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J-07/10/2014

 

 

07 octobre 2014

Journal Le Figaro

Journal International New York Times

Journal La Tribune

Grèce : le gouvernement a-t-il raison d'être optimiste ?

Le gouvernement grec prévoit le retour à une forte croissance l'an prochain. Mais ce pari est loin d'être gagné.

Le gouvernement grec d'Antonis Samaras a beau être en grand danger, il ne cesse d'insister sur son bilan économique. Ce lundi 6 octobre, le ministre des Finances hellénique Gikas Hardouvelis, n'avait ainsi pas assez de mots lors de la présentation du budget 2015 pour aligner les promesses de retour à l'âge d'or. D'abord, une croissance du PIB de 0,6 % cette année et 2,9 % l'an prochain, puis un excédent budgétaire primaire de 2,9 % du PIB et un recul de la dette de sept points de PIB à 168 %...

Reculer pour mieux sauter ?

Que penser de ces belles ambitions ? Certes, la Grèce, épuisée par la crise et l'austérité, semble avoir touché le fond. Après six années de baisse consécutive et un recul de la richesse nationale de 23.66 %, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'économie se stabilise. Selon les prévisions du gouvernement, le PIB grec fin 2015 sera encore près de 21 % en deçà de son niveau de 2007. Il n'y a là pas de quoi pavoiser. A moins de considérer que pour créer de la croissance désormais, il faut détruire massivement de la valeur...

L'effet tourisme

D'autant que, désormais, le poids du tourisme, qui pèse plus de 17 % du PIB, favorise cette stabilisation. La Grèce, moins chère grâce à la déflation salariale, a bénéficié sur ce secteur du recul de certaines destinations, l'Egypte et la Tunisie notamment. De fait, la croissance 2014, si elle existe réellement, devra beaucoup à la saison touristique. Mais le destin de la Grèce n'est-il que de devenir une destination bon marché pour les touristes du nord de l'Europe ?

La demande intérieure à l'arrêt

Car, pour le moment, malgré cette stabilisation, le reste de l'économie grecque demeure en bien mauvaise posture. Malgré un léger déclin, le taux de chômage demeure très élevé à 26,6 %. C'est un élément très négatif pour la demande intérieure. Les salaires devraient avoir continué à baisser en 2014, quoique à un rythme très modéré. Mais ils sont encore au deuxième trimestre inférieurs de 20 % à leurs niveaux de 2010... Dans ces conditions, la consommation reste un point faible de l'économie grecque. Les ventes au détail en juin ont ainsi été à peine supérieures à celle du même mois de 2013.

En pleine déflation

Face à une telle déprime, la déflation n'est sans doute pas terminée. Depuis mars 2013, l'indice harmonisé des prix à la consommation est négatif. Le rythme a ralenti et la baisse n'était que de 0,2 % en août dernier. Mais si le niveau des prix est revenu à son niveau de début 2011, il demeure encore près de 20 % supérieur à celui de 2005 et de 7 % supérieur à celui de 2009. L'ajustement n'est donc peut-être pas encore terminé. Or, cet ajustement n'est pas sans conséquence sur les entreprises grecques, car, de leur côté, malgré la baisse des salaires, les prix à la production ne se sont pas ajusté si rapidement. En août, les prix à la production étaient seulement inférieurs de 0,2 % au niveau de 2012 et supérieurs de 35,8 % par rapport à 2005. Les marges restent sous pression, ce qui rend la reprise des investissements très limité. Or, compte tenu de la faible industrialisation du pays (12,5 % du PIB, y compris l'important secteur de l'énergie) et des effets destructeurs de l'austérité, l'économie grecque ne se reconstruira pas sans investissement. Au deuxième trimestre, l'investissement a reculé de 0,8 % sur un trimestre. Il n'y a donc pas, ici comme ailleurs de miracle grec.

Indicateurs en recul

Depuis l'été, les indicateurs avancés sont assez inquiétants pour la Grèce. L'indice PMI des directeurs d'achat - qui rend compte de la santé de l'activité manufacturière d'un pays - calculé par Markit est revenu en deçà de 50 dans l'industrie en septembre, chutant de 50,1 à 48,4. En réalité, plusieurs nuages s'amoncellent au-dessus de la Grèce.

D'abord sur le plan intérieur, la coalition au pouvoir semble de plus en plus fragile. Des élections anticipées semblent inévitables compte tenu de la nécessité pour l'actuel Parlement, la Vouli, d'élire avec deux tiers des voix un président de la République. Or, ces élections pourraient déboucher sur un blocage politique.
Par ailleurs, la Grèce reste sous la menace d'une Troïka qui n'est toujours pas satisfaite des mesures prises et qui voudrait encore d'autres réformes, notamment sur les retraites.

Enfin, il y a des nuages extérieurs. La conjoncture se dégrade très vite dans la zone euro, ce qui va ôter un poumon à l'économie grecque qui risque de ne pas profiter de sa compétitivité prix toute neuve. La croissance grecque est donc fragile. L'OCDE prévoit encore pour 2014 un recul de 0,3 % du PIB hellénique. Pour 2015, le chiffre de 2,9 % semble très, très optimiste alors que les prévisions se dégradent un peu partout en zone euro et que les incertitudes politiques vont secouer le pays. L'ennui, c'est qu'à chaque dérapage de sa croissance, les objectifs du mémorandum sont en danger. D'où la nécessité d'un nouveau tour de vis austéritaire.

La Grèce n'en a donc pas fini avec les conséquences de l'austérité. Les effets sociaux se feront sentir longtemps. L'économie reste fragile, faible et sans projet. La dette pharaonique continue de peser sur le budget. Enfin, le système politique est atomisé et ravagé. L'optimisme du gouvernement Samaras est certes un optimisme de précampagne électorale, mais il n'en est pas moins assez irraisonnable.

Romaric Godin

 

Journal Le Monde

« Seuls l’investissement étranger et la hausse des recettes fiscales relanceront la croissance grecque »

Dimitris Sotiropoulos est professeur en science politique à la faculté d’Athènes et chercheur au sein de l’Eliamep, la Fondation hellénique pour les politiques européennes et internationales. Il répond aux questions du Monde, alors que des représentants de la « troïka » des créanciers du pays – Fonds monétaire international (FMI), Commission et Banque centrale européennes – sont en visite à Athènes pour une dernière mission d’évaluation des réformes engagées depuis 2010 en échange de 240 milliards d’euros de prêts. 

La troïka est en pleine mission de contrôle en ce moment même à Athènes. Plus de 600 mesures sont encore pendantes entre l’Etat grec et ses créanciers. Quelles réformes sont vraiment stratégiques ?

Avant tout la question de la survie du système de sécurité sociale. Les cotisations sociales ont diminué dramatiquement ces dernières années du fait de la hausse du chômage (27 % de la population active est au chômage), alors que les emprunts contractés par les caisses de sécurité sociale pour payer les retraites atteignent des niveaux dangereux. L’équivalent de 12 % du produit intérieur brut (PIB) part dans le paiement des retraites. C’est très lourd pour une économie en récession. Il faut absolument réformer le système sinon le pays court de nouveau le risque de la faillite.

La troïka insiste aussi beaucoup sur des réformes du droit du travail, notamment sur la question des licenciements collectifs. Qu’en pensez-vous ?

Il y a eu d’énormes changements ces dernières années dans le droit du travail vers toujours plus de flexibilité mais certainement pas pour le mieux. Je ne crois pas que les entreprises viendront s’installer en Grèce parce que les droits des travailleurs auront été réduits. Nous devons absolument attirer les investisseurs étrangers, mais cela doit avant tout passer par une stabilisation du climat politique et par une évaluation positive de notre système bancaire par le biais des stress tests. D’ici à décembre, nous saurons si les banques grecques sont saines malgré leur haut niveau de créances douteuses. Et je crois qu’après cela, les investisseurs devraient se manifester. Seuls l’investissement étranger et la hausse des recettes fiscales relanceront la croissance.

Peut-on envisager une renégociation de la dette publique grecque après ces stress tests ?

Les créanciers du pays ne se sont pas encore prononcés sur cette question. Cela fait des mois que le gouvernement grec espère pouvoir ouvrir ce chapitre d’ici à la fin novembre sans grand succès.

Vous parlez d’un modèle de relance de la croissance qui s’assoit sur l’investissement étranger et sur la hausse des recettes fiscales, alors que rien n’indique aujourd’hui une hausse ni de l’un ni de l’autre. Les privatisations sont au point mort. Pour autant, le projet de budget 2015 prévoit une croissance d’environ 0,6 % du PIB… Est ce plausible ?

Lorsqu’un pays, comme c’est le cas de la Grèce, a perdu 25 % de son PIB en à peine six ans, il lui faut un peu de temps pour se remettre. Le retour à la croissance va prendre du temps. Sur la question des privatisations, beaucoup d’entreprises – engagées dans des relations commerciales avec l’Etat – résistent car elles n’ont aucun intérêt à voir le rôle de l’Etat changer, à le voir se recentrer sur ses fonctions d’Etat-providence et se désengager de fonctions qui ne sont pas les siennes. Nous n’avons pas besoin d’un Etat entrepreneur, nous avons besoin d’un Etat qui protège ses citoyens. Sur la question des recettes fiscales, le défi – au lieu de puiser encore et encore dans les poches des salariés et des retraités – est de réussir à s’attaquer à la question de la fraude fiscale. Celles des grandes entreprises comme celle des artisans ou des fonctions libérales.

L’effort de rationalisation budgétaire s’est accompagné depuis quatre ans de fortes baisses de salaires. Dans le public pour réduire encore les dépenses publiques et dans le privé pour accompagner une politique de dévaluation interne censée redresser la compétitivité de la Grèce dans son environnement balkanique. Cette politique de dévaluation interne a-t-elle eu les résultats espérés ?

Non. La décision des créanciers de s’attaquer à la question de la compétitivité en ajustant uniquement la variable salariale est un échec en Grèce. Au lieu de diminuer les salaires, il fallait entreprendre des réformes structurelles comme la privatisation d’entreprises publiques, s’attaquer au cauchemar de la bureaucratie des services administratifs qui empêche la création d’entreprise et retient la croissance. Cette solution a entraîné une chute libre de la consommation des biens et des services et a plongé le pays dans la récession. On a résolu le problème des coûts de fonctionnement de l’Etat grec en créant des problèmes de pauvreté et d’exclusion sociale qui ne se résoudront qu’avec une intervention de l’Etat. Seul de l’argent public peut aujourd’hui contenir le chômage et l’exclusion sociale. Un paradoxe !

Adéa Guillot (Athènes, correspondance)

Journal Le Monde

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Dernière modification : 07/10/2014