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J-07/01/2014

 

 

07 janvier 2014

Journal Les Echos

Grèce : le ministre des Finances juge sévèrement le bilan de la troïka

Répondant au questionnaire élaboré par le parlement européen Yannis Stournaras, le ministre grec des Finances dresse un bilan assez sévère des exigences de la troïka des créanciers du pays, Union européenne, BCE et FMI.

« Pourquoi votre pays a-t-il décidé de faire appel à l’aide internationale ? » , « quel rôle a joué votre parlement dans la mise en place du programme ? »,  « Quelle a été votre marge de manoeuvre dans la mise en œuvre des réformes exigées ? » « Quelles ont été vos relations avec les représentant de la troïka ? » enfin, « Etes vous satisfait du résultat du programme ? ». Dans ses réponses au questionnaire qui lui a été adressé par le Parlement européen, parti en guerre en novembre dernier contre les agissements de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, FMI), le ministre grec des Finances essaie de faire la part des choses.

Pas de débat

Yannis Stournaras n’était pas à ce poste au moment où la crise grecque a éclaté en novembre 2009. Il était un économiste indépendant et réputé. Il est donc probablement plus objectif pour admettre que les racines du mal plongent en Grèce dans « un rythme de croissance économique qui ne reposait pas sur des bases soutenables », car il était «  alimenté par la consommation intérieure et financé par l’endettement ». Ce qui met le feu aux poudres, c’est la découverte, par le gouvernement socialiste de George Papandréou lorsqu’il prend le pouvoir fin 2009, d’un déficit public beaucoup plus lourd qu’affiché : 12,5 % du PIB et non pas 3,6 % comme le prétendait l’équipe sortante. Saisis par le doute d’une insolvabilité de la Grèce, les marchés financiers ferment alors en quelques semaine l’accès du pays au crédit et en avril 2010, le gouvernement fait une demande d’aide officielle à l’Union européenne et au FMI qui lui accorderont un premier crédit de 110 milliards d’euros. Le paquet de réformes qui l’accompagne est voté le 4 mai 2010 par le parlement grec dans le cadre d’une procédure d’urgence... c’est à dire sans véritable débat.

« Vu l’incapacité de la Grèce a accéder au marchés financiers, son pouvoir de négociation était faible, de facto ». souligne l’actuel ministre des Finances, Yannis Stournaras qui reconnaît qu’il y a eu des « conflits » et des « divergences d’approches » avec la troïka sur plusieurs aspects du programme.

Un programme d’assistance trop sévère

Le bilan de ces quatre années de réformes menées au pas de charge est jugé « impressionnant » par le ministre. Le pays a entièrement résorbé son déficit public et son déficit extérieur, note t-il. Les réformes structurelles menées en parallèle ont permis de combler partiellement le gap de compétitivité qui s’était creusé pendant les années 2000. Mais « cet ajustement remarquable » s’est fait à un prix économique et social« extrêmement élevé ». Depuis 2009, rappelle- t-il le PIB a été amputé d’environ 25 % et le chômage touche 27 % de la population active, et 57 % des moins de 25 ans. L’économie réelle a du mal à repartir faute de crédit car la confiance n’est toujours pas revenue.

Yannis Stournaras pointe trois erreurs qui sont, selon lui à l’origine de la crise ou ont contribué à l’aggraver : en premier lieu, la zone euro n’a pas diagnostiqué à temps les racine du mal en Grèce et dans le sud de l’Europe , en particulier le creusement des déficits extérieurs » ; ensuite, le premier programme d’assistance en 2010 qui a été lancé «  alors que l’économie grecque était déjà en récession », était trop sévère. «  La Grèce était supposée ramener son déficit public de 13,6 % du PIB en 2009 à un excédent en moins de trois ans » rappelle Stournaras. Ce qui s’est révélé parfaitement irréaliste compte tenu des effets récessifs de l’ajustement budgétaire. De même, la dette devait atteindre un pic de 150 % en 2013. En réalité elle s’est envolée à 175 % l’an dernier en dépit d’une réduction de 100 milliards la dette en 2012.

Parallèlement, les prévisions de la Commission étaient trop optimistes puisque le retour de la croissance était attendu dès 2012... Or en 2013 la Grèce affichait encore une récession de 4 % .Enfin, le calendrier des réformes - retraites, fiscalité, droit du travail- était beaucoup trop court, selon le ministre des Finances : sept mois ont été accordés au gouvernement dans le premier programme d’aide pour mener ces réformes à bien alors qu’ « il aurait fallu  des années ».

Catherine CHATIGNOUX

Journal La Croix

Magazine Le Point

La Grèce, chance de l'Europe !

Pour le Medef, la présidence grecque de l'Europe n'est pas synonyme d'immobilisme, mais porteuse de... beaucoup d'espoirs. Une tribune audacieuse !

Par Loïc Armand (*)

De retour de Grèce où je conduisais la première délégation commune du Medef, de l'Association française des entreprises privées (Afep) et du Cercle de l'industrie auprès du gouvernement d'un pays qui va prendre en charge la présidence de l'Union européenne au 1er semestre 2014, j'aime cultiver les paradoxes. J'en suis convaincu et nous l'avons exprimé d'une seule voix face aux interlocuteurs que nous avons rencontrés : la Grèce est aujourd'hui la chance de l'Europe.

Tout se conjuguerait, en apparence, pour faire de la présidence grecque de l'Union une "petite" présidence : la situation économique encore très difficile que connaît ce pays et qui le met sous la quasi-tutelle de la troïka, le renouvellement en mai du Parlement européen qui limite la période législative utile à trois mois environ, la fin du mandat de la Commission Barroso qui se bornera bientôt à expédier les affaires courantes... Et pourtant, la Grèce peut faire beaucoup mieux !

L'Europe, qui a apporté à nos concitoyens cinquante ans de paix et de prospérité - excusez du peu - mérite beaucoup mieux. La Grèce, qui a offert au monde ce trésor qu'est la démocratie, peut faire beaucoup mieux. La relation d'amitié profonde entre la France et la Grèce, depuis 1821, puis pendant son retour dans la démocratie, lors de son adhésion au marché commun et, enfin, durant la crise financière, exige beaucoup mieux.

La vision de la Commission reste illisible

Il est entendu que la présidence grecque sera "spartiate", l'une des moins dépensières des dernières années. C'est plutôt une bonne nouvelle pour les contribuables. Pas besoin d'être riches pour avoir des idées. Nous avons partagé avec nos interlocuteurs la conviction qui est la nôtre que l'avenir des Européens peut être brillant si seulement ils savent tirer parti de l'extraordinaire conjonction démographique et économique qui fera, dans les quinze ans qui viennent, dans le monde, entrer près d'un milliard de personnes dans les classes moyennes. Notre responsabilité aujourd'hui est de saisir cette opportunité. Nous le devons à nos enfants, que l'on ne peut accepter de laisser vivre moins bien que ce que nous avons vécu.

Au lieu de bâtir sur cet enthousiasme, nos dirigeants restent englués dans la crise. La vision de la Commission européenne, si elle existe, reste illisible par le commun des mortels. Comment voulez-vous croire en l'Europe si elle n'explique pas où l'on va, comment on y va et pourquoi ce sera mieux ainsi pour nous, nos enfants et nos petits-enfants ? Au lieu de tracer les lignes de cet avenir que l'on peut créer radieux, il n'y a pas non plus la moindre trace d'autocritique de la part de ceux, ici ou là, qui ont exercé le pouvoir politique depuis vingt ans. La critique est facile et l'art est difficile, mais quand même !

Nous avons été frappés, lors de ce voyage en Grèce, par la similarité des problèmes de la France et de la Grèce. Il y a certes une différence de degré, mais peu de différences de nature : absence de réformes structurelles, peu de remise en cause des avantages acquis, rigidité réglementaire et sociale et, par-dessus tout, l'effet anesthésiant de l'euro qui a permis à des gouvernements aveugles ou peu courageux de remettre au lendemain ce qu'ils auraient dû faire le jour même. Au moins une décennie de perdue que l'on peine aujourd'hui encore à rattraper. Peut-on se consoler en se disant qu'avec les Grecs et d'autres nous ne fûmes pas les seuls ?

La compétitivité pour seul étalon

Trêve de nostalgie. Il existe une vision dont nous devons nous saisir pour éclairer nos concitoyens et les appeler à faire leur, massivement, l'opportunité des prochaines élections européennes pour réinvestir ce champ de liberté qui n'aurait jamais dû leur échapper. C'est la vision d'un espace de prospérité et de solidarité de 510 millions d'habitants qui a la culture, le savoir-faire, l'expérience nécessaires pour peser dans un monde dont l'équilibre économique a d'ores et déjà basculé. Savent-ils, nos concitoyens, que dans quinze ans le PIB de la Chine sera supérieur à celui des États-Unis ? Savent-ils que la nouvelle "route de la soie" est en train de se tracer entre l'Asie et le continent africain, ce continent d'avenir, notre nouvelle frontière ? Savent-ils que ce n'est pas avec nos petits poings que nous allons lutter seuls contre un bouclier d'airain ? Oui, l'Europe est la seule chance de la France. Voici aussi pourquoi la Grèce est aujourd'hui la chance de l'Europe.

La présidence grecque ne doit pas aborder cette échéance "petit bras", en quémandeuse. Ce n'est d'ailleurs pas la tradition de ce peuple fier. Elle ne doit pas se présenter en petit exécuteur des oeuvres d'une Commission finissante qui, au demeurant, n'a pas totalement démérité dans une situation extraordinairement difficile. Parce qu'il y a urgence, nous, les entreprises françaises, attendons de la présidence grecque qu'elle utilise les trois mois législatifs utiles qui sont devant elle pour accélérer l'adoption des textes essentiels, uniquement ceux qui servent la compétitivité des entreprises européennes, et qu'elle enterre définitivement les autres. La compétitivité doit devenir l'étalon de mesure de toute législation européenne pour les six mois qui viennent et pour les cinq ans du prochain mandat. L'industrie européenne a trop souffert du prisme quasi exclusivement consumériste ou environnemental d'institutions déconnectées des réalités économiques.

Consumérisme et écologie, nouveaux jouets législatifs

Loin de moi l'idée que la satisfaction des consommateurs ou la protection de l'environnement seraient contradictoires avec un développement vraiment durable de nos entreprises. Bien au contraire et nous le prouvons tous les jours ! Là où le compte n'y est pas, en revanche, c'est quand le consumérisme et l'écologie deviennent des jouets législatifs aux mains des ego politiques. Il faut donc introduire un nouvel équilibre et, pour ce faire, privilégier pour un temps la compétitivité. De toutes façons, c'est assez simple, soit nous le faisons, soit c'est le désastre. Nous serions donc "verts", consommateurs mais chômeurs.

La présidence grecque, nous l'avons dit à Athènes, doit appeler à réorienter les politiques communes de l'Union - politique de la concurrence, politique commerciale commune - vers la compétitivité, sans naïveté. Elle doit se prononcer pour une politique de l'énergie équilibrée sur trois pieds : garantir dans le futur une énergie à coût modéré, assurer la sécurité des approvisionnements, sans oublier bien entendu la lutte contre le changement climatique mais sans en faire l'alpha et l'oméga de la politique énergétique. La présidence grecque doit introduire l'idée d'un principe d'innovation qui vienne équilibrer le trop galvaudé principe de précaution dans les choix publics.

Simplification

Enfin et de façon déterminée, la présidence grecque doit exiger l'accélération du chantier de simplification. Trop de textes inutiles, trop de textes qui se superposent. Trop de pays, dont la France, qui crient vive l'Europe tous les matins et détricotent consciencieusement le marché unique dans la journée.

Vaste programme, aurait dit le Général, mais une ambition à la portée de la présidence grecque. C'est une question de volonté. Trois mois de législations utiles. Trois mois de pédagogie sur les idées fondatrices. De quoi redonner à rêver à nos concitoyens et aussi de l'espoir à nos entreprises. La Grèce n'est-elle pas le pays qui a fourni au monde ses plus grands philosophes ?

Vive la Grèce donc, pour que vive l'Europe !

Loïc Armand est président de la commission Europe du Medef.

 

Journal La Tribune

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Dernière modification : 07/01/2014