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J-18/06/2014

 

 

18 juin 2014

Journal Le Figaro

Journal Libération

Journal Libération

Journal La Croix

« Xenia », portrait déjanté d’une Grèce déchirée

Flirtant avec l’extravagance de l’Espagnol Pedro Almodovar, cette comédie grecque survoltée souligne les contradictions d’une société de plus en plus tentée par le repli et l’intolérance.

XENIA** Panos H. Koutras, Film franco-belgo-grec, 2 h 08

Présenté en section Un Certain Regard lors du dernier festival de Cannes, cette comédie déjantée, sensible et touchante, témoigne de la vitalité du cinéma grec disposant de maigres moyens mais porteur de belles promesses.

Xenia met en scène deux frères qui, à la mort de leur mère, chanteuse de cabaret d’origine albanaise, se mettent en tête de retrouver leur père biologique, grâce à qui ils pourraient obtenir la nationalité grecque et espérer entrer de plain-pied dans leurs vies d’adultes.

Le plus jeune, Dany, ado exalté à l’homosexualité affichée avec exubérance, pousse son aîné Odysseas à abandonner son travail et à l’accompagner dans une traversée du pays, émaillée d’aventures plus ou moins cocasses ou inquiétantes.

Ce road-movie à pied offre l’occasion au cinéaste d’esquisser à petits traits légers mais vifs, le portrait d’une Grèce contemporaine désargentée, désorientée, dont les traditions d’accueil sont combattues par une extrême droite violente, adepte de ratonnades aveugles. Le terme « xenia », retenu en titre par Panos H. Koutras, fait d’ailleurs référence à une très ancienne coutume d’hospitalité, profondément enracinée dans la culture hellène.

Cet amer constat est contrebalancé par l’énergie de cette œuvre folle, généreuse, bavarde, tentée par l’extravagance almodovarienne, vivifiée par les succès « seventies » de la chanteuse italienne Patty Pravo… Vecteur de ce débordement quelque peu foutraque et survolté, le jeune comédien Kostas Nikouli, dont c’est le premier rôle au cinéma, signe une prestation mémorable.

ARNAUD SCHWARTZ

 

Magazine Le Nouvel Observateur

Panos H. Koutras : "Nos pères sont responsables du chaos d’aujourd’hui"

Avec "Xenia", Panos H. Koutras, trublion élevé entre Athènes, Londres et Paris, plonge dans le volcan d’une Grèce en crise. Interview.

"Xenia" retrace le voyage initiatique de Dany et Odysseas, deux frères de 16 et 18 ans, nés d’une mère albanaise et en quête du père grec qui ne les a jamais reconnus. Accessoirement, le plus jeune, homosexuel, convainc l’autre de participer à la "Greek Star", la "Nouvelle Star" locale. Sur leur chemin, semé de séquences oniriques, ils éprouveront la réalité d’un pays dont la crise économique exacerbe les démons : sort fait aux migrants, violences fascistes, etc. Sous l’amertume du constat, Panos H. Koutras signe un film optimiste balisé de flamboyance et de chansons de cabaret. Entretien avec le Pedro Almodóvar grec.

Comment vous définissez-vous ?
Panos H. Koutras. Comme un activiste gay et un artiste de gauche, même si la gauche n’applique plus, nulle part en Europe, le programme dont je rêvais étudiant. Ma culture est une culture queer. Il faut lire l’œuvre de Proust ou d’Oscar Wilde, voir les films de Fassbinder ou de Visconti avec leur dimension homosexuelle. La Grèce m’apparaît comme un pays homophobe, en apparence plus cool mais plus hypocrite que les autres. Aucun Grec ne reconnaîtra jamais qu’un athlète puisse être gay ou un médecin lesbienne. On n’évoque jamais ces sujets-là. Moi, je ne fais que ça. Dany, le benjamin, Peter Pan animé d’une vraie soif de revanche, se prostitue gentiment. J’ai tenu le rôle du client. A la fois par souci de simplicité et désir de m’impliquer.

Pourquoi souhaitiez-vous évoquer l’immigration ?
La loi du sang en vigueur dénie à ces adolescents le droit d’obtenir la nationalité grecque. Chez nous, ils sont aujourd’hui 200 000 enfants de la deuxième génération à la merci d’une expulsion. Les bateaux de Lampedusa que nous regardons bien au chaud depuis le canapé du salon me font honte. Comment accepter que, pour échapper à la misère, des hommes, des femmes, des enfants gisent par 100 mètres de fond ? Comment comprendre qu’on renvoie à l’âge de 18 ans dans des villages qui leur sont inconnus de jeunes Africains qui sont allés dans nos écoles et ont appris notre langue ? Que dire de vos Roms ? Au début du film, Dany échoue dans un centre de rétention. On nous a interdit d’y tourner. L’acteur m’a dit : « Je connais bien ce type d’endroit. J’y ai passé une partie de mon enfance avec ma mère. » Pour lui, comme pour celui qui jouait son aîné, tourner le film relevait d’un acte politique. Il était impensable de le réaliser avec des acteurs grecs.

Quand avez-vous commencé à écrire ce scénario que la crise grecque imprègne et alimente ?
En 2008, avant le début du grand chambardement. A l’époque, ma coproductrice objectait : « Dis donc, tu ne trouves pas que, sur l’extrême droite, tu charries un peu ? » Je faisais partie de ceux qui ont organisé la première Gay Pride en Grèce. Je n’ignorais donc pas que les néonazis tabassaient les homos dans les rues et dans les parcs. Ces derniers, parce qu’ils étaient souvent pères de famille, n’allaient pas porter plainte. Je ne désigne jamais nommément Aube dorée, adepte de la préférence nationale et du salut nazi. Identifié comme une organisation criminelle, ce parti, qui distribue aujourd’hui de la nourriture aux plus démunis pourvu qu’ils soient de souche grecque, va désormais s’appeler Aube nationale. Il se déguise mais prolifère. Oui, le réel a mordu sur le film. Mes héros se retrouvent dans un club gay d’Athènes pour vieux messieurs qui a fermé, puis dans un grand hôtel des années 1960 laissé à l’abandon. Nous en avons 50 comme ça, actuellement, en Grèce. J’allais y boire le café avec ma mère. "Xenia" est cousu de mes souvenirs d’enfance.

La télé publique grecque a suspendu ses engagements pendant le tournage. A-t-il failli s’interrompre ?
Un road-movie coûte un certain prix. Nous avons obtenu des financements européens pour l’amorcer. Nous avons mis nos salaires en participation et commencé à tourner. Quand cette chaîne s’est retirée, nous pensions en grands naïfs que, deux mois plus tard, tout reviendrait à la normale. L’équipe, humainement formidable, m’a entouré. J’ai quand même soumis mes acteurs amateurs à huit mois de répétition. Je n’ai jamais envisagé d’arrêter. J’ai été élevé au lait du punk, à celui des films underground américains, de Fassbinder et de Werner Schroeter. Avec le Festival de Cannes, le film, sélectionné à Un certain regard, a commencé à se vendre à l’étranger. Il était temps.

"Xenia" semble truffé d’influences, notamment "la Nuit du chasseur", de Charles Laughton…
Ajoutez-y Nicholas Ray, "les Chaussons rouges", de Michael Powell et Emeric Pressburger… Avant d’être cinéaste, je suis cinéphile, et l’exemple de ces cinéastes aimés me donne du courage. Le film s’appuie aussi sur la variété. Personnellement, j’adore Dalida, que la chanteuse italienne Patty Bravo, à laquelle Dany voue un culte, a reprise après sa mort. La "Greek Star", "The Voice", tous ces radios-crochets diffusés de l’Islande à l’Australie me fascinent. Ils parlent à tout le monde. La mère de mes personnages chantait. Immigrée, elle n’a jamais percé.

D’où viennent vos fantasmagories (lapins en peluche géants, vision de Patty Bravo, etc.) ?
Elles expriment, pour moi, une réalité parallèle. Je suis en analyse depuis très longtemps, je dissèque mes rêves, je vis avec. Ils complètent le quotidien. Rendent la réalité plus solide.

Dans vos films, les pères et les fils ne cessent de se chercher. Diriez-vous que la figure paternelle porte le poids d’une faute ?
Depuis "l’Attaque de la moussaka géante", mon premier long-métrage trash et, bizarrement, devenu culte, où un gratin de moussaka manié par des extraterrestres fond sur Athènes et le père du personnage, je raconte au fond la même histoire. Là aussi, je l’ai compris grâce à la psychanalyse. Parfaitement "innocent", je ne m’en rendais pas compte. Pour moi, le système patriarcal a, bien évidemment, failli. Il est responsable du chaos d’aujourd’hui.

Sophie Grassin  

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Dernière modification : 18/06/2014