mercredi à midi par le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, devant la seule presse étrangère… Les journalistes grecs boycottaient leur ancien collègue journaliste à la chaîne de télévision publique ERT, pour protester contre le fait que le signal de cette dernière a été coupé sans préavis mardi soir. Hier, une grève générale a surtout touché les administrations.

Le plan, très flou, prévoit la réouverture de la nouvelle télévision publique grecque « en août prochain ». La nouvelle entité qui englobera les services de la radio, télévision et Internet publics, s’appellera Nerit S.A. Elle « ne dépendra pas de l’État », mais « appartiendra à l’État ».

Dans cette entreprise publique de droit privé s’appliquera le nouveau code du travail, avec des salaires ne dépassant pas les 590 €. Elle disposera « de son indépendance rédactionnelle et de programmation » mais rien n’est dit du mode de désignation de ses dirigeants, ni de son financement.

Un avenir très incertain pour les 2700 salariés du groupe

Si tous les journalistes et fonctionnaires d’ERT licenciés peuvent y postuler à nouveau, nul ne sait sur quels critères ils seront choisis. « Ceux qui ont mené des grèves pour s’opposer à sa disparition seront-ils réembauchés ? », s’interroge Lisa Bethani, jusqu’ici reporter à la chaîne publique.

Une seule chose est sûre, la nouvelle télévision publique grecque aura moins de moyens que l’ancienne, puisque de 2 700 salariés, dont 677 journalistes, elle va passer à 1 200 salariés au total.

Signe d’un projet écrit à la va-vite, l’un des deux ministères de tutelle de cette nouvelle institution, celui de la culture et du tourisme, n’existe plus depuis plusieurs mois. « Si le gouvernement avait déclaré publiquement : "On licencie 2 700 fonctionnaires", personne n’aurait bronché. Mais là, il a fermé les écrans », martèle Dora, 39 ans, journaliste.

Rien n’est dit non plus sur le devenir des cinq chaînes de télévision, des 19 stations de radio, des 35 centres d’émissions et des six studios dispersés dans le pays. Beaucoup de journalistes soupçonnent le gouvernement de vouloir les vendre au plus offrant. ERT couvrait toute la Grèce jusqu’au plus petit village. Après le black-out de mardi soir, il y a fort à parier que seules les chaînes turques seront reçues dans le Dodécanèse et les petites îles de l’est du pays.

Le seul soutien au projet vient des néonazis d’Aube Dorée

Le projet de loi va être prochainement présenté au parlement, soutenu par le parti du premier ministre, la Nouvelle Démocratie, qui a qualifié l’ERT de « foyer de privilèges, d’opacité et de gaspillage ».

Les socialistes et le parti de la gauche démocratique, membres de la coalition au pouvoir ont annoncé qu’ils allaient voter contre. Ils vont ensemble présenter un contreprojet de restructuration. Dans cette bataille, le seul parti à soutenir Antonis Samaras est le parti néonazi Aube dorée.

Cerise sur le gâteau, ERT, qui n’a jamais dépassé les 10 % d’audience, sauf les soirs d’Eurovision, ou lors des rencontres sportives importantes, fait un tabac depuis trois jours sur les fréquences amies qui continuent à retransmettre le travail des journalistes retranchés dans ses locaux. Des locaux qui viennent de tomber dans l’escarcelle du ministère des finances.

THOMAS JACOBI, à Athènes

 

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Dernière modification : 14/06/2013