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J-06/11/2013

 

 

06 novembre 2013

Journal Le Monde (daté du 07/11/2013)

Journal L'Humanité

Grèce : les grèves générales ponctuent un mouvement de contestation permanente

Partout dans le pays, le mécontentement face à la politique de la troïka et du gouvernement de Samaras (droite) s’exprime au-delà des mobilisations les plus spectaculaires dans les quartiers, les usines, les écoles…

Les bailleurs de fond de la Grèce sont attendus de pied ferme… par les manifestants. Les Grecs sont en effet appelés à une grève générale à l’heure où la troïka, composée des experts de la BCE, de la Commission européenne et du FMI, vient d’arriver à Athènes pour l’audit des comptes du pays. « Il n’est pas sûr que la grève soit très suivie ni qu’il y ait du monde aux manifestations », s’inquiète Yannis Androulidakis, journaliste. Avant de poursuivre : « Les Grecs, pourtant, n’en peuvent plus ! » Il en sait quelque chose : dans le journal dans lequel il travaillait, il a mené la bataille contre la casse des conventions collectives et la baisse des salaires consécutive ; il a été licencié.

Les confédérations syndicales maintiennent la pression. Cette grève générale est la 5e de 2013, la 39e depuis 2010 et l’application des mesures d’austérité en Grèce. Coupes dans les dépenses publiques, baisses des salaires et des pensions, licenciements dans le privé et la fonction publique, dégradation des conditions de travail sont le lot quotidien imposé à la population. Elle est plongée dans la pauvreté. Ainsi, en 2008, 28,1 % des Grecs étaient considérés comme pauvres ; ce taux a bondi à 34,6 % en 2012. Quant au chômage, il frappait 27,6 % des actifs en juillet 2013, et même 55,1 % des jeunes de quinze à vingt-quatre ans !

« La lutte va continuer tant que le gouvernement poursuit la rigueur et les politiques catastrophiques de la troïka qui nous mènent dans l’impasse », ont dénoncé les deux centrales syndicales du privé (GSEE) et du public (Adedy). Car les syndicats le savent bien : la troïka a l’intention de poursuivre dans la voie de l’austérité. Elle conditionne même le versement de la prochaine tranche de prêt, d’un milliard d’euros, à « l’allégement du service public », c’est-à-dire à des mutations et à des licenciements, et à de nouvelles privatisations. Trois entreprises sont sur la sellette : Larko (mines), Elvo (constructeur de véhicules) et EAS (industrie de défense) qui emploient plus de 2 000 personnes.

Les résistances à la casse du droit du travail se poursuivent pourtant dans l’ensemble du pays. Ainsi, dans l’enseignement supérieur, huit universités, réparties sur tout le territoire, sont en grève. Elles ont été dans l’obligation de suspendre leur activité, faute de personnel administratif. Or, d’ici à décembre, le ministère de l’Éducation nationale prévoit 12 500 « mises en disponibilité », et 30 000 pour 2014. Malgré le décret ministériel qui ordonnait la fermeture d’ERT, le groupe radio et audiovisuel public, en juin, les salariés grévistes occupent les studios et poursuivent les émissions ; ils ont organisé les chaînes en autogestion. Dans le nord de la Grèce, les ouvriers sur les chantiers archéologiques d’Amindeo se sont mis en grève, depuis début septembre, pour exiger le respect des engagements salariaux pris par la direction : ils sont aujourd’hui payés en deçà des minimums légaux ! Même action, en banlieue d’Athènes, de la part des salariés du chantier naval de Skaramanga, refusant de n’être employés… qu’un jour par semaine ! À VioMe, depuis plus d’un an, les salariés occupent l’usine.

Ce mécontentement a un dénominateur commun : le rejet des politiques menées par le gouvernement et la troïka. À gauche, seuls Syriza et le KKE incarnent la lutte contre ces politiques. Mais les néonazis d’Aube dorée tentent aussi de tirer profit de l’absence de perspectives qui lamine la société grecque. Le gouvernement, en face, s’inquiète de ce mécontentement et répond en assimilant les « extrêmes ». Dernier exemple en date : quelques minutes après l’assassinat de deux militants d’AD, leur chef de file, Ilias Kasidiaris, donne son verdict : « Les assassins sont les terroristes de l’extrême gauche. » Aucun membre du gouvernement ne l’a démenti. Pire, un triste sort attend désormais les citoyens grecs qui ne sont pas d’accord avec l’Union européenne. Depuis le jeudi 24 octobre, le Code pénal hellène a introduit l’article 458. En cas de « violation du droit communautaire », il est prévu un emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans pour les citoyens qui agissent contre les structures européennes, mais aussi pour ceux qui protestent ou expriment un désaccord comme l’opposition aux sanctions.

Mise à jour. Plusieurs milliers de Grecs ont défilé à l'appel du syndicat Pame, proche des communistes, jusqu'à la place Syntagma, théâtre de nombreuses manifestations depuis le début de la grave crise de la dette grecque en 2010. Mais le grand défilé que souhaitaient les syndicats du privé (GSEE) et du public (Adedy) n'a rassemblé qu'un millier de personnes. A Salonique, deuxième ville du pays, dans le nord, les manifestants étaient près de 10.000.

Fabien Perrier

Journal Libération

Journal La Tribune

Bras de fer en vue entre les Grecs et la troïka

Les inspecteurs commencent leur travail d'analyse de la situation ce mercredi, accueillis par une grève générale. L'enjeu : éviter de nouvelles mesures d'austérité.

C'est sur fond de grève générale que les inspecteurs de la troïka commencent leur travail à Athènes ce mercredi. Une nouvelle fois donc, c'est un pays à l'arrêt qui accueille donc les représentants du FMI, de la Commission européenne et de la BCE : écoles fermées, ports et gares à l'arrêt, guichets et magasins fermés, cabinets médicaux portes closes…

Un pays exsangue

Si la manifestation athénienne a finalement été annulée compte tenu du mauvais temps, la grève de 24 heures, à l'appel des syndicats des secteurs public et privé, a été bien suivie. Le message que les salariés grecs ont voulu envoyé à la troïka est simple : «  plus de coupes dans les salaires et les retraites, plus de licenciements dans la fonction publique. »

Car si, dans les bureaux d'économistes, on commence à parler de reprise en Grèce, si la Commission européenne prévoit une croissance de 0,6 % l'an prochain - la première depuis 2008, l'Hellène de la rue souffre toujours autant. La richesse du pays a fondu d'un quart et, selon un chiffre de l'office grec des statistiques Elstat, les Grecs sont 40 % plus pauvres qu'en 2008.

Les finances grecques vont mieux, mais ce n'est pas assez

Car ni le retour à la croissance, ni la perspective d'un excédent budgétaire primaire dès cette année, ne permet de résoudre l'équation de la dette grecque. En juillet 2014, le plan actuel de soutien à la Grèce viendra à échéance. Selon les savants calculs de la troïka réalisés lors de la mise en place de ce (second) plan, en 2012, la Grèce doit alors être capable de financer elle-même, par ses excédents, le service de sa dette à partir de cette date. Il y a fort à parier qu'au rythme actuel ce ne sera pas le cas.

Que faire après 2014 ?

Il faudra alors préparer un troisième plan de soutien à la Grèce, soit par une nouvelle aide directe du MES, soit par une nouvelle restructuration de la dette, soit par les deux. Or, les bailleurs de fonds d'Athènes ne veulent pas de ce scénario. Une nouvelle aide devrait passer sous les fourches caudines du Bundestag, ce qui est toujours délicat, notamment pour une chancelière Merkel qui, quoique alliée avec la SPD, doit toujours regarder de près l'évolution du parti anti-euro AfD. Quant à la restructuration de la dette, elle signifierait que des organismes publics comme la BCE, la banque allemande KfW ou le MES renonce à leurs créances. Cela semble tout aussi difficile, lorsque l'on sait que les banques centrales nationales ont refusé de renouveler leurs obligations grecques arrivant à échéance.

Athènes ne veut pas de mesures supplémentaires

Du coup, la troïka pourrait être tentée de durcir encore le ton vis-à-vis d'Athènes en lui demandant d'accélérer encore les économies afin de rentrer dans les clous d'ici juillet. Une perspective qui inquiète beaucoup les Grecs, mais aussi le gouvernement. La semaine dernière, le président grec Karolos Papoulias, a martelé que le « peuple grec ne pouvait plus rien donner. » Même le premier ministre grec Antonis Samaras qui, à l'été dernier, avait consenti et fait consentir sa coalition à de nouvelles coupes, a dû promettre mardi qu'il « excluait toute nouvelle coupe dans les salaires et les retraites. »

Ne pas gâcher la croissance, ni favoriser Syriza

Le gouvernement entend faire réviser à la troïka l'objectif d'excédent primaire pour 2014 de 1,5 % à 0,8 % du PIB et obtenir un prolongement de l'aide en 2014 et 2015 sans nouveau « mémorandum », autrement dit sans nouvelles conditions d'austérité. La crainte d'Antonis Samaras est celle de réduire encore la croissance déjà trop faible que connaîtra le pays en 2014. D'autant que l'excédent budgétaire dégagé cette année est fragile et s'explique en grande partie par le versement par la BCE des bénéfices engrangées sur les obligations grecques. Il s'agit aussi d'éviter de donner du grain à moudre à l'opposition, la Syriza d'Alexis Tsipras qui, dans les sondages, talonne son parti, la Nouvelle Démocratie.

Le spectre des élections européennes

Un nouveau bras de fer - le énième - s'engage donc entre la Grèce et la Troïka. Jusqu'ici, Athènes a pratiquement toujours dû céder. Cette fois, néanmoins, Athènes peut se prévaloir de plusieurs succès obtenus. Sera-ce suffisant ? Pas sûr, alors que se profilent les élections européennes qui vont apeurer les grands d'Europe.

Romaric Godin

 

Journal International New York Times

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Dernière modification : 07/11/2013