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J-01/10/2013

 

 

1er octobre 2013

Journal Les Echos

Journal La Croix

En Grèce, les dirigeants du parti Aube dorée face à la justice

Cinq députés et le chef du parti néonazi ont été arrêtés le 28 septembre.

Deux jours plus tôt, le chef d’Aube dorée avait menacé le pays « d’instabilité politique ».

Les cinq députés grecs du parti néonazi Aube dorée et leur chef Nikos Mihaloliakos, arrêtés le 28 septembre par l’unité antiterroriste avec quatorze autres membres actifs du parti dont trois policiers, doivent comparaître les 1er et 2 octobre devant deux juges d’instruction. Ils sont accusés d’appartenir à « une association criminelle »

Après des années de complaisance, le gouvernement grec s’est ainsi décidé à agir. Pas moins de trente-deux mandats d’arrêt ont été lancés.

But de l’opération : décapiter entièrement Aube dorée et décrédibiliser au maximum ses dirigeants aux yeux de leurs supporteurs. C’est ce qui explique l’arrestation très médiatisée des députés du parti les plus populaires, comme le porte-parole Ilias Kasidiaris, très apprécié par les jeunes, ou Christos Papas, le théoricien.

Eviter les élections à tout prix

Le problème, c’est que, même en prison, ils conservent tous leurs droits constitutionnels. « Pour les perdre, il faudrait que toutes les voies de recours soient épuisées », explique Georges Katrougalos, professeur de droit constitutionnel. Deux jours avant son arrestation, Nikos Michaloliakos a menacé le pays « d’instabilité politique » via « des élections à répétition » provoquées par « la démission successive de ses députés » puis de leur suppléant. D’où, peut-être, l’arrestation surprise.

La coalition gouvernementale socialo-conservatrice, très fragile, veut absolument éviter des élections, car seul le parti de la gauche radicale, Syriza, en tirerait profit. Par ailleurs, selon les derniers sondages, si Aube dorée a perdu une partie de ses électeurs, elle est toujours troisième parti du pays avec 6,8 % des voix. 

Le premier ministre étudie donc la possibilité que le Parlement fonctionne avec moins de députés que prévu, ce qui serait totalement anticonstitutionnel selon Georges Katrougalos. Pour ce dernier, il y a « une confusion des pouvoirs » dans le vaste coup de filet. « La justice aurait dû intervenir d’elle-même, et instruire les dossiers des agressions il y a bien longtemps, sans attendre pour cela que le ministère de l’ordre public intervienne. » Cependant, conclut-il, « mieux vaut tard que jamais. Maintenant il faut aller jusqu’au bout ».

THOMAS JACOBI (à Athènes)

Journal Le Parisien

Les Grecs soulagés après le coup d’arrêt porté au parti «Aube dorée»

Pensant la progression inéluctable du parti Aube dorée, de nombreux Grecs ont été surpris de l’arrestation samedi du chef du parti néo-nazi Nikos Michaloliakos, de plusieurs députés et membres du parti, tous soupçonnés d’appartenir à une « organisation criminelle.»

Les médias grecs affichent leur satisfaction ces derniers jours. « Menottes pour 6 des têtes du monstre», titrait dimanche le journal de gauche Elefterotipia, « Aube dorée, un gang sous les projecteurs », écrivait lundi le quotidien centriste Ta Nea. Au sein d’une grande partie de l’opinion publique, tenu en haleine depuis samedi par ce coup de filet historique, c’est donc aussi le « soulagement.» « C’est un tournant, on ne s’y attendait plus. L’Aube dorée est toujours passée entre les mailles de la justice, alors que tout le monde, y compris le gouvernement, connaissait leurs méthodes fascistes», réagit Clio, jeune musicienne. Comme d’autres, la petite brune retiendra cette image forte du chef du parti de néonazi vulnérable et menotté.

Les suspects entendus ce mardi

Sur 32 personnes recherchées, 22 ont pour l’heure été interpellées. Parmi eux, outre que le surnommé « Furher » par la presse, Nikos Michaloliakos, le porte-parole du parti Ilias Kassidiaris, quatre députés, deux policiers et plusieurs membres néonazis. Certains sont aussi poursuivis pour violences physiques, meurtre, chantage ou blanchiment d’argent. « C’est un coup d’arrêt pour eux, ce sont des accusations très lourdes, commente, confiant, Nick Malkoutzis, journaliste politique au quotidien Kathimerini, les sanctions pourraient aller très loin. »

Après quatre jours à préparer leur défense face aux soupçons « d’organisation criminelle », sous surveillance policière au siège de la police d’Athènes, les accusés seront entendus ces mardi et mercredi par les juges d’instruction, à Athènes. Après cette première comparution –appelée Apologia en grec-, ces derniers décideront d’un placement en détention provisoire ou non pour les leaders du parti. Selon une source proche de l’enquête, « il paraît peu probable que les 22 soient placés en détention provisoire, certains ont des charges plus légères.» L’enquête se poursuivra, la limite de détention provisoire étant de 18 mois, les autorités devront fixer un procès avant cette date.

Ce coup de force rapide, consécutif au meurtre d’un rappeur antifasciste par un membre de l’Aube dorée, renforce, selon les analystes, le Premier ministre Antonis Samaras, à l’origine de l’opération. Ce dernier insiste par ailleurs : le pays n’ira pas vers de nouvelles élections législatives.

Aube dorée ne peut pas être interdit

Cette rafle spectaculaire ne signe pas pour autant la fin du parti Aube Dorée. Elu avec 7% des voix en juin 2012, le groupe réputé pour ses tabassages d’immigrés, vantant « une Grèce aux Grecs », ne peut être interdit, selon la constitution entrée en vigueur à la chute de la dictature, en 1974. Néanmoins, la destitution éventuelle des leaders du parti et les graves soupçons d’organisation criminelle lui portent un coup considérable. Dès l’annonce des arrestations, les plusieurs centaines de fidèles partisans se sont néanmoins réunis devant le siège de la police à Athènes. Drapeaux grecs en main et aux cris de « Sang, honneur, Aube dorée », ils étaient venus soutenir leurs représentants visés selon eux par des procédures « illégales.» Lundi, le député Ilias Kassidiaris envoyait des messages à ses fidèles partisans d’un téléphone portable –pourtant interdits en cellules- sur le réseau Twitter à ses membres, «cette invention contre notre mouvement populaire tombera, la vérité vaincra.»

Elisa Perrigueur

 

Magazine Le Nouvel Observateur

Aube dorée est décapitée mais l'extrême droite bouge encore

Aube Dorée semble provisoirement hors jeu. La presse, l'opinion publique et l'Union européenne applaudissent des deux mains. Une page se tourne-t-elle vraiment ?

L'arrestation de plusieurs dirigeants du parti d'extrême droite, ouvertement néonazi, Aube dorée, dont plusieurs députés, ont fait ce week-end l'effet d'une bombe. La Grèce découvrait d'un coup les ramifications de la troisième force politique du pays (Aube dorée a obtenu 7 % aux dernières élections législatives en juin 2012 et a 18 députés à l'Assemblée) dans les appareils d'Etat, ainsi que sa participation active à des actions criminelles. Depuis quelques années, des milices, qu'on sait affiliées à Aube dorée ont, en toute impunité, commis des meurtres et des tabassages contre des migrants, mais aussi des chantages et sont impliqués dans des affaires de corruption. Il a suffi d'un détonateur, l'assassinat d'un militant de gauche, citoyen grec, Pavlos Fyssas, pour qu'enfin, le gouvernement se décide à agir. "Le gouvernement a été soumis à trois pressions", explique Stathis Kouvelakis, professeur de philosophie politique au King's College de Londres, spécialiste de la Grèce. "Il y a d'abord eu cette pression populaire qui s'est exprimée par d'importantes manifestations au lendemain du meurtre de Pavlos Fyssas. Ensuite, il y a eu à l'évidence des pressions des dirigeants européens qui ne pouvaient plus tolérer cette situation. Enfin, la situation politique devenait de plus en plus incontrôlable."

Les députés interpellés risquent de nombreuses années de prison et la vague d'arrestations d'une dizaine de membres a porté un coup sévère à l'organisation. Le gouvernement d'Antonis Samaras semble déterminé à éradiquer complètement Aube dorée. Une loi antiraciste, sans cesse rejetée par le parti de droite du Premier ministre, Nouvelle Démocratie par peur de s'aliéner les électeurs tentés par l'extrême droite, devrait être déposée lundi par le ministre de la Justice. Le texte prévoit notamment la fin du financement de parti politique à l'idéologie fasciste par des fonds publics. Aube dorée semble provisoirement hors jeu. La presse, l'opinion publique et l'Union européenne applaudissent des deux mains. Mais une page se tourne-t-elle vraiment ?

Combattre des idées

Pour Stathis Kouvelakis, il est évident que ce n'est pas la fin d'Aube dorée. "On n'arrête pas une dynamique sans tarir ses sources. On ne combat pas des idées par des moyens simplement juridiques, même si cela peut aider". Et d'ajouter : "Aube dorée est le produit d'une situation sociale et politique qui est toujours là. C'est toujours un terrain fertile pour les idées d'Aube dorée, qui peut renaître sous une forme différente s'il devait être interdit".

Si les sondages d'opinions publiés dans la presse après la mort du militant de gauche montrent que le parti, crédité jusque-là de 13 % des voix s'il des élections devaient se tenir aujourd'hui, a perdu plusieurs points, le noyau dur reste. "Il n'est nullement surprenant que, même après ce qui s'est passé, Aube dorée garde sa base. Le parti n'est pas simplement un groupuscule violent, c'est aussi un parti qui a une base réelle dans la société", estime le spécialiste. "Aube dorée est le résultat d'une triple dynamique : la politique des mémorandums avec le désastre social et la paupérisation brutale d'une majorité de la population qui s'en est suivie. La désintégration de l'Etat dans ses fonctions les plus essentielles, comme assurer la sécurité. Et enfin, l'humiliation nationale. Tant qu'on n'aura pas fait face à ces dynamiques là, le terrain pour le développement de partis fascistes sera favorisé".

Quelle stratégie pour Aube dorée ?

Le parti a pour l'instant réagi sans mesure, et violemment. "Rien ne nous fera plier !", "Nous n'avons peur de rien!", ont lancé les élus arrêtés. Quelques centaines de supporters se sont rassemblés devant les locaux de la police aux cris de "Sang, honneur, Aube dorée".

L'éventualité d'une démission des 18 députés du parti plane. Athènes a exclu tout scénario d'élections anticipées "dangereux pour l'économie et la stabilité politique et sociale du pays". "Personne ne peut provoquer une crise parlementaire", a averti Evangelos Vénizélos, le vice-président du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, issu du parti socialiste Pasok.

En passant à l'action, le gouvernement fait d'une pierre plusieurs coups", analyse Stathis Kouvelakis. "Il reprend l'initiative, apparaît comme un rempart contre l'extrême droite, comme le défenseur des institutions, faisant ainsi oublier sa propre collusion passée avec Aube dorée et retrouve légitime face à toute forme d'opposition de sa politique. Il dit : 'C'est moi ou le danger fasciste', comme il a dit 'c'est moi ou le chaos', 'c'est moi ou la sortie de l'euro, l'expulsion de l'Union européenne'. C'est ainsi qu'Antonis Samaras a gagné les élections de l'année dernière".

Des "sous-hommes"

Des témoignages d'ex-militants d'Aube dorée et un rapport judiciaire publiés lundi, mettent au jour de nombreuses "actions criminelles" du parti néonazi grec, dont des opérations coordonnées de tabassages d'immigrés pakistanais. Selon le rapport judiciaire, ce parti dispose d'une "structure strictement hiérarchisée, le dirigeant étant tout puissant selon le système mis en place par Hitler, le Führerprinzip. (...) Aube dorée a commencé ces attaques en 1987, tout d'abord contre des immigrés et ensuite contre des Grecs".

Évoquant l'idéologie raciste de cette formation, le vice-procureur souligne que "pour les membres du parti, ceux qui n'appartiennent pas à la 'tribu' sont des sous-hommes. Dans cette catégorie figurent les migrants, les Roms, ainsi que les handicapés".

Pour l'heure, le parti n'est pas interdit et le gouvernement n'a encore rien dit à ce sujet. Les députés arrêtés ne perdront leur siège de parlementaire que s'ils sont condamnés. Les constitutionnalistes ne disent pas aujourd'hui ce qu'il pourrait se passer s'ils sont placés en détention provisoire après leur présentation au juge d'instruction mardi. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'Aube dorée devrait dévoiler sa stratégie de défense afin de tout faire pour ne pas perdre son capital politique.

Sarah Diffalah

Journal L'Humanité

Grèce: les députés d'Aube dorée présentés au juge d’instruction

Devant le tribunal d’Athènes, la mise en scène est bien organisée. Avant l’arrivée des députés d’Aube dorée arrêtés samedi, les rues sont bloquées. Les caméras de télévision sont prêtes à être dégainées. Ce qui se joue: l’avenir du parti néonazi grec Aube dorée. Ce mardi débutent les présentations devant le juge d’instruction des députés et militants d’Aube dorée arrêtés samedi matin. Ils risquent une inculpation pour avoir formé une « organisation criminelle ».

A 10h30, les motos de police déboulent, suivis des voitures de police aux vitres teintées. Les caméras tournent. Les badauds s’attroupent. Que diront au juge d’instruction ces militants et ces députés qui, depuis leur élection en juin 2012, ont pu proférer sans être inquiétés menaces, déclarations racistes, accusations fallacieuses jusque dans l’enceinte du Parlement? D’après l’AFP, qui s’appuie sur une source judiciaire, ils doivent répondre d’accusations incluant homicide volontaire et tentative d’homicide.

Crime organisé

Les révélations, en tout cas, pleuvent désormais depuis l’assassinat de Pavlos Fyssas, musicien antifasciste, le 18 septembre dans une banlieue proche d’Athènes par un camionneur qui a reconnu appartenir au parti néonazi. Ce matin encore, les médias déclaraient que le coupable du meurtre était accompagné, que son complice aurait sans doute mis, lui aussi, un coup mortel et qu’ils auraient confirmé par téléphone à un cadre d’Aube dorée («le lapin») l’assassinat peu après l’avoir réalisé. Bref, préméditation et crime organisé seraient de mise.

Parmi les députés qui doivent comparaître figurent le porte-parole du parti Ilias Kasidiaris, qui serait responsable de l’entraînement paramilitaire des militants, et Yiannis Lagos, député du Pirée, connu des services de police. Le chef du parti, Nikos Michaloliakos, arrêté lui aussi samedi, doit comparaître mercredi, et son adjoint Christos Pappas jeudi. Selon le quotidien Ta Nea, Yiannis Lagos est soupçonné notamment de proxénétisme. Le parti compte 18 députés, sur les 300 du parlement.

"Milices d'assaut"

Selon un rapport judiciaire, Aube dorée avait constitué des «milices d’assaut» et menait des opérations de «tabassage» d’immigrés. En janvier, un Pakistanais avait été tué à coups de couteau par deux néonazis présumés, près du centre d’Athènes. «J’ai participé à plusieurs reprises à des actions où prenaient part 50 à 60 motos, avec deux personnes sur chacune. Celui qui était à l’arrière tenait un bâton avec le drapeau grec et frappait tous les Pakistanais qu’il rencontrait», a révélé à la justice un témoin et ex militant.

Fabien Perrier

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Dernière modification : 01/10/2013