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J-05/03/2013

 

05 mars 2013

Journal Les Echos

Ioannis Emiris : « Les investisseurs internationaux vont revitaliser l'économie grecque »

Le programme de privatisations de la Grèce, exigé par la troïka de ses créanciers est enfin sur les rails. A la fin de 2014, si tout se passe comme prévu, l'Etat devrait avoir engrangé 6,5 milliards d'euros et 11,1 milliards d'euros jusqu'en 2016, le nouvel objectif fixé avec la troïka. Nommé en juillet 2012 à la tête de l'Agence Grecque de Privatisations (HRADF), Ioannis Emiris explique les causes du retard et sa méthode de travail.

Pourquoi le programme lancé dès 2010 a-t-il pris tant de retard ?

Tout d'abord, l'Agence de Privatisations n'a commencé à fonctionner qu'au troisième trimestre 2011 et pas en 2010. Il ne s'agit donc pas de retard mais du fait qu'on s'est trouvé obligé de réaliser un travail préparatif pour créer les conditions nécessaires afin que le programme ait son évolution actuelle. Il est clair que de 2011, l'année de création de l'Agence de Privatisations, jusqu'en 2012, on a eu deux tours d'élections législatives, donc les conditions n'étaient pas les meilleures. Pendant ce temps nous avons réalisé un travail très important qui reste en faveur du pays en dehors du programme de privatisations. Nous avons dû réaliser un long travail de préparation technique et légale pour transférer ces milliers d'actifs au secteur privé dans de bonnes conditions juridiques. Nous avons dû faire abolir ou modifier près de 90 actes législatifs ou réglementaires qui étaient d'autant d'obstacles aux privatisations. Par exemple, une loi obligeait l'Etat à détenir une participation minimale dans certaines entreprises publiques. Là où il y avait des monopoles comme dans la distribution d'eau, les ports et les aéroports, il a fallu créer des instances de régulation.

Pour les propriétés immobilières, nous avons dû d'abord les enregistrer d'une manière moderne et systématique et ensuite en préciser les données cadastrales, faire une première évaluation financière, faire face à des problèmes environnementaux et autres contraintes et enfin passer aux adjudications. Il est tout à fait clair que notre travail présuppose une oeuvre de réformes en collaboration avec les instances compétentes de l'Etat. L'ampleur de cette oeuvre n'a pas été bien estimée du début, donc on n'avait pas une idée précise du temps exigé pour l'accomplir. Aujourd'hui, le programme peut réellement décoller, puisqu'il y a désormais les bonnes bases.

Le programme a été lancé en 2010, vous n'avez encore réalisé aucune privatisation ?

Le programme de privatisations n'a pas démarré en 2010. L'Agence de Privatisations a été fondé au troisième semestre 2011 et comme j'ai déjà mentionné au cours de son fonctionnement, depuis un an et demi, on a réalisé des reformes règlementaires aux actifs de la République Hellénique, ce qui permet d'accélérer le programme si en même temps les investisseurs internationaux continuent à réagir d'une façon positive. A ce jour, nous avons déjà bouclé trois opérations, lancées au début 2012 : le contrat de concession pour 90 ans d'un grand centre commercial au centre d' Athènes (Golden Hall) contre 81 millions d'euros (avec une clause d'indexation sur les bénéfices futurs de 32 millions d'euros) au groupe grec Latsis, la privatisation de la loterie publique pour 190 millions de paiement initial mais qui rapportera 1,5 milliard d'euros sur 12 ans ainsi qu'un terrain de 495 000 mètres carrés (dont 300 000 mètres carrés resteront accessibles au public), sur l'île de Corfοu, nommé Kassiopi, que l'on a cédé pour 23 millions d'euros à un fonds d'investissement américain, NCH. Il sera aménagé en un village touristique de luxe et on estime que l'investissent total remontera à 100 millions d'euros.

Quels sont les prochains grands projets ?

En avril, nous aurons reçu les propositions d'achat définitives pour certains grands projets de privatisations. Il s'agit de la société de paris sportifs, OPAP, (où on détient 33%), de la société publique de gaz (DEPA/ DEFSA), de la privatisation d'un grand actif immobilier à Rhodes (nommé Afantou) qui sera transformé en station de golf, ainsi que la vente de certaines résidences à l'étranger qui n'ont plus aucune utilité. Nous avons aussi lancé des appels d'offres pour privatiser la compagnie des Eaux de Thessalonique et l'ODIE, équivalent du PMU. Si nous réussissons ces deux dernières privatisations, nous aurons couvert largement nos objectifs pour 2013, soit 2,5 milliards d'euros environ.

Au deuxième trimestre, nous lancerons entre autres la privatisation de la compagnie Pétroles Helléniques, la plus grande raffinerie de Grèce. Après, il y aura la privatisation de la société des eaux d'Athènes (EYDAP), de la société publique d'électricité (DEI) afin de rendre le domaine de l'énergie tout à fait concurrentiel et contribuer au développement du pays. En même temps, des appels d'offres qui concernent les actifs immobiliers ont déjà commencé ou devraient commencer bientôt. Je cite par exemple deux privatisations d'actifs immobiliers en Chalcidique (dans le nord de la Grèce) et un projet important pour contrat de cession-bail de 28 bâtiments publics.

Vous mettez aussi en vente un vaste patrimoine immobilier.

C'est vrai. L'immobilier représente la part la plus importante mais aussi la plus difficile des actifs de l'Etat qui possède plus de 80.000 parcelles dans le pays. La vente de Kassiopi sur l'île de Corfou a été achevée et en avril on devrait aussi achever la procédure d'appel d'offres pour le site d'Afantou, un terrain de golf à développer sur l'île de Rhodes. En même temps, nous avons sélectionné 48 marinas à privatiser que l'Etat a très peu développé, bien que la Grèce soit un haut lieu du tourisme. Par exemple, notre portefeuille comporte la marina d'Alimos, l'une des plus grandes de Grèce, au sud d'Athènes, qui abrite 1 100 points de mouillage. Nous vendrons ces marinas en différents lots, ce qui facilitera leur développement par l'investisseur, et dans le port de Lavrio en Attique nous voulons installer une marina pour des «mega-yachts».

L'idée est de bâtir une synergie entre la privatisation des aéroports régionaux, des routes et des terrains. Ces investissements vont rénover la capacité touristique du pays et sa revalorisation dans le marché du tourisme. Nous avons déjà mis sur le marché l'hôtel Astir qui se situe dans la péninsule de Vouliagmeni dont l'Etat possède 20% (le reste appartient à la Banque Nationale de Grèce). En plus, on a aussi lancé une procédure d'appel d'offres pour les résidences à l'étranger. Par exemple, pour une résidence à Londres, dans Holland Park, nous espérons encaisser 25 millions d'euros environ. Nous attendons les offres dans les prochaines semaines.

Le projet le plus ambitieux concerne Hellinikon, l'ancien aéroport d'Athènes, fermé en 2001.

Ιl s'agit de notre plus grand site immobilier : un terrain de 620 hectares qui est pratiquement collé à Athènes et bénéficie de 3,5 km de bord de mer. L'appel d'offres a été lancé en 2012 et nous avons déjà quatre propositions d'investisseurs très fiables, dont la société Qatari Diar, la britannique London & Regional, la société Elbit d'Israel et la société grecque Lamda Development. On attend les offres fermes (techniques et financières) dans les mois à venir afin de sélectionner la meilleure d'ici la fin de l'année. C'est un projet de développement de grande envergure pour lequel nous prendrons le temps. Nous avons demandé à ces entreprises de travailler avec les meilleurs bureaux d'architecture et d'aménagement urbain (Pritzker price), afin d'assurer les meilleurs résultats et de transformer Hellinikon à une destination internationale de haut goût, comportant des installations de haut niveau.

Quels projets pourraient intéresser les entreprises françaises ?

L'absence des entreprises françaises paraît vraiment curieuse, étant donné leur expertise aux domaines de nos projets de privatisation. Je crois qu'il y a des actifs particulièrement intéressants, comme les sociétés des eaux d'Athènes et de Thessalonique dont je vous ai déjà parlé, ou l'ODIE. Les entreprises françaises devraient aussi s'intéresser aux appels d'offres sur l'aéroport international d'Athènes mais aussi les aéroports régionaux, l'autoroute Egnatia-Odos, les marinas, le développement touristique et le secteur de l'énergie. Il est évident que notre portefeuille est particulièrement vaste, on attend donc la participation française dans les prochains appels d'offres. D'ailleurs, la visite du Président Hollande à Athènes a été particulièrement positive et encourageante, on espère donc voir ses répercussions pratiques directes.

Est-ce qu'il n'y a pas un risque que vous bradiez dans l'urgence les actifs de l'Etat grec ?

Nous sommes vigilants. Si le prix des offres n'est pas satisfaisant, on relance l'opération. On avance étape par étape mais sans perdre de temps. Jusqu'ici, nous sommes satisfaits des prix proposés. L'amélioration du climat économique et politique y est pour beaucoup. La Grèce a une position géographique stratégique en Europe et les investisseurs sont en train de s'en souvenir. Et puis nous ne travaillons pas seuls. Nous sommes entourés d'une équipe de conseillers financiers (p.ex. Lazard, Rothschild, Morgan Stanley, Crédit Suisse, Deutsche Bank), nous testons le marché avant de lancer une opération et nous demandons aussi des avis techniques et légaux. En plus, pour chaque procédure de privatisation il y a des mécanismes de sécurité pour assurer la transparence ainsi que le développement le plus profitable des actifs. Je cite précisément le Conseil des Experts, constitué des cadres indépendants et spécialisés du marché et les évaluateurs internationaux indépendants, qui donnent leur avis au Conseil d'Administration en ce qui concerne l'offre proposée par rapport à la valeur de l'actif.

Y a-t-il toujours une forte résistance du public contre ces privatisations ?

L'opinion publie a montré sa confiance aux choix de l'Agence de Privatisations jusqu'aujourd'hui. Il est évident qu'il y a aussi certains préoccupations et préjugés et c'est bien normal, si on tient en compte les raisons qui ont mené le pays à l'endettement actuel. A mon avis, si on respecte les procédures de transparence que j'ai déjà mentionnées, et si les privatisations se réalisent au profit du pays à court terme mais aussi pour un développement à long terme, les citoyens sont favorables aux changements apportés.

Ces privatisations seront-elles utiles au pays ?

Notre objectif n'est pas seulement de vendre pour récupérer de l'argent mais aussi d'accompagner le mouvement de réformes économiques en cours dans notre pays. En 2013 -2014 lorsqu'on aura développé tous les actifs compris dans le programme de privatisations, le pays sera radicalement différent, beaucoup plus compétitif et ouvert à la concurrence. En attirant les investisseurs internationaux, nous importons du « know how », des promesses de développement et de créations d'emplois. En développant aussi au fur et à mesure les actifs immobiliers, le pays va s'améliorer, les services, les infrastructures et les installations deviendront compétitifs et contribueront à reformer et revitaliser l'économie grecque. D'ailleurs, le programme de privatisation est actuellement le seul moyen pour attirer des investisseurs étrangers en Grèce, ce qui est nécessaire pour relancer l'économie grecque. Ainsi, on pourra d'un part éviter les mesures de politique budgétaire supplémentaires et d'autre part réaliser des investissements qui tournent en faveur de l'économie et des citoyens.

On a parlé du Qatar mais avez-vous déjà des offres de la part des Chinois ?

Les Chinois sont intéressés par les entreprises de jeux et les ports. Ils ont d'ailleurs contribué à la réussite d'une de l'une de nos premières privatisations : ils ont investi, au plus fort de la crise en 2009 dans deux terminaux de containers au port du Pirée et ça marche très bien aujourd'hui.

CATHERINE CHATIGNOUX

Journal Les Echos

Journal International Herald Tribune

Journal International Herald Tribune

Journal Le Monde blog

Quand la crise rapproche les investisseurs gréco-turcs

Si les contentieux historiques persistent entre les pays voisins, les relations économiques semblent aujourd’hui surpasser les antagonismes.

L’image est symbolique. Le Premier ministre grec Antonis Samaras aux côtés de son homologue Turc Recep Tayyip Erdogan. Ce lundi 4 mars, les deux hommes réunis à Istanbul, ont ratifié plusieurs accords de coopération dans divers secteurs économiques. « Nous pouvons avoir des différences de vues, mais nous souhaitons les surmonter par la voie du dialogue », a lancé Recep Tayyip Erdogan. « C'est vrai, nos rapports n'ont pas été sans problèmes », a renchérit M. Samaras, avant de déclarer que « l'Histoire que nous rédigerons à partir de maintenant puisse être dans la voie de la paix et du développement. »

Entre la Grèce et la Turquie, les antagonismes persistent. La République de Chypre qu’Ankara refuse de reconnaître, le contrôle des eaux territoriales et la délimitation de l'espace aérien, affectent toujours l’entente des deux ennemis éternels…Ces dernières décennies, les pays se sont livrés à une incroyable course aux armements.

La Turquie second partenaire commercial de la Grèce

Le tremblement de terre de 1999 qui secoue la région d’Izmit en Turquie marque toutefois un changement. Les voisins entament alors un processus de rapprochement économique. Le commerce bilatéral passe de 970 millions de dollars en 2000, à 2 milliards en 2004. En 2012, il atteint 5 milliards de dollars. La Turquie est ainsi devenue « le second partenaire commercial de la Grèce», comme l’a souligné le conseiller économique et commercial du gouvernement grec, Lambis Kounalakis, de passage à Ankara en octobre dernier. «2,5 milliards de dollars d’exportations des entreprises grecques en Turquie et 1,6 milliards de dollars d’exportation turques en Grèce. » L'objectif affiché par les dirigeants hier à Istanbul : des échanges bilatéraux de "10 milliards de dollars" ces prochaines années.

Intérêt turc pour les privatisations grecques

Indécente, la croissance turque s’affiche à 3,2% en 2012. A l’opposée, la récession grecque s’enfonce à 6,5%. Si Ankara dresse un bilan positif de son économie et gagne en influence dans la région, en développant ses investissements du côté de l’Asie, elle lorgne toutefois sur son voisin Grec. « Nous les voyons comme une famille, malgré les divergences », confie diplomate turc basé à Ankara. Pour ce dernier, « la Turquie a aujourd’hui une chance historique et unique de soutenir la Grèce, cela pourrait être un bon point en faveur du processus d’intégration du pays à l’U.E» L’intérêt turc pour la Grèce s’intensifie, notamment depuis le lancement du vaste programme de privatisations grec, destiné à rapporter près de 19 milliards d’€ au gouvernement. Le 10 décembre dernier, le turc Doğuş, l’un des 100 premiers conglomérats du monde musulman, a acquis de 50% des parts de la marina Flisvos, l'une des plus importantes d'Athènes. En mai dernier, Setur Servis Turistik, filiale du géant turc Koc, s’associait au bijoutier grec Folli Folli. Pour 250 000 € par an, tous deux exploiteront pendant 40 ans un petit port de plaisance situé sur l’île grecque de Lesvos. Aris Kallipolitis, de l’agence des privatisations grecques (Tapeid) le confirme : « Des investisseurs Turcs qui se sont manifestés sur divers projets », confie le politique grec. Les investissements dans le tourisme et les énergies sont les plus en vogue. Le Tourisme a en effet enregistré des progrès incontestables en 2010. Selon l'Agence grecque nationale de la statistique, les touristes turcs qui ont visité la Grèce sont 561 200 en 2010, contre 200 350 en 2009, soit une augmentation de 180,1%. Aujourd’hui, les touristes turcs constituent 3,7% du nombre total de touristes visitant la Grèce.

Intérêt grec pour le secteur bancaire turc

Les alliances bancaires ont également contribué à rapprocher les deux pays. La Banque Nationale de Grèce (BNG) a intégré le secteur financier turc, avec l'acquisition de participations majoritaires de Finansbank. NBG a effectué un transfert de capital à hauteur de 2,9 milliards de dollars à la Turquie par le biais de partenariat, soit le plus grand capital exporté tout-en-un. De même, la troisième banque de Grèce, EFG Eurobank, a repris 70% des parts de Tekfenbank pour 142 millions d'euros. « Les investisseurs grecs, à l'exception du secteur bancaire, opèrent dans les technologies de l'information (TI), les applications agricoles, l'emballage, les matières plastiques, de la pharmacie, de la cosmétique, de la pêche, du tourisme et de la construction dans en Turquie », précise Esra Dogan Tulgan, responsable de l’ISPAT (Investment Support and Promotion Agency of Turkey).

Diplomatie prudente

« Il y a une lourde histoire entre la Grèce et la Turquie, jamais un investisseur ne pourra acheter en Grèce, les autorités s’y opposeront », tranche pourtant un membre du parti d’opposition grec Syriza, pour qui la domination Ottomane "marque encore les esprits." Pour la force politique grecque Dimar, actuellemet au gouvernement, une entente « prudente » avec la Turquie reste possible. L’un de ses membres, Georgatos Gerassimos assure que son pays « veut dépasser les nationalismes.» Mais s’il assure être « tout à fait ouverts aux investissements turcs », pour lui « l’AKP (parti turc au pouvoir), même s’il reste modéré, ne prend pas une direction avantageuse, il se tourne vers l’Asie et le monde musulman. Cela peut être dangereux. Surtout si le pays envisage une alliance avec l’Egypte.»

Elisa Perrigueur, Izmir-Athènes

Journal Dernières Nouvelles d'Alsace

L’Eldorado, non merci !

La région de la Chalcidique, dans le nord-est de la Grèce, se mobilise contre un projet d’exploitation de mines d’or par le géant canadien Eldorado Gold. Les risques pour l’environnement sont énormes. Une affaire qui concentre tous les maux du pays.

« Je continue ! Demain je serai à la manifestation. » Meni Kibiloglou, 33 ans, sort fatiguée mais triomphante du commissariat de Poligyro. Les 14 heures d’interrogatoire continu et humiliant par la police antiterroriste n’ont pas eu raison de sa détermination. Elle a été interpellée à 6 heures du matin lorsqu’elle ouvrait son magasin, une croissanterie d’Ouranoupoli, au pied du mont Athos. Peu après c’est son mari qui était arrêté et interrogé pendant 12 heures. Leur maison a été perquisitionnée devant leurs enfants terrorisés.

Leur crime ? Avoir participé aux manifestations quasi quotidiennes contre l’exploitation des mines d’or de Skouries par la firme canadienne Eldorado Gold. « Je me bats pour ma terre, ma santé, mes enfants. Il n’y aura plus d’eau, on ne pourra plus vivre ici », lance Meni.

L’autorisation de forage en Thrace a aussi été donnée

Si c‘est l’unité antiterroriste qui mène les interrogatoires, c’est que le 17 février un commando d’une cinquantaine d’activistes a attaqué au cocktail Molotov les installations d’Eldorado Gold. Plusieurs camions, foreuses, voitures ont été détruits ; un vigile sous le choc a été hospitalisé quelques heures. Le lendemain à Toronto, les actions d’Eldorado Gold chutaient de 5 % ! Du coup, alors que les unités spéciales prenaient place dans les villages de la région, le Premier ministre grec est monté au créneau pour assurer « que cet investissement se ferait à n’importe quel coût ». Antonis Samaras a même annoncé que d’ici dix jours « Eldorado Gold pourra forer en Thrace », région voisine de la Chalcidique au sous-sol tout aussi riche et convoité par les Canadiens.

Depuis, plus de 90 personnes ont été amenées au poste, dont des lycéens. Selon leurs témoignages, la police a prélevé de l’ADN sur au moins 50 personnes tout en prenant soin de faire signer des fausses déclarations de consentement.

Si l’écrasante majorité des habitants de la Chalcidique, troisième destination touristique du pays, et depuis peu de la Thrace est sur le pied de guerre, c’est que l’exploitation de ces mines signe pour eux l’arrêt de mort de la région. Tolys Papageorgiou, opposant de la première heure (il fit capoter une première tentative des Canadiens au début des années 2000 puis fut condamné à 5 ans de prison), insiste : « 3 100 tonnes de poussière par heure seront libérées à plus de 700 mètres d’altitude, de la poussière chargée de plomb, d’arsenic, de cuivre, de cadmium et d’autres métaux lourds. Et en dessous il y a tous nos villages ! »

Parmi les scandales environnementaux en Grèce, celui-ci concentre toute la corruption dont l’administration est capable. C’est l’ancien ministre des Finances Georges Papacostantinou, muté à l’Environnement, qui a signé l’autorisation d’exploitation en 2012.

En 2003, Ellinikos Xrisos, filiale d’Eldorado Gold, avait acheté ces mines via un tour de passe-passe juridique dénoncé par l’Union européenne pour 11 millions d’euros, alors que la valeur du sous-sol est estimée à 22 milliards d’euros.

L’Etat doit toucher une amende dont il ne veut pas

Pour concurrence déloyale, la Commission européenne a infligé une amende de 17 millions d’euros, devenus 20 avec les intérêts, à Ellinikos Xrisos. Une amende que la filiale doit verser à l’Etat. Mais Georges Papaconstantinou s’est empressé d’en demander l’annulation auprès de la Commission car cela mettrait en question toute l’opération.

Dans la région, la situation est très tendue. D’un côté ceux qui espèrent trouver un travail via Eldorado Gold qui emploie 1 200 personnes et promet 5 000 emplois supplémentaires. De l’autre ceux qui veulent sauver leur terre et parlent d’une perte de 15 000 emplois dans le tourisme et l’agriculture.

 

Journal Le Monde (blog)

L’émir du Qatar achète six îles grecques

L'émir du Qatar vient d'acheter six îles grecques en mer Ionienne, pour 8,5 millions d'euros. L'archipel des Echinades, auquel appartiennent les îles, avait attiré l'attention de l'émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani il y a quatre ans, alors que son yacht mouillait à Ithaque, toute proche, selon le Guardian. L'achat a nécessité dix-huit mois d'efforts, le temps de fixer un prix avec les propriétaires et de naviguer à travers les subtilités administratives locales.

Fin janvier, le Qatar avait annoncé son intention d'investir un milliard d'euros dans des PME grecques, par un fonds d'investissement commun avec la péninsule.

Denis Grivas, dont la famille possède cinq îles, a vendu la semaine dernière : "Elles sont dans ma famille depuis plus de cent cinquante ans. Mais nous ne sommes plus assez riches pour garder de telles propriétés, explique-t-il au Guardian, en regrettant les hausses d'impôts mises en place par le gouvernement grec depuis le début de la crise. Nous sommes très, très heureux de les voir partir. Elles sont sur le marché depuis quarante ans."

Selon le Guardian, les architectes de l'émir sont déjà sur les lieux pour dresser des projets de villas. Il semble qu'ils pourront obtenir l'autorisation d'ignorer une loi "imbécile", selon Ioannis Kassianos, le maire greco-américain d'Ithaque, qui limiterait la taille des futures maisons de l'émir à 250 m2. "L'émir avait répondu que ses toilettes faisaient 250 m2 à elles seules, et que sa cuisine devait en faire 1 000, sinon comment pourrait-il nourrir tous ses invités ?"

M. Kassianos croit savoir que l'émir, qui a promis un nouveau pipeline pour alimenter Ithaque en eau depuis le continent, a créé un fonds pour acheter la totalité de l'archipel, 18 îles au total, la plupart inhabitées.

En octobre 2011, le fonds souverain Qatar Holdings avait investi plus de 750 millions de dollars dans deux mines d'or en Grèce et pris une participation de 9,9 % dans le groupe European Goldfields, qui exploite les gisements. Le mois précédent, le fonds avait investi 500 millions d'euros dans le secteur bancaire grec en permettant la fusion des deuxième et troisième banques du pays, Alpha et Eurobank.

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Dernière modification : mardi 05 mars 2013