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j-20/09/2013

 

 

20 septembre 2013

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Magazine Le Nouvel Observateur

Aube dorée : ces dangereux néonazis grecs

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mercredi contre le meurtre d'un musicien et militant anti-fasciste tué par un membre présumé du parti néonazi Aube dorée. Un parti qui séduit de plus en plus.

Des affrontements ont opposé policiers et manifestants antifascistes à travers toute la Grèce, mercredi 18 septembre, après une journée de grève du secteur public et des défilés sans violences d'environ 20.000 fonctionnaires contre une réforme brutale de l'administration. 

Les militants antifascistes entendaient protester contre le meurtre d'un musicien et militant antifasciste tué par un membre présumé du parti néonazi grec, Aube dorée. Dans la nuit de mardi à mercredi, ce musicien âgé de 34 ans a été tué à coups de stylet par un homme identifié, selon la police, comme étant un membre présumé du parti. 

Aube dorée a démenti tout implication dans le meurtre. Le parti, qui surfe sur le chômage galopant et la grave crise économique en Grèce, est soupçonné d'avoir orchestré des attaques contre des immigrés, et plusieurs de ses 18 députés sont poursuivis pour violences.

Le 28 mars 2013, "le Nouvel Observateur" avait publié une enquête sur Aube dorée, un parti qui séduit de plus en plus en Grèce.

En toute simplicité, le groupe rock, tendance punk, s'appelle "Pogrom" et sa chanson phare "Auschwitz". Ses paroles sont tout aussi explicites : "Fuck Wiesenthal ! Fuck Anne Frank ! Fuck la tribu d'Abraham ! Auschwitz, combien je t'aime."

Depuis les élections de juin dernier, cette formation grecque a perdu l'un de ses musiciens : le bassiste Artemios Matheopolous a été élu au Parlement. C'est aujourd'hui l'un des dix-huit députés (sur trois cents) d'Aube dorée, un parti d'extrême droite à tendance néonazie très marquée.

Propulsé à l'Assemblée par la terrible crise économique et sociale qui ravage la Grèce, cet inquiétant mouvement politique continue, jour après jour, sa menaçante ascension. Surgissant du néant électoral (0,29% en 2009), il a réuni 7% des voix en juin 2012 et attirerait aujourd'hui entre 12% et 13% des électeurs, selon les sondages. 

Aube dorée est ainsi devenue le troisième parti grec derrière la Nouvelle Démocratie (ND, droite conservatrice) et Syriza (extrême gauche), loin devant un Pasok (socialiste) longtemps omnipotent mais qui n'en finit pas de sombrer. Le Premier ministre Antónis Samarás (ND) n'hésite pas à comparer la situation du pays à celle de l'Allemagne dans les années 1930, avant l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler.

"Je suis prêt à vendre mon âme au diable pour avoir un boulot"

Après cinq années consécutives de récession, Aube dorée se pose en recours. Son discours séduit une partie des couches populaires mais aussi des classes moyennes plongées dans la pauvreté et poussées vers des soupes populaires toujours plus fréquentées.

Dans ce quartier excentré d'Athènes, un homme sonne avec l'énergie du désespoir à une permanence d'Aube dorée. La soixantaine, il est vêtu proprement mais sa chemise est élimée, son pantalon troué par l'usure. Le visiteur insiste, personne ne répond. "Je viens réclamer du travail", explique-t-il. "Cela fait quinze mois que j'ai demandé sans succès un poste à la mairie, n'importe quoi, même balayeur ou éboueur. Si on me retourne et qu'on me secoue, il n'y a même pas 30 centimes qui tombent. Je crois que je n'ai même plus assez d'essence pour retourner chez moi." 

Est-il un partisan d'Aube dorée ? "Pour l'instant", répond-il, "je n'ai jamais voté pour eux. Mais je suis prêt à vendre mon âme au diable pour avoir un boulot." Alors que le chômage explose, atteignant 27% de la population active (60% des jeunes), Aube dorée a fort opportunément créé une agence pour l'emploi. Le parti de l'ultradroite offre, à l'instar des partis islamistes, des services sociaux. Réservés aux seuls Grecs, bien entendu. 

Aube dorée veut aussi mettre en place une aide médicale, surnommée "Médecins avec frontières" (interdite aux étrangers). Une tentative de créer une "banque de sang grec" a échoué face à la franche hostilité du monde de la santé.

"Il y a plus de communication que d'aides réelles"

Toutes les opérations humanitaires de la formation ultra sont soigneusement orchestrées, médiatisés. "Il y a plus de communication que d'aides réelles", assure Dimitris Psarras, spécialiste de l'extrême-droite et auteur d'un "Livre noir" sur Aube dorée. Ainsi, le parti a choisi la place centrale d'Athènes pour une distribution spectaculaire d'aliments, sous l'oeil des caméras.

Parfois ces actions sont tout simplement mises en scène de toutes pièces. Ainsi, un reportage largement diffusé a montré des costauds, crâne rasé, d'Aube dorée escortant jusqu'à un distributeur de billets une pauvre petite vieille effrayée par les "criminels", sous-entendu "étrangers". Las ! Une enquête a révélé que la vieille dame apeurée qui ne tarissait pas d'éloges sur ses protecteurs était en fait la mère du responsable local d'Aube dorée... Peu importe : même si peu d'entre eux en ont réellement bénéficié, l'immense majorité des Grecs "a vu à la télé" les actions de bienfaisance d'Aube dorée.

Ces œuvres de charité contrastent avec l'inaction des autres partis et l'indifférence d'une classe politique traditionnelle perçue comme égoïste, indifférente, voire corrompue. Et comme responsable de la crise. "J'ai des amis ministres", raconte un professeur d'université. "Ils ne viennent pas quand je les invite au restaurant. Ils ont peur de se faire chahuter, cracher dessus." Pendant que les Grecs vomissent leurs politiciens traditionnels, Aube dorée, vierge de toute expérience gouvernementale, joue les sauveurs.

Les "hommes en noir"

Pour voler au secours du "peuple grec", le parti dispose de forces paramilitaires, sorte de "sections d'assaut" spécialement entraînées. Blouson ou tee-shirt noir, pantalon de treillis, rangers, casque intégral : quand ils ne sont pas en "mission de protection" auprès de personnes âgées, les "hommes en noir" interviennent brutalement contre les immigrés, lors de véritables pogroms.

A Athènes, beaucoup de petits commerçants ont fait appel à ces gros bras pour "rétablir l'ordre", mais souvent, en fait, pour se débarrasser à bon compte de leurs concurrents étrangers. En cas de dérapage, lorsqu'il y a mort d'homme, l'organisation d'extrême droite adopte une ligne de défense classique : elle dément énergiquement, même contre toute évidence, que le coupable soit membre du parti.

Les nervis d'Aube dorée effectuent aussi parfois des contrôles d'identité sauvages et musclés lors de chasses aux étrangers organisées sur les marchés, parfois même dans les hôpitaux. Car la principale cible du parti de "la Grèce aux Grecs", bien sûr, ce sont les immigrés. Souvent récemment arrivés, peu ou pas intégrés, ils seraient plus d'un million sur une population totale de 10 millions.

Réduits à la misère, ils sont parfois responsables d'actes de délinquance, qui, même isolés, émeuvent l'opinion. Et en ces temps de chômage de masse, les immigrés entrent parfois frontalement en concurrence avec la main d'œuvre grecque.

"Je ne suis absolument pas raciste", jure Dimitri, 50 ans, "un peintre en bâtiment au chômage qui fait la queue à la soupe populaire de la mairie d'Athènes. Mais les étrangers acceptent de travailler pour des salaires deux fois inférieurs au salaire minimum. Ça me rend fou." Alors Aube dorée a les mains libres pour passer à l'action.

"Les policiers arrêtent les étrangers qui se sont fait tabasser, pas les agresseurs"

Que font les policiers ? Rien ou presque. Leur apathie s'expliquerait tout simplement par la forte sympathie qu'ils voueraient à l'ultradroite. Selon une étude, le parti néonazi, en juin 2012, a obtenu 20% des suffrages dans les bureaux de vote fréquentés par les membres des forces de l'ordre. Aujourd'hui, d'après certains sondages, sa cote de popularité friserait les 50% au sein de la police. "Non seulement personne n'est jamais arrêté pour des agressions contre les immigrés mais, en plus, des militants d'Aube dorée attaquent les étrangers jusque dans les commissariats", assure Petros Kostantinou du parti d'extrême gauche Antarsya. 

"Lors des manifestations, des agents provocateurs d'Aube dorée surgissent souvent des rangs des troupes anti-émeute", raconte Dimitris Psarras, l'auteur du "Livre noir". "La police soutient Aube dorée très ouvertement", se plaint Javied Aslam, président de la communauté pakistanaise, la plus nombreuse dans le pays. "Quand les immigrés sont attaqués", reprend-il, "les policiers arrêtent les étrangers qui se sont fait tabasser, pas les agresseurs. Et le plus grave", insiste-t-il, "c'est que les forces de l'ordre ont les mains libres : elles sont soutenues par le pouvoir. Nous ne croyons plus ni en la police, ni en la justice, ni en ce gouvernement."

Un mur contre "les envahisseurs"

Car pour couper l'herbe sous le pied au parti de l'ultra-droite, le cabinet de coalition dirigé par Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie) a adopté un discours très musclé sur l'immigration. Il dénonce "l'invasion", promet des "expulsions de masse". Joignant le geste à la parole, les autorités ont lancé l'été dernier une opération anti-étrangers, fortement médiatisée et ironiquement baptisée "Xenios Zeus", du nom du dieu de l'Hospitalité. Plus de 12.000 personnes ont été interpellées. Mais, plus spectaculaire et politique qu'efficace, le gigantesque coup de filet n'a abouti qu'à quelque 250 expulsions. Des mesures administratives ont aussi été prises. 

"Près de 30% des immigrés ont ainsi perdu leurs papiers", estime Javier Aslam, le représentant des Pakistanais de Grèce. Un mur contre "les envahisseurs" a été construit le long de la frontière entre la Grèce et la Turquie, qui est le principal point d'entrée des clandestins dans l'Union européenne. "C'est très dangereux", estime Christophe Vernardakis, professeur de sciences politiques. "En utilisant le discours d'extrême droite d'Aube dorée, la Nouvelle Démocratie ne fait que légitimer ce parti", estime-t-il.
Pendant que le gouvernement durcit sa politique pour tenter d'enrayer l'irrésistible ascension du parti néonazi, ce dernier modère, à l'inverse, son langage et lisse son image pour ratisser plus large. Ainsi il réfute son appellation "d'extrême droite", se définissant comme un mouvement "national" composé de "patriotes". 

Car Aube dorée prétend vouloir redonner leur ferté à des Grecs qui se sentent profondément humiliés. Leur pays en quasi-faillite est placé sous la tutelle de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) qui dicte des mesures d'austérité drastiques comme le licenciement de 150.000 fonctionnaires, la réduction des salaires (jusqu'à moins 50%), la brutale augmentation des impôts.

"La race orthodoxe grecque"

Fiers de leur grandeur antique, les Hellènes, qui se targuent d'avoir donné au monde la démocratie, se sentent rabaissés, passant dans la presse européenne, allemande surtout, au mieux pour des fainéants, au pire pour des escrocs. Aube dorée leur fournit des boucs émissaires en décrivant la crise comme le produit d'un complot d'élites corrompues "aux mains des banquiers", juifs, évidemment.

Surfant sur un sentiment national blessé, le parti tente de gommer ses références nazies les plus voyantes. Ainsi, la main levée hitlérienne, salut du mouvement, ne serait qu'un emprunt à l'Antiquité. Et son emblème aux allures de croix gammée reproduirait un ancien symbole grec... Quant à l'idéologie païenne, paganiste, du parti néonazi, elle est de plus en plus éclipsée au profit de la religion orthodoxe, l'un des piliers de l'identité nationale grecque. 

"Même si, depuis sa fondation, Aube dorée produit des textes anti-chrétiens, elle a adopté avec succès la stratégie des partis fascistes de l'entre-deux-guerres : ne pas s'attaquer à la religion en public. Elle se pose, au contraire, en défenseur de l'orthodoxie, plus exactement de la 'race orthodoxe grecque'", raconte Stavros Zouboulatis, écrivain, auteur du livre "l'Aube dorée et l'Eglise". Divisée, l'Eglise n'ose prendre position contre le parti.

"Le nazisme n'est pas une tendance politique, c'est leur âme"

Mais, malgré des tentatives maladroites de dissimulation, la nature reprend vite le dessus. Un député d'Aube dorée s'oppose ainsi à la commémoration de la Shoah. Un autre se dit prêt, "en plaisantant" pendant la campagne électorale devant une caméra, "à ouvrir les fours", à transformer des étrangers en "savon pour laver les voitures et les trottoirs", ou encore à "fabriquer des abat-jour avec leur peau". 

Leur violence s'étale au grand jour. Sur un plateau de télévision, un député d'Aube dorée a récemment giflé en direct une parlementaire communiste. Pour limiter les dégâts, la direction du parti a récemment interdit tout contact avec la presse internationale et elle sélectionne soigneusement ses interlocuteurs dans les médias grecs. Mais un ancien membre d'Aube dorée assure que, malgré ses tentatives de se présenter sous un jour moins extrémiste, le noyau dur du parti est resté le même. 

"Chez eux, le nazisme n'est pas une tendance politique, c'est leur âme", raconte-t-il sous le couvert de l'anonymat. Il lance des regards apeurés par-dessus son épaule. En osant parler à un journaliste, étranger de surcroît, il risque gros. "Les dirigeants cachent leur idéologie. Le mensonge, c'est la base de leur fonctionnement. Je n'ai découvert que peu à peu qu'ils étaient nazis. Après un certain temps dans le parti, ils m'ont donné à lire les œuvres et des discours d'Hitler et de Goebbels", raconte l'homme qui a dû participer à des "séminaires idéologiques", portant notamment sur "la question raciale", ainsi qu'à des camps d'"éducation militaire". 

Il a fini par quitter le parti car, dit-il, il a mûri. Et parce que "c'est une chose de gueuler qu'on va virer les étrangers, c'en est une autre de devoir aller les poignarder au coin de la rue".

Jean-Baptiste Naudet

 

Journal La Croix

Après les élections allemandes, l’heure de vérité en Grèce

Les Grecs estiment que, une fois le scrutin allemand du 22 septembre passé, une nouvelle restructuration de leur dette va commencer.

« Et nous, on vote où ? », peut-on lire sur des murs de la capitale grecque. Les réseaux sociaux se font le relais de la même demande, plutôt incongrue, puisqu’il s’agit, pour les Grecs, de savoir où se trouve leur bureau de vote pour les élections allemandes ! 

« Angela Merkel décide de nos salaires, nos retraites, nos emplois, nos vies, pourquoi est-ce que nous n’aurions pas le droit de voter ? », se demande, mi-figue, mi-raisin, Petros Adiamandis. « On vit à l’heure allemande, poursuit-il, autant aller jusqu’au bout ! »

L’Allemagne dans tous les journaux

Le fait est que depuis le début de la crise en Grèce, il n’est pas un bulletin d’information qui ne parle pas de la politique allemande. Les déclarations des ministres allemands font l’ouverture des journaux, avec toujours la même question sous-jacente : « Est-ce que ce scrutin va changer quelque chose pour nous ? » Autrement dit, « est-ce que l’austérité va se relâcher  ?»

À désespéré, désespéré et demi. La situation est telle que les Grecs sont prêts à croire n’importe quoi, pourvu que cela donne un peu d’espoir. De la même manière, ils avaient beaucoup misé sur l’élection de François Hollande pour faire contrepoids à Angela Merkel au sein de l’Europe, mais ils ont été déçus par la politique du président français.

La « vérité » sur la dette grecque

Les Grecs restent convaincus que la chancelière sera réélue quoi qu’il arrive. Pour Stelios Kouloglou, fondateur de la première télévision sur Internet TVXS, il n’y a aucune chance que la politique allemande change vis-à-vis de la Grèce, quel que soit le vainqueur du scrutin. « Selon Deutsche Welle et Der Spiegel, la crise grecque a rapporté 41 milliards d’euros à Berlin, pourquoi voulez-vous que cela change ? », s’indigne-t-il. Opinion très largement partagée au sein de la population grecque.

En fait, selon la presse, ce qui va changer après le scrutin, c’est que Berlin pourra enfin dire la vérité sur la situation réelle de l’économie grecque. Pour l’instant, Allemands et Grecs sont bombardés de messages optimistes par leurs gouvernements, qui parlent de « success story de l’économie grecque », de « huit mois de budget primaire positif ».

Mais « la vérité », estime Aris Hatzistefanou, coauteur du documentaire Debtocracy,« est que la dette grecque est ingérable. Elle est passée de 120 % du PIB, au début de la crise, à 180 %. Il faudra à nouveau la restructurer, et sur ce point les autorités allemandes et grecques mentent. »

L’heure de vérité sera donc pour tous lundi 23 septembre au matin, après les élections. Coïncidence ? Les experts de la troïka (Union européenne, BCE, FMI) arrivent ce jour-là, à Athènes, pour une nouvelle évaluation…

THOMAS JACOBI (à ATHÈNES)

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Dernière modification : 20/09/2013