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J-29/01/2014

 

 

29 janvier 2014

Journal International New York Times

Journal La Tribune

"L'Europe, comme la Grèce, est en phase de transition"

Dimitris Kourkoulas, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères grec, fait le point sur les ambitions de la présidence grecque de l'UE.

Comment jugez-vous l'état de la Grèce au moment où elle prend la présidence tournante de l'UE ?

Le pays est dans une période transitoire. Nous connaissons la fin d'une très lourde crise qui laissera des dégâts économiques et sociaux. Mais les finances publiques ont été assainies dans un temps record : Eurostat devrait confirmer en avril notre excédent primaire pour 2013 et nous prévoyons un excédent plus important en 2014. Nous avons aussi réalisé des réformes structurelles qui nous ont permis de récupérer 80 % de la compétitivité perdue après l'entrée du pays dans la zone euro. Nos exportations progressent, le tourisme aussi. Les investisseurs étrangers retrouvent de l'intérêt pour le pays depuis que plus personne ne parle de sortie de la Grèce de la zone euro.

Que peut apporter ce pays « en transition » à l'Europe lors de sa présidence ?

Je crois que toute l'Union européenne est aujourd'hui en phase de transition et nous allons devoir faire face à des élections européennes très difficiles. En ceci, je pense que la Grèce, qui a été l'épicentre de la crise économique et financière de la zone euro, a des atouts pour gérer la situation. Plus qu'aucun autre pays, elle a appris des leçons utiles au reste de l'Europe.

Précisément, la Grèce connaît actuellement une poussée eurosceptique, de gauche comme de droite. Pensez-vous pouvoir freiner la montée de ces mouvements dans le reste de l'Europe ?

Notre objectif est de renverser la tendance, mais nous ne pouvons pas prétendre évidemment, l'atteindre seuls. Nous voulons pourtant rappeler le grand succès de l'intégration européenne. Certes, l'UE n'était pas bien armée pour faire face à la crise. Mais ce n'est pas une raison pour détruire l'édifice.

Je veux insister sur l'importance de ce vote sur l'avenir de l'Europe, compte tenu des compétences plus importantes du parlement dans le processus législatif. On peut critiquer l'Europe, mais il faut le faire de façon positive.

Quelles sont les priorités de la présidence grecque ?

Nous avons défini quatre priorités. La première, c'est la croissance et l'emploi. Nous voulons notamment lancer un débat sur la politique industrielle de l'Europe. La seconde, c'est la politique migratoire. Nous voulons introduire une approche globale, plus communautaire, de la politique d'immigration. C'est l'intérêt de tous les Etats. Nous souhaitons notamment une politique plus active de l'UE dans les pays d'origine et de transits des flux migratoires pour combattre les réseaux. Notre troisième priorité, c'est la politique maritime que nous voulons relier à la politique de sécurité et à la politique énergétique. Enfin, notre grande tâche, ce sera la finalisation de l'union bancaire.

Sur ce point, pensez-vous venir à bout de la résistance du parlement européen ?

Le parlement est plus ambitieux que le conseil européen sur le mécanisme de résolution bancaire. Il entend aussi défendre la méthode communautaire et donner l'initiative de la résolution à la commission. Les positions apparaissent lointaines, mais tout le monde est convaincu qu'il faut trouver une solution avant les élections européennes. Il y a une volonté politique de faire avancer cette union bancaire. L'enjeu est important. La croissance ne reviendra que si la confiance est là et l'union bancaire est un élément important de cette confiance.

Que pensez-vous de la proposition allemande de changer les traités pour établir des « contrats de compétitivité » ?

Je ne suis pas sûr qu'une modification des traités soit la bonne méthode pour mettre en place ces contrats qui ne seront pas conclu durant cette présidence. Je pense qu'il faut également donner à ces contrats une dimension sociale. La stabilisation économique est importante, mais il ne faut pas négliger l'aspect social.

La Grèce va devoir négocier les conditions de financement de sa dette après la fin du plan de sauvetage en juillet. Ces négociations ne risquent-elles pas d'influencer les actions de la présidence grecque et de jouer sur la crédibilité de cette présidence ?

Nous avons pris soin d'isoler parfaitement notre action dans le cadre des négociations actuelles et futures avec la troïka et celle liée à la présidence. C'est une condition de notre crédibilité. Du reste, nous ne sommes plus dans la phase initiale de la crise. A présent, nous avons prouvé notre capacité à faire d'énormes progrès. Nous avons rétabli l'équilibre primaire du budget en six ans avec une période de récession forte. C'est un élément important de notre crédibilité. Mais il est vrai que nous voulons utiliser notre présidence pour améliorer encore notre image et renforcer l'égalité institutionnelle entre « grands » et « petits » pays de l'UE qui a été mise à mal par la crise.

Précisément, comment jugez-vous la volonté de François Hollande de relancer le « moteur franco-allemand » ?

C'est positif, car c'est le seul moyen de relancer réellement l'Europe. A mon sens, ce n'est pas exclusif d'une participation des autres pays : sans la coopération franco-allemande, rien ne peut se faire.

Allez-vous utiliser votre présidence pour débloquer la situation avec l'ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM) et accélérer son intégration européenne ?

La Grèce est très favorable à l'élargissement dans les Balkans occidentales, c'est dans son intérêt naturel. Nous avions été initiateurs du mouvement en 2003. L'entrée dans l'UE de la Croatie est un succès, ainsi que l'ouverture officielle des négociations avec la Serbie. Concernant l'ARYM, nous avons fait une proposition : ajouter un simple adjectif géographique au nom de ce pays afin de le distinguer de la région grecque. Nous respectons l'identité de ce pays, il doit respecter la notre. Notre position est très flexible, mais le pouvoir politique de Skopje n'a pas profiter de ces ouvertures, bien au contraire.

Comment voyez-vous à moyen terme l'économie grecque ?

La Grèce continue à être le pays le plus prospère de la région, de loin. La crise est venue de son secteur public. Le secteur privé grec a toujours été très compétitif, même les banques. C'est la dette publique qui les a plongées dans la crise. Nous conservons notre savoir-faire et nos structures et nous engageons une réorientation de notre production vers l'étranger. Nous devons regarder vers la Turquie et la Russie. Nous avons des compétences reconnues dans les télécoms ou la technologie, par exemple. Le tourisme, qui pèse 15 % de notre PIB, offre des perspectives de croissance importantes.

La condition de notre succès, c'est la stabilité politique. Et c'est évidemment un défi, car il existe un décalage entre la baisse du chômage et la reprise économique. Mais je suis confiant. j'ai espoir que les Grecs ne voudront pas gaspiller ce qui a été acquis avec tant de peine.

Propos recueillis par Romaric Godin et Robert Jules

 

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Dernière modification : 30/01/2014