Accueil Actualités Communiqués Politique Etrangère Evénements culturels La Grèce en France Grèce Xenios Médias Olympisme Contactez-nous

J-14/01/2014

 

 

14 janvier 2014

Journal Le Monde

«Comme des lions de pierre à l'entrée de la nuit» : rééducation politique et poésie dans la Grèce de l'après-guerre

Entre 1946 et 1949, alors que la guerre froide jetait son glacis sur le monde, la Grèce sombrait dans la guerre civile. De violents combats opposaient les forces communistes, qui avaient organisé la résistance au nazisme pendant la seconde guerre mondiale, au gouvernement, de droite, que soutenaient la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Cherchant à éradiquer les sympathies communistes dans la population, le pouvoir politique a fait déporter, entre 1947 et 1950, quelque 80 000 personnes sur la petite île de Makronissos, transformée pour les besoins de la cause droitière en camp de rééducation politique.

Coupés du monde, soumis à une discipline de fer, à des tortures physiques et psychologiques, les prisonniers étaient harcelés par des militaires jusqu'à ce qu'ils acceptent de renier leurs convictions. Réalisateur d'Au loin les villages, un documentaire tourné au Tchad dans un camp de survivants de la guerre du Darfour, Olivier Zuchuat a découvert cette histoire en tombant sur les poèmes retrouvés à Makronissos. Yannis Ritsos les avait écrits pendant son internement, consignés dans des bouteilles et enterrés pour les soustraire aux fouilles.

DES TEXTES DE POÈTES D'UN LYRISME POIGNANT

Il s'est ensuite rendu sur cette île caillouteuse, désormais déserte, battue par le vent, a filmé dans de patients plans-séquences les ruines de ce camp que les militants du parti néo-nazi de l'Aube dorée appellent aujourd'hui à remettre en activité. Au son, le bruit de la mer et du vent se fond dans les lectures des textes de Ritsos et de deux autres poètes, Tassos Livaditis et Maneleos Loudemis, qui comme lui, trouvèrent dans l'écriture la force de ne pas plier. Aucun d'eux ne signa la déclaration de repentance que les militaires voulaient qu'ils endossent.

La force brute de ces textes, leur lyrisme poignant contrastent avec les messages de propagande que diffusaient les haut-parleurs du camp, que le cinéaste intègre également à sa bande-son, et dont la froide imbécillité évoque les grands fantasmes de la littérature de science-fiction. Bel hommage à la force de résistance des militants révolutionnaires, et aux puissances de l'art et de l'écrit, ce documentaire puise sa force dans cet épisode historique sidérant dont la mémoire s'est quelque peu estompée. On regrette, du coup, que le réalisateur ait adopté, pour l'évoquer, un parti pris si formaliste. Un travail de contextualisation plus substantiel aurait permis d'en mieux apprécier la valeur.

Isabelle Regnier

 

page précédente

 

Envoyez un courrier électronique à grinfoamb.paris@wanadoo.fr pour toute question 

ou remarque concernant ce site Web 

Copyright ©Ambassade de Grèce - Bureau de Presse et de Communication, Paris, 1999

Conception : Georges Bounas - Réalisation : Marie Schoina

Dernière modification : 14/01/2014