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J-16/01/2014

 

 

16 janvier 2014

Journal Le Figaro

Journal Le Figaro

Journal International New York Times

Econostrum

La terre promise des agriculteurs grecs

20 000 Grecs ont déjà bénéficié des programmes d'aide pour le retour à la terre. Entretien exclusif avec Athanassios Tsaftaris, ministre grec de l'Agriculture.

econostrum.info : De plus en plus de Grecs effectuent un retour à la terre. N'arrivant pas à vivre décemment en ville, ils partent dans les campagnes. Comment votre ministère s'adapte-t-il à cet exode rural ?
 
Athanssios Tsaftaris: Avec ou sans crise, nous voulions que les Grecs retournent à la terre, à l’agriculture, car tant en Grèce que dans toute l’Europe la population agricole vieillit. C‘est ce qui motive nos politiques. Nous comptons dépenser beaucoup d’argent pour favoriser et aider ce retour notamment via la politique agricole commune.

Deux cas nous intéresse. D'abord le jeune agriculteur. Il peut être âgé de plus de 50 ans ou moins mais est jeune dans le sens où‘il n’a jamais touché à l’agriculture. Il n’y connaît rien, mais la crise l'a obligé à quitter son travail. Il peut s’agir d’un électricien, d’un ancien fonctionnaire, de n’importe qui plaçant ses espoirs dans le terre pour s’en sortir. Ensuite, celui de l'agriculteur déjà dans le métier.
Nous avons conçu des programme pour améliorer le sort de ces derniers et aider les nouvelles exploitations agricoles.
 
Quelle était la cible ?
 
Notre cible reste d'abord de maintenir en province les agriculteurs. Nous avons eu 7 700 demandes d’éleveurs, d’agriculteurs et autres catégories, des citoyens déjà sur place et qui voulaient monter leurs propres exploitations. Qu’il s’agisse d’une serre, d’une étable, d’une augmentation de bétail ou de cheptel. Nous avons ainsi contribué à ce que des agriculteurs en difficulté ne grossissent pas les rangs des chômeurs.
50% du financement provient de l'Union européenne, 30% des banques et 20% concerne l'apport de chaque demandeur.
Mais comme nous étions conscients que beaucoup d’entre eux n’avait pas cette somme, nous les avons aidé par une lettre de garantie de façon pour qu’ils puissent bénéficier de l’avance financière du programme.

Par ailleurs, nous avons crée une caisse d’action agricole et avons fait un appel d’offres aux banques. Huit ont participé et celle qui a donné le taux le plus bas taux d’intérêt pour l’agriculteur, soit 3,7%, a emporté le marché.

La taille de l’investissement varie en fonction du champ d’action. Celui qui veut exploiter des grandes serres aura un prêt plus important que celui qui veut cultiver 20 stremmes (2 ha) de céréales ou juste augmenter son cheptel.
 
Au citadin désireux de devenir agriculteur, nous donnons de la terre appartenant à l’État. Mais, ce programme demeure réservé uniquement à ceux qui disposent de connaissances en la matière. Soit qu’ils aient fait l’école d’agriculture ou qu’ils soient vétérinaires ou gardes forestiers. Bref, il faut qu’ils présentent un diplôme en rapport avec l’agriculture ou les animaux.
Nous avons estimé que ces personnes diplômées pouvaient immédiatement être productives. Nous donnons donc à ceux qui en font la demande 25 000 m². Si plusieurs personnes se regroupent, nous donnons plus de terres. L'important reste leur savoir-faire. Si une coopérative se crée, nous pouvons offrir la terre sous forme de baux à long terme pour vingt ans.

Favoriser les cultures à haute teneur en protéines

Une prime de 15 000 € pour s'installer en plaine 

Quelle est la viabilité et la rentabilité de ces étendues ?
 
Nous attirons leur attention sur les produits disposant d'un bon rendement et les terres données s'avèrent suffisantes pour qu’ils en vivent.
N’oubliez pas, ces personnes là sont des scientifiques, ils bénéficient d'un savoir-faire et sont capables de dire quel nouvel arbre, quelle plante aromatique il faut cultiver pour assurer un bon rendement.
 
Donnez-vous des directives spécifiques ?
 
Certains cultures ont beaucoup d’avenir comme le blé sans gluten, ou les céréales utilisés par les brasseries. Nous associons les industries, qui, elles aussi, recherchent des produits nouveaux, qui plaisent aux consommateurs dans la bière. Elles peuvent, par exemple, demander une espèce de blé bien spécifique. Idem avec l’industrie du tabac ou les plants à haute teneur en protéines pour le fourrage.
Tout ceci est très intéressant car, dans les nouveaux programmes agricoles européens, beaucoup d’argent sera donné pour défendre les cultures à haute teneur en protéines. Toute l’Europe dépend du soja américain pour nourrir ses animaux, et tous les ministres européens ont décidé de dépenser une grande partie des sommes mises à notre disposition pour défendre ces plantes protéinées.

Depuis 32 ans, 4 400 scientifiques diplômés ont rejoint ce programme. Pour le pays, c’est capital car c’est un moyen de garder ces scientifiques et éviter qu'ils ne partent pas à l’étranger.

Nous avons, par ailleurs, malgré nos difficultés, pu embaucher environ 400 chercheurs et scientifiques qui doivent travailler sur les conséquences des changements climatiques pour l’agriculture.

Nous menons également deux autres programmes pour les jeunes. L'un, « Start up money », s'adresse à ceux voulant démarrer une entreprise à la campagne. Ils bénéficient pour s'installer d'une prime de 20 000 € s'ils vont en montagne, 17 500 € sur une île, et 15 000 € dans une plaine.

Là, nous ne parlons pas de scientifiques ! Mais, un petit supplément est prévu s'ils disposent de quelques connaissances en agriculture. Nous suivons leur évolution et si ça marche, nous continuons à les soutenir.

Ceux qui veulent s'improviser agriculteurs doivent d'abord passer avant d'obtenir une aide financière. Ce dernier programme rencontre un franc succès. 12 000 personnes y ont déjà participé et 6 000 autres ont fait des demandes.
Ils se sont engagés pour cinq ans à vivre à la campagne de leur exploitation agricole. Dès que nous recevrons plus de financement de l’UE, d’autres viendront rejoindre ces programmes.

Nous en sommes particulièrement fiers car, ces nouveaux agriculteurs sont des gens diplômés parlant plusieurs langues, maniant internet. Ils savent mieux que personne l’importance de la qualité d’un produit pour le commercialiser en Europe.

L'agrotourisme en point de mire

Notre stratégie est de partir de l’agriculture low cost pour aller vers une agriculture de haute qualité. Ne pas produire en grande quantité mais jouer l'excellence. Et nous pensons que la diversité de ces produits de haute qualité peut devenir un atout et aider le pays. Et ça marche !
Les exportations des produits agricoles ont augmenté de 12% en 2013 et sur les dix produits que la Grèce exporte le plus, cinq sont agricoles : l’huile, l’olive (de table), le poisson d’élevage, le fromage "Feta" et les vins.

La Grèce exporte également du tabac et du coton, elle est même le premier producteur de coton en Europe.

Les infrastructures suivent-elles ce retour à la terre ?

Nous effectuons beaucoup d'efforts sur les réseaux routiers pour que les produits puissent être transportés rapidement à destination. Nous renforçons également l’installation de réseaux internet sur tout le territoire national, y compris dans les villages les plus reculés. 40% du pays ne dispose pas encore de connections internet rapide. Nous tentons aussi de favoriser l'implantation d'unités de transformation sur les lieux de production.

Enfin, nous essayons de lier tous nos produits agricoles locaux à l’agrotourisme. Et comme le tourisme marche bien en Grèce, l'associer à l’agriculture, à la gastronomie, à toutes les bonnes choses que produit notre terre, aidera l’agriculture. Et vice versa, l’agriculture peut aussi aider le tourisme.Un retour à la terre réussi

L'île d'Ikaria, toute en longueur, est connue pour deux choses : elle recense le plus grand nombre au km² de centenaires en Grèce et ses légendaires fêtes des villages durent plus de trois jours.

Perdue dans le nord-est de la mer Égée, pas très ouverte au tourisme, mais avec des villages aux maisons de pierres magnifiques et des randonnées inoubliables, c'est l'île de Damaskini, presque 50 ans, les mains rugueuses à force de cueillir les herbes des montagnes, le cheveux rebelle d’une couleur indécise, les yeux rieurs et la voix cassée à force de trop fumer.

Damaskini est resplendissante. Elle ne l’a pas toujours été.

Voici deux ans elle était directrice d’une crèche dans une banlieue d’Athènes et comme elle n’arrivait pas à joindre les deux bouts, le soir, anonymement, la peur au ventre car c'était illégal, elle servait dans le bar d’un ami. « Je me levais, je me couchais avec une seule idée en tête: l’argent, comment m’en sortir, je ne pensais qu’à mes problèmes. J’étouffais. »
Contre l’avis de sa famille, elle lève camp, en direction de son île natale, Ikaria. Avec un enfant mineur, la loi lui donnait encore le droit de  prendre sa retraite anticipée. Son fils, en première à l’époque, l’a suit.

« Je lui ai laissé le choix, il a préféré tenter lui aussi l’aventure plutôt que rester à se morfondre à Athènes. »

A l‘époque, voici un an, elle n’était pas certaine de faire le bon choix pour lui, mais quand un jour, en pleine année scolaire, il est rentré du lycée en disant  « maman, de la fenêtre de l’école j’ai  l’impression de voir des tableaux de peinture tellement c’est  beau! » ses doutes se sont envolés. 
Pourtant l’hiver à Ikaria n’est pas facile. Certes, elle n’a plus de loyer à payer mais si la maison paternelle est rustique et agréable, elle est sans confort superflu. On se chauffe au bois qu’il faut aller chercher.

Damaskini achète son tabac, du riz, du café, de la farine et du savon, « tout le reste je le fais» dit elle avec une pointe de fierté, « la terre peut tout te donner si tu te donnes la peine de la cultiver. »
Elle dispose de son potager, son verger pour les légumes et les fruits, sa biquette pour le lait et le fromage, et ses poules pour la viande et les œufs. Ses 800 € de retraite font le reste.
Jusque là, à sa grande surprise, elle s’en est plutôt bien sortie. Sa nouvelle vie lui plait. Elle arrive à faire de beaux fromages. Le troc avec ses voisins marche bien.
Et alors qu'à Athènes elle n'avait pas les moyens de s'offrir la moindre sortie, à Ikaria elle va avec son fils deux fois par semaine au cinéma, au ciné club de la mairie et à celui de l'école de son fils. « En un an, j'ai vu tous les films que j'ai loupé à Athènes » dit elle en riant. Certes elle a encore du mal à amener la biquette au bouc mais dans l’ensemble, elle est devenue une fermière respectable et respectée.

En fait les problèmes vont commencer maintenant quand le prêt contracté lorsqu’elle était fonctionnaire va commencer à courir, « 300 € par mois, en plus des nouveaux impôts et taxes, cela ne va tout simplement plus être tenable » dit elle «je n’ai pas pris un prêt au dessus de mes moyens » s’emporte t elle «il était en fonction de mon salaire de l’époque, de presque 1 700 €. Personne ne nous avait dit que tout le pays vivait à crédit, personne ne pouvait s’imaginer qu’on allait nous réduire nos salaires et nos retraites de moitié ! ». 
Damaskini redoute, comme une grande partie des Grecs, que la levée de l’interdiction des saisies des résidences principales en cas de dettes envers l’État, loi qui doit être votée en janvier 2014, ne mette en péril son nouvel équilibre.
 
Elle doit donc trouver de nouvelles ressources et c’est sur l’ouverture de l’île au tourisme qu’elle mise : « beaucoup de jeunes reviennent au pays. Ils ont pleins d’idées et des connaissances. Nous avons un hiver pour préparer la saison. Nous allons y arriver car nous n'avons pas le choix. Et puis vous savez c'est a Ikaria que vous trouverez le plus beau coucher de soleil, encore plus beau que celui de Santorin! Ce serait dommage de ne pas le partager. » 

Thomas Iacobi, à ATHENES

 

Journal Le Monde

Le projet de « semaine blanche » qui divise la Grèce

Le ministère grec de l'éducation se dit plutôt favorable à l'idée d'instituer, non pas une semaine complète de congés supplémentaire en hiver, mais "deux jours autour d'un long week-end férié, en échange d'un effort de l'industrie hôtelière sur les tarifs et les prestations". | AP/Dimitri Messinis

Le ministre grec de l'éducation, Konstantinos Arvanitopoulos devrait se prononcer, vendredi 17 janvier, sur la proposition de la Fédération hellénique des hôtels (POX) d'instituer une semaine supplémentaire de vacances en hiver, appelée « semaine blanche », pour redynamiser l'industrie hôtelière de montagne.

Plutôt favorable à cette proposition, également défendue par le ministère du tourisme, M. Arvanitopoulos a pris un peu de temps pour examiner tous les aspects de la question avant de trancher. Il faut dire que l'idée de Yiannis Rétsos, le président de la POX, a déclenché en Grèce un débat aussi vif qu'inattendu.

« Plutôt qu'une semaine complète, nous serions plutôt pour ajouter deux jours de congés autour d'un long week-end férié et en échange d'un effort de l'industrie hôtelière sur leurs tarifs et leurs prestations », explique une source au sein du ministère de l'éducation.

M. Rétsos était pourtant sûr de tenir le bon moyen de relancer le tourisme domestique en chute libre depuis le début de la crise en 2009. « La Grèce continentale et ses montagnes, peu exposées aux visiteurs étrangers, souffrent atrocement de la crise. Nous estimons que mettre en place un temps de vacances supplémentaire permettrait de changer cette tendance », affirme-t-il, sans pour autant préciser le montant des retombées économiques escomptées.

« L'éducation n'a pas à répondre aux impératifs financiers de groupes industriels », s'indigne de son côté Thémis Kotsifakis, président de la Fédération des enseignants du secondaire (OLME), soutenu très largement par les associations de parents d'élèves.

« LA RÉALITÉ, C'EST LA CHUTE DU NIVEAU DE VIE »

L'argument d'un tourisme social ne semble pas convaincre les opposants à la mesure. « On veut nous faire croire que les familles ne partent pas en vacances d'hiver faute de temps, mais la réalité c'est que les Grecs ne peuvent pas se permettre même un week-end de vacances (…) du fait de la chute de leur niveau de vie ces dernières années », répond Thémis Kotsifakis.

Avec un taux de chômage à près de 28 % de la population active et une baisse du niveau de vie moyen de 38 % en trois ans, une majorité de Grecs ont en effet coupé drastiquement dans leur budget vacances.

« Mes parents n'auraient certainement pas les moyens de m'envoyer au ski », soutient Dimitris K., jeune lycéen dans un établissement du quartier populaire de Kératsini dans la banlieue d'Athènes. Et sa mère d'ajouter : « Je travaille, alors qui gardera ma fille de 12 ans toute la journée ? »

Dans les centres de ski aussi la proposition est accueillie avec circonspection. « Ceux qui peuvent financer des vacances au ski viennent déjà durant le week-end férié dont ils parlent. Alors, oui, ils resteront deux jours de plus mais cela ne changera pas vraiment la donne », explique Christos Pappas de la Fédération des centres de ski grecs.

« Notre idée, ajoute-t-il, serait plutôt que le ministère de l'éducation subventionne, à l'instar de ce qui se passe ailleurs en Europe, des classes de ski durant la période scolaire afin que les élèves découvrent la montagne mais de manière plus abordable pour tous. » De quoi remplir pendant les jours de semaine des complexes qui, en Grèce, ne font le plein que le week-end.

Mais en plein effort de restriction des dépenses de l'état, on voit mal le ministère de l'éducation financer ce type de programme.

A priori anecdotique, la proposition de la Fédération hôtelière appuie au final là où de nombreux Grecs ont mal, dans une société où les écarts sociaux ne cessent de se creuser et ou toute mesure suspectée de favoriser les plus privilégiés est par défaut rejetée.

Adéa Guillot

(Athènes, correspondance)

 

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Dernière modification : 16/01/2014