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J-28/05/2013

 

28 mai 2013

Journal Le Monde

La librairie parisienne Desmos, compagnon de la littérature grecque contemporaine

Par Antoine Reverchon

Une maison d'édition, une revue, une galerie d'exposition, des cours de grec moderne : Desmos (« le lien », en grec) est bien plus qu'une librairie. Dans ce petit local situé à deux pas de la tour Montparnasse, à Paris, les nombreux amis de la Grèce, qu'ils aient un lien familial avec le pays, ou qu'ils soient simplement tombés amoureux d'une île au point d'y retourner chaque été, se retrouvent pour apprendre la langue, mais aussi découvrir la richesse d'une littérature contemporaine longtemps masquée par les colosses de nos anthologies que sont Eschyle, Sophocle, Homère...

Et si deux cents auteurs grecs sont désormais traduits chaque année en France, c'est en grande partie grâce au travail obstiné mené depuis trente ans par Yannis Mavroeidakos, son épouse et leurs deux filles, Myrto et Clio.

UNE NOUVELLE GÉNÉRATION LITTÉRAIRE

L'histoire démarre au début des années 1980. Après la chute des colonels, en 1974, puis l'avènement du premier ministre socialiste Papandréou, en 1981, la majorité des Grecs exilés sont rentrés au pays. Mais Yannis a rencontré une Française, il reste à Paris.

« Nous étions dans l'euphorie, dans l'espoir de grands changements. En Grèce, l'activité littéraire explosait. Après Georges Séféris, qui avait reçu le prix Nobel de littérature en 1963, le poète Odysséas Elytis était nobélisé à son tour en 1979. Ces deux-là, mais aussi Constantin Cavafy et Yannis Ritsos, ont été largement traduits. Mais toute une nouvelle génération de poètes puis de romanciers allait émerger dans les années 1970. Il me paraissait essentiel de les faire connaître, et de faire connaître mon pays à travers cette littérature, pas seulement à travers ses paysages idylliques ».

L'helléniste Jacques Lacarrière, l'écrivain Vassilis Alexakis, le comédien Pierre Santini, le philosophe Kostas Axelos ou encore le réalisateur Ado Kyrou soutiennent la librairie dès le départ, participent aux nombreux événements qu'elle organise : expositions, rencontres avec des auteurs.

Puis Yannis Mavroeidakos repousse les murs de la boutique pour y adjoindre une activité d'édition et de traduction de plus en plus importante ; en 1997, Desmos édite un guide de la littérature néo-hellénique, notamment à l'attention des éditeurs français, afin qu'ils s'emparent de ces nouveaux auteurs et les traduisent.

PLACE AUX PHILHÉLLÈNES

En France, on trouve désormais nombre de classiques en livre de poche, comme le magnifique Cités à la dérive, de Tsirkas, et on affiche en Relais H le dernier polar de Petros Larkaris, Liquidations à la grecque, dont l'exergue, issue de Bertold Brecht, annonce la couleur : « Qui est le plus grand criminel : celui qui vole une banque ou celui qui en fonde une ? ».

Le public de la librairie a changé. Les étudiants grecs sont de moins en moins nombreux : ils préfèrent aujourd'hui les pays anglo-saxons. Les jeunes Françaises qui, après avoir rencontré un beau brun dans les Cyclades en août, venaient s'inscrire au cours de grec en septembre pour abandonner en décembre, ont laissé la place aux philhéllènes, professeurs de lettres, amoureux de la langue, plus fidèles.

La revue trimestrielle Desmos, qui fête son quarantième numéro, peut compter sur ses 400 à 450 abonnés, avides d'informations de qualité et de textes accessibles dans les deux langues sur des thèmes aussi divers que le rébétiko, le théâtre, la photographie, le poète Ritsos, la région du Pelion, la diaspora grecque... Dans la dernière livraison, la traduction française d'un poème de Günter Grass paru en mai 2012 dans le quotidien allemand Suddeutsche Zeitung, sous le titre La Honte de l'Europe, se conclue ainsi : « Sans âme et emplie d'inquiétude, sans le pays dont l'esprit t'as pensé, Europe, tu t'effaceras. »

A l'approche de la retraite, Yannis lutte pour que rien ne s'efface. Il travaille à rassembler textes, enregistrements audio et vidéos accumulés depuis trois décennies pour les publier sur son site. Et souhaiterait laisser à la tête de la librairie parisienne l'une de ses filles, récemment poussée à quitter la Grèce par la crise. Cinquante ans plus tard, l'exil frappe à nouveaux les jeunes grecs.

A noter

Pour son 30e anniversaire, Desmos organise trois jours de festivités, avec notamment la projection du film Correction (Diorthosi), de Thanos Anastopoulos, le 27 mai au cinéma Les 7 Parnassiens en présence du réalisateur. Les 1er et 2 juin, la librairie propose un café littéraire, une exposition des œuvres de Lily Masson-Angelopoulos et un concert du groupe Rébétroika.

Librairie Desmos, 14, rue Vandamme, Paris 14e. Tél. : 01 43 20 84 04. M° Gaité.

Détails sur le site de la librairie.

 

Journal Le Monde

Journal La Tribune

En Grèce, la privatisation annoncée de l'aéroport d'Athènes provoque une fronde

Les 620 hectares du site de Hellinikon figurent en tête de liste des possibles privatisations sélectionnées par l'État grec pour renflouer ses caisses.

C'est l'une des privatisations les plus importantes mais aussi les plus polémiques en Grèce. Le site de l'ancien aéroport international de Hellinikon, près d'Athènes, pourrait rapporter des milliards à l'État. Quatre groupes sont en lice, mais certains habitants refusent la cession aux groupes privés.

Le long de la mer, des barbelés rouillés encadrent une immense surface bétonnée. Les mauvaises herbes ont recouvert le sol usé. Les fondations des nombreux bâtiments à l'abandon vacillent. En cet après-midi de chaleur écrasante, la présence humaine est rare : deux gamins jouent mollement au basket sur de vieilles infrastructures sportives. Un calme olympien règne dans la cité-fantôme baptisée « Hellinikon », située au sud de la bruyante Athènes.

Près d'Athènes, un site à vocation touristique

Voici quinze ans pourtant, ce site était l'un des plus dynamiques de Grèce. Sur 620 hectares, soit trois fois la taille de Monaco, se côtoyaient alors le grand aéroport international du pays, une vaste marina avec un front de mer de 3,5 kilomètres de long et une base aérienne militaire américaine. Puis tout, ou presque, s'est paralysé en 2001. L'aéroport, qui avait besoin de s'agrandir, a été transféré à l'est de la capitale. Hellinikon a sombré peu à peu dans le sommeil et l'oubli. À peine troublé en 2004, pendant quelques mois, lorsque Athènes a accueilli les Jeux olympiques.

Ce trésor dormant a donc été soudainement redécouvert en juin 2011. Propriété de l'État grec, Hellinikon a été vite mis en bonne place dans la liste des biens publics de valeur que le gouvernement d'Athènes souhaite privatiser pour renflouer des caisses remplies de dettes. Faut-il rappeler que, sous la pression de l'Union européenne, la Grèce s'est en effet engagée à réaliser plus d'une centaine de privatisations d'ici à 2016, afin de faire rentrer quelque 19 milliards d'euros de recettes. Or, selon le gouvernement, la friche de Hellinikon vaudrait de l'or. À en croire les calculs enfiévrés des fonctionnaires grecs, le développement de ces 620 hectares pourrait contribuer à accroître le PIB de la Grèce de 0,3%. Pas moins...

Un appel d'offres a donc été lancé en 2012 par l'agence des privatisations grecques (Tapeid), chargée de superviser l'ensemble des privatisations du pays. Sur le site Internet de cette structure, on peut voir des photos aériennes de l'ensemble de Hellinikon en tête du catalogue des biens grecs à vendre, tel un produit phare. « On pourrait y construire des marinas, des hôtels, soit un développement fantastique comme on peut en voir à Doha, à Dubai ou à Singapour ! » s'emballe Stelios Stavridis, patron du Tapeid.

Depuis janvier, l'instance des privatisations a sélectionné quatre groupes : le qatari Real Estate, le britannique London & Regional Properties, le grec Lamda Developpement et l'israélien Elbit Cochin. « L'un d'entre eux reprendra Hellinikon pour environ cinquante ans, mais leurs activités seront très surveillées, clarifie Stelios Stavridis. L'une des conditions est que l'architecte qui présentera les plans soit quelqu'un de connu. » Ces fameux plans de développement devront être remis le 31 octobre prochain au plus tard. Puis le Tapeid désignera le repreneur. « Ce sera évidemment un lieu touristique, quoi d'autre ? assure le patron du Tapeid. Cela devrait générer au minimum 10 000 emplois. » En revanche, aucune indication sur le coût du terrain : « Trop difficile de faire une estimation, cela dépendra des projets proposés. »
Certes. D'autant qu'en Grèce, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Et d'ailleurs, s'il n'y a pas vraiment de fleuve dans la péninsule hellénique, en revanche ce ne sont pas les montagnes et les obstacles qui manquent. Et les contradicteurs.

Le mécontentement des municipalités voisines

Les premières à mener la fronde contre ce projet de privatisation ont été les municipalités voisines du site, Elleniko-Argyroupolis, Alimos et Glyfada. Bientôt rejointes par l'Union des municipalités d'Attiki. « Le Tapeid est ultralibéral, il veut supprimer l'un des rares espaces vides de la capitale alors que nous en manquons, il faut le protéger », plaide la jeune Fereniki Vatavali, employée à la mairie d'Elleniko-Argyroupolis, qui verrait bien en lieu et place du site un espace « entièrement public avec des infrastructures sportives gratuites, des associations, des espaces verts... » Bref, le Club Med, mais version open bar.

Toutefois, côté finances, la jeune grecque concède que les municipalités n'ont pas le budget pour un tel projet. « Mais l'État doit faire les travaux de rénovation, réhabiliter les réseaux d'électricité, d'eau avant de céder le terrain. » Un coût « énorme », fulmine-t-elle : « Et c'est la société qui va payer pour tout ça, et ça ne profitera au final qu'au secteur privé ! »

Sur le vaste site abandonné, une centaine de contestataires n'ont pas hésité à franchir les barbelés vieillots pour y installer leurs quartiers ces dernières années. Soutenus par les municipalités alentours, ces irréductibles fourmillent d'idées et rendent bien des services aux habitants des communes voisines, avec des clubs sportifs, des associations et même un dispensaire autogéré avec soins gratuits. Mary Sideris y est infirmière. Et face au projet de « privatisation », elle est bien amère. « Bien sûr que je suis contre ! Nous avons 9 000 patients qui viennent ici chaque semaine, si nous partons demain, ils n'auront plus rien. Nous n'avons nulle part où aller. »

Tranquilles pendant des années, tous ces résistants ont toutefois reçu une lettre d'éviction il y a un an de la part du gouvernement. Aucun n'a quitté les lieux pour autant. Une occupation qui n'inquiète pas outre mesure Stelios Stavridis. « C'est le bazar sur place aujourd'hui, mais ils partiront, avance-t-il avant de lancer : Ceux qui ne veulent pas de la privatisation choisissent d'avoir Kaboul !»

« Début mars, affirme de son côté la jeune employée de mairie, nous avons déposé un recours devant la Cour suprême. Nous aurons une réponse début juin... Ce n'est que le début. » Tout le monde sait que la mairie d'Elleniko-Argyroupolis peut se montrer déterminée. Dans cette petite commune de banlieue, personne n'oublie qu'en 2007 son maire (indépendant), Christos Kortzidis, avait engagé une grève de la faim. Il luttait déjà contre la privatisation qui visait alors la plage de Hellinikon. Trois semaines plus tard et avec quelques kilos en moins, l'élu avait obtenu l'abandon du projet.

Elisa Perrigueur, à Athènes 

Journal Libération

Journal International Herald Tribune

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Dernière modification : mardi 28 mai 2013