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J-10/06/2014

 

 

10 juin 2014

Journal Le Monde (daté du 11/06/2014)

Journal La Tribune

Les (impossibles) défis du nouveau ministre grec des Finances

Le premier ministre hellénique Antonis Samaras a remanié son gouvernement et a choisi un "expert" comme ministre de l'intérieur. Sa tâche sera difficile.

La Grèce a un nouveau ministre des Finances. Le premier ministre Antonis Samaras a procédé ce mardi 10 juin à un remaniement ministériel dont l'élément le plus notable est la nomination de Gikas Hardouvelis au poste de ministre des Finances en remplacement de Ioannis Stournaras qui sera sans doute le prochain gouverneur de la banque centrale grecque. Si le remaniement n'était pas une surprise en soi, la nomination de cet économiste de 58 ans a pris de court tout le monde, car son nom ne figurait pas dans ceux qui étaient habituellement cités.

Gages aux créanciers

Gikas Hardouvelis est très clairement un gage donné aux créanciers de la Grèce et à Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, qui, la semaine passée, avait sommé la Grèce « de ne pas se relâcher. » L'homme est d'abord membre d'aucun parti politique, ce qui est un gage pour la troïka qui apprécie davantage les « experts » que les politiques. Il a cependant de l'expérience puisqu'il a dirigé le bureau économique de deux premiers ministres : Kostas Simitis de 2000 à 2004 et Lukas Papadopoulos de 2011 à 2012. Il connaît donc bien la troïka avec qui il a alors travaillé. Enfin, en tant que chef économiste d'Eurobank, une banque grecque sauvée par les fonds du MES, il réclamait voici encore quelques jours « plus de réformes. »

Syriza critique cette nomination

Sur le plan politique, cette nomination a été mal perçue par l'opposition, notamment Syriza, la coalition de la gauche radicale, qui a accusé Antonis Samaras de ne pas « prendre en compte le message des élections européennes » où la formation d'Alexis Tsipras était arrivée en tête du scrutin. Par ailleurs, Gikas Hardouvelis était au bureau économique de Kostas Simitis durant la période de négociation d'entrée de la Grèce dans la zone euro et donc, au moment du « maquillage » des comptes publics grecs.

Convaincre la troïka

En attendant, l'agenda du nouveau ministre va être bien rempli. Dès le 19 juin, il sera à Bruxelles pour une réunion de l'Eurogroupe qui s'annonce tendue. La Grèce réclamera le versement de la prochaine tranche d'aide d'un milliard d'euros qui ne devrait pas lui être versée puisque la troïka estime que les « actions prioritaires n'ont pas été menées. » La troïka sera de retour à Athènes en juin et devrait ne pas se satisfaire des « bons » chiffres de l'excédent primaire grec lors des quatre premiers mois. Athènes doit dégager en 2014 un excédent primaire de 1,5 % du PIB. Le gouvernement estime pouvoir atteindre 2,3 % du PIB. Ce n'est pas l'avis de la troïka et ce n'était pas davantage celui de l'équipe d'Eurobank qui estimait que les recettes de l'État étaient en dessous des objectifs.

Réformer les retraites

Résultat : la troïka souhaiterait imposer à la Grèce une réforme des retraites qui viserait à fusionner tous les régimes supplémentaires de la fonction publique dans le régime général du secteur privé. Sans cette réforme, pas de nouveau versement du MES. Or, une telle décision sera très difficile à accepter pour un gouvernement qui a promis de ne plus pratiquer de nouvelles mesures d'austérité.

Restructurer la dette

La question de la « sortie du programme d'aide » risque donc d'être difficile pour le ministre de l'économie. D'autant que le poids de la dette publique (179 % du PIB) reste insupportable pour le budget de l'Etat. Gikas Hardouvelis devra également mettre sur la table la question d'une nouvelle restructuration de la dette grecque. C'est un serpent de mer qui revient régulièrement depuis la dernière coupe en 2012, mais qui semble une condition sine qua non pour que le gouvernement puisse sortir du programme et regagner un peu de marge de manœuvre avant les élections de 2016. Pour le moment, Athènes se contenterait d'un allongement de la maturité des prêts accordés par l'UE et le FESF à 50 ans. Mais à Berlin, on ne veut toujours pas en entendre parler. Rien ne pourra donc se faire au minimum sans la réforme des retraites.

Retrouver une vraie croissance

Mais le plus gros morceau qui attend le nouveau ministre des Finances ce sera le retour à la croissance. La Commission européenne et le gouvernement prévoit une croissance en 2014 de 0,6 %. Au premier trimestre, le PIB a affiché un recul de 0,9 % sur un an, le meilleur chiffre depuis début 2010. En réalité, l'économie grecque demeure à l'arrêt et son seul moteur est le tourisme. La croissance ne serait donc due qu'à une bonne saison touristique prévue. Mais pour le reste, la situation demeure des plus préoccupantes. En tout, depuis le troisième trimestre 2008, le PIB a reculé de 25,6 % et le chômage est encore à 26,8 % de la population active. La production industrielle a reculé de 30 % par rapport à 2005 et sa baisse a atteint 2,2 % en avril sur un an. Une telle situation laisse évidemment des traces : les ressorts de la consommation et de l'investissement sont faibles. On assiste donc surtout à une stabilisation à un niveau très bas.

Eviter la déflation

Une stabilisation qui est menacée par la déflation. En mai, les prix ont encore reculé de 2 % sur un an contre 1,3 % en avril. Certes, il s'agit là surtout d'un ajustement compte tenu de la baisse du niveau de vie, mais c'est aussi une pression pour les entreprises qui réduit leur capacité à reconstituer leurs marges. A terme, si l'austérité est renforcée, l'économie grecque pourrait bien peiner à retrouver une croissance de plus de 2 % comme Bruxelles le promet à partir de 2015. Pour le nouveau ministre des Finances, le numéro d'équilibriste entre réforme et conjoncture pourrait être impossible à réaliser.

Romaric Godin

 

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Dernière modification : 10/06/2014