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J-09/01/2014

 

 

09 janvier 2014

Journal Le Figaro

Journal Les Echos

Journal La Tribune

Avec la fin de l'aide, comment la Grèce va-t-elle se refinancer?

La Grèce doit trouver 14 à 15 milliards d'euros en 2014 et 2015.

Le 1er juillet 2014, la Grèce sortira du plan d'aide. Comment financer son déficit après cette date ? Un plan complexe est actuellement élaboré pour répondre aux besoins en 2014 et 2015.

La Grèce a beau dégagé dès cette année et au prix de mille souffrances un excédent budgétaire primaire, elle n'en est pas moins sortie d'affaire. Précisément parce que cet excédent est… primaire, c'est-à-dire comptabilisé sans prendre en compte le service de la dette. Or, cette dette est immense et continue à grossir. Pour une raison fort simple : c'est que la Grèce a été « sauvée » de la banqueroute en contractant davantage de dettes.

La logique du mémorandum

Lorsque la Grèce s'est en effet retrouvée dans l'impossibilité d'honorer sa dette privée, les Européens et le FMI ont prêté à Athènes les sommes nécessaires à ces remboursements. Charge à la Grèce de rembourser ces emprunts plus tard, lorsque ses comptes publics seront redevenus suffisamment excédentaires et qu'elle pourra seule assurer le refinancement de sa dette. Mais la crise aggravée par la politique violente de réduction du déficit a été telle qu'il a fallu prêter toujours davantage au pays pour combler son déficit. Et même avec deux restructurations de sa dette détenue par des agents privés, la troïka prévoit un niveau de dette de 176 % du PIB cette année.

Une dette qui pèse lourd

Le montant de cette dette pèse ainsi sur les comptes publics grecs et réduit l'impact des mesures de réduction de dépenses. En 2013, par exemple, du fait du service de la dette, l'excédent primaire de 5 milliards d'euros se transformera en déficit final de près de 4 milliards d'euros. Le poids de cette dette maintient l'austérité et réduit le potentiel de croissance du pays. Mais surtout, elle place le pays devant une date couperet : juillet 2014. A cette date, en effet, s'achève officiellement le plan de soutien de l'UE et du FMI. La Grèce devra donc trouver des solutions pour financer sa dette au-delà.

Comment Athènes peut-elle survivre après juillet 2014 ?

Les choix sont limités : la Grèce peut soit demander une nouvelle aide, soit restructurer une nouvelle fois sa dette. Soit mélanger une de ces deux solutions. Les discussions sont actuellement intenses. Chacune de ces solutions présentent en effet des obstacles et des inconvénients.

Demander une nouvelle aide au MES et au FMI serait pour la Grèce une forme de « constat d'échec. » Surtout, ce serait à nouveau reporter le problème de la dette en se pliant à de nouvelles conditions qui pourraient bien freiner une croissance qui, après six ans de récession, sera encore bien trop faible (+0,6 % attendu l'an prochain).

Restructurer la dette ne serait une solution que si l'opération, à la différence des deux précédentes, implique l'ensemble des créanciers, y compris les créanciers « publics » : BCE, MES, Etats européens, Union européenne et la banque allemande publique KfW. Or, Berlin ne veut pas en entendre parler. Et là encore, l'image du pays en souffrirait.

Le choix des expédients

Reste une dernière solution : gagner du temps et vivre d'expédients. C'est sans doute vers cette dernière que l'on se dirige. Le ministre des Finances Yannis Stournaras s'est ainsi dit certain ce mercredi de pouvoir trouver « cette année » un accord avec les créanciers du pays. Mais la solution pourrait être trouvée pour cette année dans une cuisine financière d'urgence. C'est du moins ce qu'avance le quotidien grec Kathimerini de mercredi qui publie la « feuille de route » d'Athènes pour se financer en 2014 et 2015.

Les banques à contribution

Sur ces deux années, la Grèce devrait avoir besoin de 14 à 15 milliards d'euros. L'idée du gouvernement grec est de mettre les banques à contribution. D'abord, en renouvelant les obligations d'Etat que les établissements ont acquis en 2008, ce qui permettrait de réduire les besoins de 4 milliards d'euros. A cela s'ajouterait 3 milliards d'euros normalement destinées à la recapitalisation des banques, mais qui seraient libérés grâce à la mise en place d'un nouveau critère pour le ratio de solvabilité Tier-1.

En théorie, les banques grecques devaient s'assurer d'un ratio Tier-1 de 9 %, soit 1 point de plus que ce qui est demandé au reste de la zone euro. Athènes souhaiterait aligner le ratio grec avec celui du reste de la zone euro, ce qui permettrait de détourner ces 3 milliards d'euros dans les caisses du gouvernement.

Réduction des intérêts

Resterait à trouver 7 à 8 milliards d'euros. Selon Kathimerini, Athènes tenterait de négocier une réduction ou un report des intérêts dus aux créanciers « publics » pour un montant de 3 milliards d'euros. Cette méthode a été souvent utilisée et s'il s'agit d'une restructuration de fait, la sauvegarde du capital donne l'impression d'une sauvegarde des intérêts des créanciers.

Le reste sera levé sur le marché par des emprunts à court terme, segment où la Grèce a toujours été présente et où les taux se sont nettement tassés depuis quelques temps puisque la Grèce emprunte actuellement à 3 et 6 mois autour de 3,5-4 %. Mais Yannis Stournaras a évoqué le retour sur le marché pour une obligation à 5 ans de la Grèce dès la mi-2014. Une perspective plutôt optimiste

Mauvaise volonté de Francfort et Berlin ?

Ce plan doit permettre à Athènes d'éviter de signer un nouveau mémorandum. Mais le faire accepter ne sera pas chose simple. La BCE refuse l'utilisation de l'argent des banques pour renflouer les déficits et la réduction du ratio de solvabilité. En Allemagne, par ailleurs, plusieurs voix, parmi lesquelles celle de Wolfgang Schäuble, plaide pour la poursuite après juillet 2014 du « suivi » du pays. Athènes devra également compter avec la défiance européenne…

Romaric Godin  

 

Magazine Le Point

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Dernière modification : 09/01/2014