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J-24/09/2014

 

 

24 septembre 2014

Journal Le Monde

Quatre ans après, la diète continue en Grèce

Les fonctionnaires grecs en ont assez. Et le font savoir. Mardi 23 septembre, le puissant syndicat de la fonction publique grecque, Adedy, a appelé à une grève de 24 heures pour lutter contre le nouveau système d'évaluation des fonctionnaires mis en place par le ministère de la réforme de la fonction publique et de l'e-gouvernance, l'Ydmed.

La date n'a pas été choisie au hasard. C'est aussi ce mardi que devait se conclure, devant la Cour suprême, le long combat des 595 femmes de ménage du ministère de l'économie et des finances, placées en disponibilité le 17 septembre 2013. « Concrètement, la disponibilité, cela veut dire qu'après une période chômée de huit mois, payée à 75 % de mon salaire, on me vire, sans indemnités de licenciement, après plus de douze ans de service », explique Athanassia Théodoropoulos, 39 ans.

Passés le choc et la surprise, ces femmes se sont immédiatement mobilisées, dans la rue et devant les tribunaux. Une décision de justice leur a donné raison en mai, et intimé l'ordre au ministère de l'économie de les réintégrer à leur poste. Mais le ministère conteste cette décision et a demandé à la Cour suprême de trancher. Résultat, la décision a été renvoyée au 25 février 2015, à la demande des avocats des plaignantes.

OBJECTIFS STRICTS DE DÉGRAISSAGE

Après quatre ans d'austérité et de réformes, où en est l'administration publique grecque ? Stigmatisée dès le début de la crise, en 2010, comme étant le corps malade du pays, elle est toujours au centre de négociations cycliques avec la « troïka » des bailleurs de fonds de la Grèce (le Fonds monétaire international, la Banque centrale et la Commission européennes).

En échange de 240 milliards d'euros de prêts, des objectifs stricts de dégraissage ont été fixés. Ils sont inscrits dans les mémorandums, ces protocoles d'accord passés entre la Grèce et ses créanciers. Tout d'abord, les salaires des fonctionnaires ont été réduits de 7 % à 55 %, selon les cas, par la mise en place d'une grille unifiée des rémunérations.

Les treizième et quatorzième mois ainsi que de nombreuses primes ont disparu. Selon les chiffres officiels soumis par l'Ydmed, la fonction publique grecque comptait au total – permanents et temporaires inclus – 942 625 agents au 31 décembre 2009. Fin 2013, ils n'étaient plus que 675 530. Plus de 267 000 personnes ont donc déjà quitté l'administration, principalement en raison de la non-reconduction des contrats à durée déterminée et de l'application du ratio d'une embauche pour cinq départs à la retraite.

SUPPRESSIONS DE POSTES

« Nous sommes désormais alignés sur la moyenne européenne ; on ne peut plus parler de fonction publique pléthorique en Grèce », affirmait il y a quelques mois au Monde le ministre chargé de la réforme de la fonction publique, Kyriakos Mitsotakis.

Mais les Grecs se sont engagés à licencier, d'ici à la fin 2014, 15 000 fonctionnaires supplémentaires. « Il nous reste 5 500 postes à supprimer pour honorer cet objectif fixé par la "troïka" », explique une source proche du dossier. Selon la vice-ministre de l'Ydmed, Evi Christophilopoulou, ce nombre pourrait être atteint en accélérant les procédures de licenciement pour faute ou présentation de faux documents à l'embauche. Pourtant à ce jour, selon les propres chiffres de l'Ymed, seuls 500 agents seraient dans ce cas de figure.

Pour trouver les 5 000 postes manquants, les syndicats redoutent que l'Ymed ne puise dans la réserve des 25 000 fonctionnaires mis en disponibilité depuis 2012, une autre exigence de la « troïka » pour réduire le budget de l'Etat. Chaque ministère a ainsi été prié de remettre une liste nominative des personnes susceptibles d'entrer dans ce processus qui doit déboucher, après un délai maximum de huit mois payés à 75 % du salaire, soit sur un reclassement dans un autre service, soit sur un licenciement. Que sont devenus ces agents ?

250 CENTRES DE SOINS ONT ÉTÉ FERMÉS

Une partie a effectivement été licenciée, à l'image des 2 700 employés de la télévision publique ERT, fermée en quelques heures en juin 2013. « Ils nous ont d'abord promis, alors qu'ils venaient de nous mettre en disponibilité, que nous serions intégrés dans une chaîne temporaire et puis favorisés lors de la création du nouvel audiovisuel public », se rappelle Marilena Katsimi, ancienne journaliste d'ERT.

Un an plus tard, la nouvelle chaîne Nerit est encore balbutiante et fonctionne avec tout juste quelques centaines d'employés. La grande majorité des ex-employés d'ERT sont toujours sur le carreau.

Dans le secteur sanitaire, une réforme de la santé primaire a entraîné la fermeture d'environ 250 centres de soins à travers tout le pays. Un nouveau fonctionnement a bien vu le jour, mais il tarde encore à fonctionner et, surtout, il aura du mal à absorber les quelque 8 000 fonctionnaires employés par le précédent système. La promesse du ministre de la santé de reclasser tous ces agents semble difficile à tenir, et beaucoup redoutent le licenciement au terme de leur mise en disponibilité.

MISE EN DISPONIBILITÉ DE 2 000 PROFESSEURS

Dans l'éducation, plus de 2 000 professeurs de l'enseignement technique ont été placés en disponibilité en juillet 2013. Le ministère a promis de réembaucher une majorité d'entre eux dans de nouveaux établissements… qui n'ont toujours pas été créés. Selon le syndicat enseignant OLME, 1 300 professeurs seraient ainsi en attente.

Leurs huit mois de mise en disponibilité se sont achevés en mars, mais ils continuent cependant, sur dérogation spéciale, de toucher 75 % de leur salaire jusqu'à ce que le ministère de l'éducation trouve où les affecter. D'autres – rares – ont fait l'objet de licenciement pour avoir présenté de faux diplômes à l'embauche.

Certains, enfin, ont été reclassés. « J'étais enseignante dans le secondaire », raconte ainsi Anna, qui préfère garder l'anonymat – « pour protéger mes recours en cours », précise-t-elle. « Du jour au lendemain, ma spécialité a disparu, et j'ai été reclassée à un poste d'institutrice à l'école primaire, loin, très loin, de ma formation de gymnaste – je formais les futurs professeurs de gymnastique dans un lycée technique – mais aussi loin de chez moi, ce qui a entraîné énormément de frais pour ma famille car nous devons désormais financer deux maisons. »

CONTRER L'ÉVALUATION DES AGENTS

Cette option de la mutation forcée pour échapper au licenciement, appelée « mobilité » par les autorités, continue de heurter. Y compris les fonctionnaires qui s'y soumettent. Et ils sont nombreux à contester devant les tribunaux les conditions de leur mise en disponibilité. D'une façon générale, si les objectifs chiffrés fixés par la « troïka » semblent atteints, de nombreuses décisions juridiques risquent bien de bouleverser le résultat final de ces mises en disponibilité ou licenciements.

Pour l'Ydmed, cette question de la réduction de la fonction publique serait toutefois déjà du passé. « Notre travail maintenant, c'est de travailler à son efficacité. Nous avons rempli notre part du contrat avec la "troïka" et nous avons réussi à les convaincre que la Grèce n'avait pas besoin de nouveaux licenciements pour la période 2015-2016 », assure une source au ministère. « Nous développons maintenant l'e-gouvernance pour lutter contre la corruption. Notre objectif final est de participer à la relance économique en nous attaquant aux lenteurs bureaucratiques de l'administration grecque. »

Le gros chantier du ministère réside désormais dans le vaste processus d'évaluation des agents. L'objectif est de réaliser une « cartographie de la performance au sein de l'administration ». Un système de quotas a été mis en place. Dans chaque service, seuls 25 % des employés pourront recevoir les notes maximales de 9 ou 10 ; 60 % auront une note entre 7 et 8, et 15 % entre 1 et 6. Pour le ministère, il s'agit de « contourner le phénomène de 100 % d'évaluations positives que nous connaissions jusqu'à présent ».

Pour les syndicats, ce système serait voué à alimenter – avec les agents aux notes les plus basses – la fameuse réserve des mises en disponibilité. « Ils doivent encore licencier 5 500 personnes, alors, il faut bien choisir qui doit partir, et nous pensons que c'est là le véritable objectif de cette évaluation », affirme Thémis Kotsifakis, le président du syndicat OLME. Une grève du zèle a été votée par le syndicat Adedy ainsi que par plusieurs maires, souvent issus du parti d'opposition de gauche radicale Syriza.

Le principe est de contrer l'évaluation en empêchant les informations sur les agents de remonter jusqu'au ministère. Plusieurs décisions de justice ont condamné Adedy pour grève illégale et abusive. Le ministre Mitsotakis menace clairement de sanctions disciplinaires les fonctionnaires refusant l'évaluation, tout en promettant qu'aucun licenciement ne découlera de ces évaluations. « Je ne lui fais absolument pas confiance quand il dit qu'il va s'arrêter là. Si la troïka leur en demande plus, ils vont en virer plus », répond Margarita Marinou, professeure de mathématiques.

Entre ces résistances internes, les pressions de la « troïka » et les rumeurs continues d'élections anticipées – qui s'accompagnent en Grèce d'un gel de l'action politique –, M. Mitsotakis aura bien du mal à tenir son calendrier et à mener d'ici à la fin octobre son plan d'évaluation.

Adéa Guillot

 

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Dernière modification : 24/09/2014