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J-30/09/2013

 

 

30 septembre 2013

Journal Le Monde (daté du 01/10/2013)

Journal Libération

Journal Le Figaro

Journal International Herald Tribune

Journal L'Humanité

Extrême droite réservoir électoral

Nombre de commentateurs grecs s’étonnent de l’impunité dont ont bénéficié jusqu’à aujourd’hui les néonazis.

À l’annonce des arrestations de députés d’Aube dorée (AD) pour « participation à une organisation criminelle » et « blanchiment d’argent », plusieurs centaines de sympathisants néonazis se sont rassemblés devant les locaux de la police judiciaire d’Athènes, fiers de clamer leur soutien aux cadres de leur parti.

Concernant ces arrestations, pourquoi une telle précipitation ? Nombre de commentateurs se posent cette question. Car les exactions d’AD étaient connues. En toute impunité, ses membres ont effectué des ratonnades dans la capitale, ou tiré sur des travailleurs immigrés dans des champs. AD attaque aussi dans les quartiers où la base industrielle a été rasée avec la crise. Si AD y a fait des percées, c’est d’abord la gauche qui reste en tête. Et ce sont eux qui se mobilisent dans les manifestations.

La troïka vient de quitter Athènes. La Grèce devra fort probablement faire appel à un nouveau prêt, assorti de nouvelles mesures d’austérité. La coalition au pouvoir est fragile. Elle ne survivrait probablement pas à de nouvelles mesures. À moins qu’elle tente de se redonner une légitimité en faisant croire qu’elle a défendu l’ordre et la démocratie… avant des élections anticipées ? Les partis gouvernementaux affirment le contraire. AD représente toutefois 425 000 voix. Un réservoir important pour ND quand on sait la porosité des idées entre les deux partis.

Fabien Perrier

 

Journal L'Humanité

Les idées d’Aube dorée omniprésentes

Il aura fallu la mort d’un militant antifasciste pour que des responsables du parti néonazi soient arrêtés. Ces arrestations ne doivent pas faire oublier l’impunité dont ont joui ces députés grâce à leurs alliés jusque dans les rangs du gouvernement.

En boucle sur les télévisions grecques, à la une des journaux… Nul n’a pu échapper à ces images, le 28 septembre, montrant Nikos Michaloliakos, le chef d’Aube dorée (AD), cinquante-six ans, costume noir et chemise blanche, menotté, maintenu par des hommes encagoulés, ou encore Ilias Panagiotaros, un des cadres du parti, lançant à sa sortie des locaux de la police : « Nous n’avons peur de rien ! » Il aura pourtant fallu un assassinat, une victime grecque, Pavlos Fyssas, ouvrier, rappeur et militant antifasciste, pour que ces deux députés, comme trois autres et des cadres de ce parti néonazi, soient inquiétés par la justice. Ce coup de filet suffira-t-il à éradiquer le fléau de la peste brune ? C’est, sans doute, ce que voudrait faire croire le gouvernement d’Antonis Samaras, composé de Nouvelle Démocratie (ND, droite) et du Pasok (social-démocrate).

Racisme, xénophobie

Dans les faits, il faut plus que ce coup médiatique. Les sondages publiés depuis la mort du jeune Grec en témoignent : une enquête d’opinion réalisée par MRB et publiée hier révèle que 6,8 % des sondés voteraient pour AD ; or ce parti a obtenu 6,92 % des suffrages exprimés aux législatives de juin 2012.

Dans les années 1980, AD n’était encore qu’un mouvement regroupant, autour du magazine éponyme, d’anciens leaders de la dictature des colonels, d’anciens collaborateurs du régime nazi et quelques personnes sensibles aux idées racistes. Le magazine, fondé par le mathématicien Nikolaos Michaloliakos, véhiculait déjà des images et des propos néonazis. Racisme, xénophobie, rejet du système et de l’Europe constituent les principaux actes de leurs discours. Quant à leurs actions, elles se tournent essentiellement dans les rues contre l’extrême gauche et les immigrés. En toute impunité, comme en 2011 où ce groupe effectue des ratonnades dans la capitale. Et c’est en 2012, alors que les politiques d’austérité de la troïka et du gouvernement enfoncent le pays dans la crise, qu’ils entrent au Parlement, avec 18 députés. Auparavant, cette place à la Vouli était occupée par le Laos, un parti d’extrême droite. Mais lorsque ce parti est entré dans la coalition dite « d’union nationale », en novembre 2011, il ne put plus apparaître comme opposant au système politique. Quant aux idées racistes et xénophobes, elles étaient, d’un seul coup, légitimées dans l’espace public et politique… jusque dans les rangs gouvernementaux.

Dans le mécanisme d’État

En réalité, elles ne les avaient jamais vraiment quittés. « La dictature des colonels n’est pas tombée par un soulèvement populaire mais suite au problème de Chypre, considéré comme une trahison nationale. Excepté les plus hauts fonctionnaires, les hommes de la dictature sont restés en place dans l’armée, la justice et l’Église », explique Dimitris Psarras, journaliste au Journal des rédacteurs et auteur du Livre noir d’Aube dorée (à paraître chez Syllepse). Pour lui, qui enquête depuis des années sur ce sujet, « pendant des décennies, AD était une organisation marginale mais avec ses groupes dans les mécanismes d’État ». Le frère de Nikolaos Michaloliakos, par exemple, était numéro deux dans l’armée grecque sous le gouvernement Karamanlis. L’analyse des résultats obtenus dans les bureaux de vote dévoile qu’un policier sur deux a voté pour AD. De nombreuses vidéos et photos montrent aussi, dans des manifestations, des membres d’AD, entourés par les MAT (CRS grecs), balançant des pierres sur les manifestants. Ce que les autorités s’étaient refusées à prendre en considération jusqu’à la semaine dernière.

Fondateur du magazine Hot Doc, Kostas Vaxevanis souligne : « Le plus grand problème est que le gouvernement et ND flirtent avec leurs idées. Nous savons par exemple qu’Adonis Georgiadis vend des livres antisémites, remettant en cause la Shoah. » Il n’est autre que le ministre de la Santé, depuis juin 2013. Quant à Vyronas Polydoras, cadre de ND, ancien ministre de l’Ordre public et ancien président du Parlement, il a récemment répondu à la question sur une collaboration de son parti avec ND par un éloquent «Bien sûr!»

Néonazis à toutes les échelles  

C’est Yasonas Panagiotopoulos, de la radio Kokkino, qui a révélé l’information. Elle confirme la complicité dont jouit Aube dorée à différentes échelles. Au cours d’un conseil municipal, le maire de Nikea, une ville populaire de la banlieue d’Athènes, propose de suspendre la soupe populaire organisée par AD pour les Grecs seulement. Élu sur la liste de Nouvelle Démocratie, le parti du premier ministre, l’ayant depuis quitté pour rejoindre une petite formation, Nikeos Moneos, un conseiller, refuse et déclare que lui y participera. « Selon nos sources, ce conseiller soutient toujours l’action d’AD lors des conseils », précise le journaliste. 

Fabien Perrier

 

Journal L'Humanité

Manolis Glezos « Une organisation paramilitaire à caractère meurtrier »

Figure de la résistance grecque et député de Syriza, Manolis Glezos, 91 ans, mène un combat contre les fascistes d’Aube dorée.

Envoyé spécial. Que pensez-vous de l’arrestation de dirigeants d’Aube dorée (AD) ?

Manolis Glezos. L’arrestation du chef d’AD et de membres d’une organisation nazie, malgré son manteau politique, ne justifie pas l’inaction, la négligence et la tolérance antérieures. Mieux vaut tard que jamais. Que la justice fonctionne ouvre indubitablement une nouvelle page dans l’histoire de la Grèce.

Que contient le document sur AD que vous avez remis au ministre de l’Intérieur ?

Manolis Glezos. Mes amis les journalistes ne relataient pas les attaques des fascistes contre le peuple grec ou les mouvements sociaux. J’ai donc remis un catalogue les compilant au ministre de l’Intérieur, le seul qui puisse demander au procureur général d’ouvrir des enquêtes. Contrairement à ce qui a été dit, j’ai remis ce catalogue après la mort de Pavlos Fyssas et non il y a un an. Il n’est donc pas exact d’attaquer le ministre sur ce point. Il faut laisser la justice opérer. Car le vrai visage a été révélé : une organisation paramilitaire à caractère meurtrier.

Comment affronter AD ?

Manolis Glezos. À l’intérieur du Parlement, il faudrait former un arc constitutionnel, que d’autres appellent « démocratique ». Au sein de Syriza, nous considérons que les élus d’AD enfreignent la Constitution et les principes démocratiques. Nous devons donc constituer un front antinazi et antifasciste. En 1940, quand les fascistes italiens nous ont attaqués, le peuple grec a lutté uni contre eux, même si nous vivions alors sous une dictature à laquelle une part d’entre nous étaient opposés. Nous devons mener une lutte idéologique contre AD. À ceux qui s’autodéfinissent comme défenseurs de la civilisation ancienne grecque, nous devons démontrer qu’ils la taillent en lambeaux ; à ceux qui s’autodéfinissent comme défenseurs des idéaux chrétiens grecs, qu’ils les crucifient, et à ceux qui s’autodéfinissent comme défenseurs de la société grecque, qu’ils la détruisent. Je ne suis pas favorable à ce que nous déclarions Aube dorée hors la loi. Ce serait une porte ouverte à d’autres mises hors la loi. Ceux qui enfreignent le Code civil sont hors la loi. Eux doivent donc en subir les conséquences pénales. La justice doit alors fonctionner. Quand les députées Liana Kanelli (KKE, PC grec – NDLR) et Rena Dourou (Syriza – NDLR) ont été attaquées sur un plateau de télévision par un député d’Aube dorée, Ilias Kasidiaris, l’immunité parlementaire de celui-ci lui a été enlevée – tardivement, certes. Pourquoi la justice n’a-t-elle pas fonctionné normalement ? Cet exemple, comme d’autres, démontre qu’il y a des gardiens de ces idées dans la justice, la police, l’armée et d’autres corps de l’appareil d’État. C’est aux politiques d’agir.

Comment expliquez-vous la résurgence d’AD ?

Manolis Glezos. Cette force existait depuis des années mais sans se développer véritablement. Elle s’est développée avec la crise. Ceux qui ont créé la crise en Grèce portent la responsabilité de son accroissement. Nous le savons en étudiant l’histoire de l’Occupation : le lumpenprolétariat alimente les situations fascistes. La situation est douloureuse. Certains tentent de mettre au même niveau Syriza et AD. Ils n’y parviennent pas. Nous résistons. Nous disons à tous que la colère du peuple grec est juste mais ne doit pas trouver d’exutoire dans des attaques verbales ou criminelles. Le citoyen doit réfléchir, se mettre en grève, manifester, transformer sa colère en actes politiques.

Fabien Perrier

 

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Dernière modification : 01/10/2013