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J-28/09/2013

 

 

28 septembre 2013

Journal Le Monde 

Vaste campagne d'arrestations au sein du parti néonazi grec

La nouvelle a fait l'effet d'un coup de massue en Grèce.

Ce matin, Nikolaos Michaloliakos, le fondateur et chef historique du parti Aube dorée, a été arrêté avec trois autres députés du parti par la police antiterroriste grecque.

Une opération plus vaste visant à arrêter 38 autres membres ou députés de ce parti néonazi est toujours en cours, sur le fondement de mandats d'arrêt délivrés par la Cour suprême du pays et qui accusent l'ensemble des personnes recherchées ou déjà arrêtées de "participation à une organisation criminelle", mais aussi de "blanchiment d'argent". "Des accusations sérieuses qui peuvent entraîner des peines allant jusqu'à l'emprisonnement à vie", explique l'avocat constitutionnaliste Georges Katrougalos.

OMERTA

En réaction, plusieurs centaines de sympathisants néonazis se sont rassemblés devant les locaux de la police judiciaire d'Athènes, où sont détenus Nikolaos Michaloliakos et l'ensemble des autres membres du parti arrêtés. Ce véritable coup de filet a lieu dix jours après le meurtre du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, tué par un militant néonazi affilié à Aube dorée. L'assassinat de ce jeune homme grec a entraîné de vives réactions sociales qui ont contraint les autorités à s'attaquer pour la première fois à la violence d'Aube dorée, pourtant dénoncée depuis des années par les organisations non gouvernementales.

Il est vrai que jusqu'ici, cette violence visait principalement les immigrés et qu'une sorte d'omerta couvrait d'un silence total – politique comme médiatique – les actions du parti, entré au Parlement avec 18 députés lors des élections législatives de juin 2012. C'est donc avec une sorte de stupéfaction que l'on assiste depuis une semaine au grand déballage des crimes et délits supposément commis aux quatre coins du pays par des membres d'Aube dorée.

SOUPÇONS SUR L'ARMÉE ET LA POLICE

L'ensemble des quotidiens grecs ou des chaîne de télé enchaînent les révélations, notamment sur la question des liens des néonazis avec l'armée et la police. Le quotidien de gauche To Vima a ainsi lâché une bombe dans son édition du dimanche 22 septembre, en publiant le témoignage anonyme d'un repenti d'Aube dorée décrivant les cessions nocturnes d'entraînement de membres du parti par des militaires – membres actifs ou non – des commandos de l'armée de terre ou de la marine. Des accusations graves qui ont obligé Dimitris Avramopoulos, ministre de la défense, a diligenter une enquête interne dont les résultats ont été publiés hier soir. Selon le rapport de Michail Kostarakos, chef des armées, "aucun membre actif de l'armée n'a partcipé à l'entraînement de membres d'Aube dorée".

Nikolaos Michaloliakos, chef d'Aube dorée, parti d'extrême droite grec, lors d'une conférence de presse, le 6 mai 2012. | AFP/LOUISA GOULIAMAKI

Dans la police aussi l'onde de choc se fait sentir. Selon le quotidien Kathimerini, un agent des forces motorisées DIAS, une section spéciale de la police, a été arrêté ce matin pour connection avec Aube dorée ; deux autres officiers sont recherchés dans le cadre d'une enquête sur la mort suspecte de cinq immigrés, et deux inspecteurs généraux de la police ont été limogés lundi 23 septembre afin d'assurer "l'objectivité" des enquêtes sur les liens entre la police et Aube dorée.

Hier, vendredi, l'agent responsable au sein des services secrets grecs (EYP) de la surveillance d'Aube dorée a été démis de ses fonctions, officiellement pour "désaccord avec la surveillance en cours". Il est en fait accusé, selon la presse grecque, de sympathies envers le parti qu'il était censé surveiller.

CATHARSIS COLLECTIVE

Dans une espèce de catharsis collective, la Grèce n'en finit plus de se plonger dans les crimes d'Aube dorée, mais beaucoup redoutent que les procédures pénales n'aboutissent pas. Le maire d'Athènes lui-même est monté au créneau ce matin. "Nous devons absolument terminer ce que nous avons commencé. C'est une organisation criminelle qui a toujours été une organisation criminelle. Nous avons tardé, en tant qu'Etat, à réagir, mais maintenant que nous avons commencé, nous devons nous montrer déterminés", a déclaré Georges Kaminis.

Le ministre de l'intérieur et de la protection du citoyen, Nikos Dendias, et le ministre de la justice ont informé ce matin le premier ministre des initiatives légales entreprises pour renforcer les peines liées à la participation à une organisation criminelle et ont aussi introduit l'examen au Parlement de mesures visant à suspendre le financement public du parti Aube dorée.

Le constitutionnaliste George Katrougkalos affirme, lui, que "l'on pouvait s'attaquer à la violence d'Aube dorée depuis des années. L'article 62 de la Constitution prévoit que l'on peut contourner l'obligation d'obtenir l'autorisation du Parlement pour arrêter des députés si un flagrant délit est observé. Dans le même temps, l'article 187 du code pénal stipule que participer à une organisation criminelle constitue un flagrant délit permanent".

Les députés d'Aube Dorée arrêtés ce matin se sont certes vu retirer leur immunité parlementaire, mais ils restent députés. Et continuent avec leurs collègues encore au Parlement de menacer d'une démission collective, ce qui entraînerait des élections partielles dans 18 cicronscriptions et entraînerait donc une déstabilisation politique du pays. 

Adéa Guillot

 

Journal Le Figaro

Grèce : coup de filet contre le parti néonazi Aube Dorée

Samedi matin, la police antiterroriste à Athènes était en ébullition. Dix membres du parti ultranationaliste Aube Dorée, ont été arrêtés. Parmi eux, 5 députés dont Ilias Kassidiaris, le porte-parole du parti entré au Parlement grec en juin 2012 et le député Ilias Panagiotaros. Nikos Mihaloliakos, le secrétaire général du parti, a également été arrêté. Dans l'appartement de ce dernier se trouvaient des armes, illégalement détenues, selon les sources proches du dossier. Un autre élu est actuellement recherché. Ce sont près de 32 mandats d'arrêts qui ont été délivrés. Ces arrestations seraient en lien avec le meurtre d'un rappeur antifasciste.

L'arrestation d'un dirigeant de parti politique est une première en Grèce depuis le retour de la démocratie en 1974. Et pour cause, l'immunité parlementaire est de règle, comme dans tous les pays européens. Or le chef d'accusation des autorités serait, selon nos informations, explicite: «flagrant délit de participation active à une organisation criminelle». L'immunité ne s'applique donc pas dans ce cas. «Le gang Aube Dorée» comme le surnomme la police de Grèce, est donc en passe d'être ébranlé.

Les autorités grecques, taxées de passivité voir de complaisance envers les délits perpétrés par Aube Dorée, ont réagi à la suite à l'assassinat le 17 septembre de Pavlos Fyssas, un rappeur de 34 ans. L'homme a été tué à coups de couteau par un membre présumé du parti néonazi.

«Les chefs d'accusation comprendront la moitié du code pénal» estime Theodore Fortsakis, doyen de l'université d'Athènes et professeur de droit. «Il y a là, comme le soulignait le premier ministre, Antonis Samaras, en déclarant vouloir protéger la démocratie, une véritable volonté des autorités d'éradiquer ce parti politique» affirme le professeur Fortsakis avant d'ajouter que «l'opération menée par la police rappelle celle effectuée fin juillet 2002, pour le démantèlement du groupe «17 novembre»». Ce groupe terroriste marxisant revendiquait 23 assassinats, dont des diplomates américains, turcs et britanniques. À l'époque, les services antiterroristes grecs avaient été épaulés par des équipes du FBI et de Scotland Yard.

Classe politique en effervescence

Désormais, quelles peuvent être les conséquences de ces arrestations? Aube Dorée est représentée par 18 députés. La constitution grecque prévoit la possibilité de laisser des sièges vides, en cas de départ d'une formation politique. «Mais la loi de mise en œuvre n'existe pas, il faudrait donc la faire voter au plus vite» reprend Théodore Fortsakis. «Mais l'arrestation des députés doit être validée par la Cour de Cassation et cela risque de prendre du temps. Après il faudra opter pour effectuer des élections partielles, dans les régions où les députés d'Aube Dorée, iègent».

La classe politique est en effervescence, alors que les experts de la troïka, les créanciers publics du pays, sont à Athènes pour inspecter les comptes et les avancées sur le programme de réformes. Yannis Stournaras, le ministre des finances, a déclaré que l'équilibre politique n'était pas en cause, excluant ainsi tout scénario d'élections législatives anticipées.

Samedi à la mi-journée, les militants d'Aube Dorée manifestaient devant le commissariat principal de la police grec.

Alexia Kefalas

Magazine Le Point

Grèce : le crépuscule pour Aube dorée ?

Les autorités se sont enfin décidées à agir contre les exactions du parti néonazi, qui compte 18 députés au Parlement. Une bataille difficile commence.

Rares sont ceux qui auraient imaginé cette opération possible. C'est pourtant arrivé. Un vaste coup de filet de la police antiterroriste contre Aube dorée a commencé samedi matin et n'est pas près de s'arrêter. Trente-deux mandats d'arrêt ont été lancés. En quatre heures, dix membres du parti ultranationaliste grec ont été arrêtées, dont cinq députés, y compris le secrétaire général du parti Nikos Michaloliakos. L'arrestation d'un dirigeant de parti politique est une première en Grèce depuis 1974, date du retour de la démocratie. Le chef d'accusation porté par la police pour lever l'immunité parlementaire est des plus lourds : "flagrant délit d'appartenance à une organisation criminelle".

Le parti néonazi, fort de ses 18 députés au Parlement depuis les élections de juin 2012, est dans la ligne de mire de la police antiterroriste depuis l'assassinat, il y a dix jours, de Pavlos Fyssas, un rappeur de 34 ans, mort sous les coups de couteau d'un membre présumé d'Aube dorée. Un véritable électrochoc pour la population grecque qui a défilé par milliers, tous les jours, dans les rues d'Athènes pour exprimer sa colère. Ce meurtre a également secoué toute la classe politique et jusqu'au gouvernement décidé à en finir avec l'impunité d'Aube dorée.

"Le gouvernement a agi trop tard"

D'autres députés sont recherchés par la police antiterroriste, dont un policier, accusé d'être directement lié au parti. La police grecque est en effet mise en cause dans nombre de médias pour sa tolérance et sa passivité envers la troisième formation politique du pays. Et pour cause, depuis octobre 2011, quelque 300 cas d'agressions physiques ont été recensés envers des migrants, tous restés impunis. "Le gouvernement a réagi trop tard, il n'a rien fait quand il y avait des violences contre les migrants. C'est une honte", estime Angelos Staggos, analyste politique du quotidien Kathimerini, avant d'ajouter "Cette fois, il y avait une menace contre la démocratie et de facto contre le parti au pouvoir, il fallait agir. Aube dorée n'a rien à voir avec le Front national en France. Ce sont des néonazis qui, pour se renforcer, formaient des sections d'assaut et s'infiltraient dans la police et les forces spéciales armées."

Au-delà de l'action coup de poing de ce samedi, la Grèce semble vouloir se débarrasser des oripeaux de la dictature, 39 ans après le retour de la démocratie dans le pays. Nikos Michaloliakos, 56 ans, le chef d'Aube dorée arrêté ce matin, est, en effet, un ancien disciple des dictateurs militaires grecs, au pouvoir de 1967 à 1974. C'est en purgeant deux peines de prison entre 1976 et 1978 pour actes de violence qu'il a renforcé son idéologie aux côtés des dictateurs. Depuis la création de son parti, dans les années 80, Michaloliakos est surnommé le "Führer" grec. Eleni Zaroulia, son épouse, n'est pas en reste. Membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, au titre de déléguée à la commission sur l'Égalité et la Non-Discrimination, elle ne s'est pas gênée pour qualifier les immigrés de "sous-hommes" "envahissant" la Grèce et les accuser de la contaminer de "toutes les maladies dont ils sont porteurs".

Des militants déterminés

Ilias Kasidiaris, le porte-parole du parti, lui aussi interpellé samedi, défraye tout autant la chronique. En première page du quotidien Proto Thema cet été, on découvrait sur son bras droit le tatouage d'une énorme croix gammée. À plusieurs reprises, au Parlement, il a nié l'existence de l'Holocauste et n'a pas hésité, en mai 2012, sur un plateau de télévision à s'en prendre avec violence à une députée communiste, la frappant de deux coups de poing dans le ventre, ce qui avait provoqué un énorme scandale.

Les députés d'Aube dorée peuvent compter sur leurs militants qui réfutent les accusations de meurtre et démentent toute implication de leur parti. Ils étaient plusieurs dizaines, samedi, à manifester devant le siège de la police grecque et se sont d'ores et déjà donné rendez-vous devant les tribunaux la semaine prochaine.

Il n'empêche, ce parti, qui est entré en force au Parlement en 2012 par la crise et la désespérance du peuple grec, risque d'être sérieusement ébranlé. Les autorités sont bien décidées à aller jusqu'au bout du démantèlement d'Aube dorée, qui, en dix jours, a perdu plus de quatre points dans les sondages d'opinion. Dans la loi grecque, les élus ne peuvent être déchus de leur siège s'ils n'ont pas été définitivement condamnés par la justice. Le gouvernement du Premier ministre Antonis Samaras, qui avait promis la protection des valeurs démocratiques, a donc rédigé dans l'urgence un projet de loi qui pourrait suspendre le financement public d'Aube dorée si la justice trouve une corrélation entre l'assassinat de Pavlos Fyssas et le parti néonazi. La décision de la Cour de cassation d'Athènes est désormais déterminante.

Alexia Kefalas

 

Journal L'Humanité

Grèce. L’Aube dorée, un coup de filet et un coup médiatique

 

Les autorités grecques ont frappé samedi un grand coup contre le parti néonazi Aube dorée. Le 28 septembre, la police antiterroriste grecque a arrêté en début de matinée le dirigeant et député d’Aube dorée Nikos Michaloliakos, fondateur du parti en 1980, ainsi que trois autres députés de la formation néonazie (sur un total de 18), dont son porte-parole Ilias Kassidiaris. Decryptage.

Dix jours après le meurtre de Pavlos Fyssas, musicien antifasciste, par un membre de ce parti, toutes les radios et télévisions ne parlent que de cet événement. Depuis dix jours, le parti néo-nazi, qui intervenait en toute impunité depuis des mois sur les chaines des radios et télévisions privées, semblait devenu non fréquentable.

Pourquoi ce vaste coup de filet ?

Il survient d’abord alors que la Grèce en crise poursuit ses négociations avec ses bailleurs de fonds (UE, BCE, FMI). Le pays s’apprête ensuite à prendre la présidence tournante de l’Union Européenne. Sur la scène intérieure, le gouvernement était discrédité et la contestation sociale semblait resurgir alors que, depuis des mois, les opposants aux politiques menées peinaient à mobiliser. Enfin, le pays devra fort probablement recourir à un nouveau prêt pour faire face à ses dépenses courantes, conditionné à de nouvelles mesures d’austérité résumées dans un énième mémorandum.

Le coup de filet, si nécessaire soit-il face à un parti qui a révélé sa face meurtrière, fait l’objet de toutes les attentions médiatiques. Mais peu de mots sont prononcés, sur les plateaux de télévisions et les ondes, sur les raisons de la résurgence de ce parti néonazi.

Coup de filet, donc, mais aussi coup médiatique. La troïka et le gouvernement sont actuellement en pleines discussions. Il est fort peu probable que la coalition actuelle, dirigée par Antonis Smaras, de Nouvelle Démocratie (ND, droite), avec le Pasok (sociaux-démocrates) survivrait à un nouveau vote sur un nouveau mémorandum. A moins qu’il se cherche une nouvelle légitimité. Soit en se profilant comme le garant de l’ordre, soit en organisant de nouvelles élections anticipées espérant une majorité pour accentuer les politiques régressives appliquées en Grèce.
Ce coup de filet ressemble à un coup politique… dont nul ne sait vraiment où il peut mener.

Fabien Perrier

 

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Dernière modification : 30/09/2013