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J-12/02/2015

 

 

12 février 2015

Journal Les Echos

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Les Européens et le gouvernement grec ne parlent plus la même langue

Impasse. La première réunion de l’Eurogroupe avec le nouveau ministre des Finances grec s’est terminée, ce jeudi à 1h du matin, sur un dangereux échec.

C’est l’impasse. Ce jeudi, les ministres de la zone euro se sont quittés à une heure du matin sans obtenir le moindre accord sur l’avenir du plan d’aide à la Grèce. Après six heures de discussions, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est sorti en déclarant : «Je n’ai aucune conclusion à partager avec vous, il faut être patient.» Pourtant pendant quatre heures, les ministres ont travaillé sur un projet de communiqué, qui aurait simplement indiqué une marche à suivre pour négocier l’avenir de l’actuel programme d’aide à la Grèce de 172 milliards d’euros, qui vient à échéance le 28 février. «C’était mon ambition de parvenir à un accord sur les prochains travaux à mener au cours des jours à venir, d’ici au prochain Eurogroupe prévu lundi 16 février, mais malheureusement, nous n’y sommes pas parvenus et donc nous reprendrons lundi à partir de là», a ajouté Jeroen Dijsselbloem.

La rencontre avait pourtant bien démarré. Tout en expliquant d’une seule voix au ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, accompagné du vice-Premier ministre, Ioannis Dragasakis, qu’il ne pouvait pas y avoir d’aide, sans programme de réformes en échange, les 18 ministres de l’Eurozone mettaient sur la table un projet de communiqué modeste, pour ancrer une procédure de négociation. Avec l’espoir d’amener la Grèce à accepter lundi une extension du programme d’aide actuel, en échange de promesses pour prendre en compte certaines revendications de Syriza. De son côté, Yanis Varoufakis exposait «ses vues, son analyse et ses propositions , tant sur le fond que sur la marche à suivre», dans un climat qu’il qualifiait lui-même de «constructif et fascinant». Reste que, de l’avis de ses pairs, il n’a guère fourni de détails. L’universitaire a livré une plaidoirie brillante. Face à des ministres en cravate, au président de la BCE et à la directrice du FMI, qui ont eux besoin de chiffres pour agir.

«Ca va être un calvaire»

Toutefois, le projet de communiqué permettait de construire des rendez-vous dans les jours à venir pour préparer la nouvelle réunion de lundi. Yanis Varoufakis semblait d’accord. Au point qu’une poignée de ministres, dont le ministre allemand Wolfgang Schaüble, ont quitté la réunion pour attraper leurs avions respectifs. ont quitté la table des négociations afin d’attraper leurs avions. «Même s’il n’y a pas eu de discussions sur la substance et les détails du programme, nous sommes satisfaits, car il n’y a pas eu de cassure, et qu’un travail concret va pouvoir commencer avec les institutions, la Commission européenne, la BCE et le FMI [l’ex-Troïka] pour préparer la négociation de lundi», se réjouissait ainsi le ministre luxembourgeois, Pierre Gramegna. Malheureusement, ce ne sera pas le cas. Dans un ultime rebondissement, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s’est cabré après une conversation téléphonique avec ses ministres, refusant d’entériner un communiqué annonçant le lancement de travaux technique pour «explorer les possibilités d’étendre et de conclure avec succès le programme actuel tout en prenant en compte les plans du nouveau gouvernement». Les 18 en concluaient qu’il n’y avait pas de base de négociations possibles.

«C’est comme si les Grecs ne parlent pas la même langue», grommelait un diplomate, «l’Eurogroupe cherche une méthode pour travailler et avancer, les Grecs font des effets de manche, mais n’ont aucun projet chiffré et refusent toute logique de compromis». «Ca va être un calvaire», commentait un négociateur important. Yanis Varoufakis avait déclaré que la confrontation était une méthode de négociation. Les Européens voient le temps filer et la sortie de route arriver à grande vitesse pour un pays, qui pourrait être bientôt contraint à instaurer un contrôle des capitaux en cas de crise de confiance. Aujourd’hui, Alexis Tsipras participe à son premier conseil européen à Bruxelles. Le choc risque d’être violent. Les chefs d’Etat et de gouvernement, qui souhaitent surtout parler de l’Ukraine, ont prévenu que leur sommet n’était pas l’enceinte de négociation des problèmes financiers grecs.

Anne Bauer

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La zone euro joue la fermeté face au gouvernement grec

Première confrontation avec Yánis Varoufákis.
Le compromis plutôt attendu à l'Eurogroupe du 16 février.

Hier, le ministre des Finances grec Yánis Varoufákis a défendu ses idées pour la première fois devant ses pairs de l'Eurogroupe, à Bruxelles. Un réel baptême du feu, tant les propositions de Syriza semblent éloignées du programme d'aide en cours. L'heure était aux explications et à la confrontation, le but politique de ses homologues étant de lui rappeler quels que que soient les changements de gouvernement, les traités et les engagements demeurent et doivent être honorés.

Alors que le programme d'aide actuel prend officiellement fin le 28 février, les ministres de la zone euro avaient un message clair : la Grèce doit rester dans le programme, qui est le cadre juridique de notre coopération, avant toute discussion sur son contenu. C'est l'inverse de ce que souhaite le Premier ministre Aléxis Tsípras, qui a symboliquement promis à ses électeurs de jeter aux orties l'actuel programme et de dissoudre la troïka, le club des créanciers (FMI, Commission européenne, BCE). Hier, Aléxis Tsípras annonçait ainsi que la Grèce allait bâtir un plan de réformes destiné à relancer la croissance du pays avec l'appui de... l'OCDE. «  Cette coo pération va se faire non sur la base de ce qui avait été décidé auparavant mais sur la base du mandat populaire et de ce qui a été annoncé dans le discours de politique générale », a-t-il insisté.

La tâche est ardue

Soit, mais une dette est une dette, ont rappelé les argentiers européens hier soir à leur nouveau collègue. Qu'ils le disent avec du miel, comme le ministre des Finances français Michel Sapin, ou avec du fiel, comme son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, tous ont, à l'unisson, expliqué à Yánis Varoufákis que la Grèce ne pouvait pas tirer un trait sur le programme d'aide en cours. « La France souhaite un dialogue ouvert et compréhensif, mais la Grèce, en tant que pays, doit se souvenir qu'hier comme aujourd'hui, elle appartient à l'Union européenne », a insisté Michel Sapin. « Chaque pays est libre de faire ce qu'il veut, mais il y a un programme d'aide. Soit il est mené jusqu'au bout, soit il n'y a plus de programme», a résumé Wolfgang Schäuble avec sa rugosité légendaire. Tout en ajoutant avec malice, «  un programme qui ne peut être conduit que sous la supervision de la troïka, même si nous ne pouvons désormais plus l'appeler troïka ». Le matin même dans une interview accordé au magazine « Stern », le ministre des Finances grec Yánis Varoufákis avait déclaré que le ministre allemand est «  probablement le seul politique européen avec de la consistance intellectuelle ».

Hier, l'heure n'était pas au compromis mais à la levée des malentendus, les ministres souhaitant connaître le contenu exact des propositions des Grecs. «  Il y a tant de papiers différents depuis dix jours, je ne comprends plus rien », protestait en début de réunion un ministre. Car in fine, l'enjeu est bien d'évaluer, argument contre argument, s'il y a une voie possible de négociations, pour garder le pays à bord de l'euro. Hier, la facture des exigences grecques était encore bien trop élevée pour envisager un compromis. Dans cette discussion, des «  marges de manoeuvres » existent, a reconnu le commissaire européen Pierre Moscovici, mais pour que chaque partie sauve la face, la tâche est ardue. Il y a la sémantique, comme modifier le mot troïka, mais aussi la dure réalité : un pays aux abois qui risque de faire défaut sur ses échéances faute de soutien. Aujourd'hui, Jeroen Dijsselbloem fera rapport aux chefs d'Etat réunis en Conseil européen.

Anne Bauer

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Antagonismes et jeux de mots pendant l’Eurogroupe sur la Grèce

Réunis mercredi 11 février, avant la rencontre des 19 ministres des Finances de la zone euro, les Grecs comme leurs partenaires européens ont multiplié, chacun de leur côté, les déclarations de fermeté.

S’entendront, s’entendront pas ? L’ambiance était crispée, mercredi 11 février, avant la réunion de l’eurogroupe à Bruxelles. Cette rencontre des 19 ministres des Finances européens est destinée à recevoir les propositions de la Grèce sur sa politique économique et le remboursement de sa dette.

Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, devait présenter un nouveau plan à ses partenaires, alors que le numéro un de l’OCDE, Angel Guria, a annoncé le même jour son accord pour aider Athènes à élaborer des réformes.

« Éviter un affrontement stérile et dommageable pour les Grecs »

La négociation s’annonce serrée et pourrait se prolonger tard dans la nuit, tant les déclarations précédant la réunion ont révélé leur dose d’antagonismes et de tensions, y compris dans la perspective du conseil européen du lendemain, jeudi 12 février.

« Si le premier ministre Alexis Tsipras – pour qui ce sera la première participation à un sommet de chefs d’État et de gouvernement européens –, souhaite s’exprimer sur le dossier grec, il le fera devant un auditoire très différent de son parlement à Athènes et il lui faudra en tenir compte », avertissait une source européenne avant la rencontre. Et d’ajouter : « Il faut éviter un affrontement stérile et dommageable pour les Grecs eux-mêmes. »

Une réponse à la fermeté allemande

De fait, mardi 10 février, le premier ministre Alexis Tsipras s’est montré virulent devant les parlementaires grecs appelés à voter la confiance à son gouvernement. « Schäuble (Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, NDLR) peut nous le demander de n’importe quelle façon, nous ne demanderons pas d’extension du plan d’aide actuel », a-t-il assené.

Une réponse à la fermeté du ministre allemand, qui avait notamment assuré, au « G20 Finances » lundi à Istanbul, qu’il « ne comprenait toujours pas comment le gouvernement grec comptait s’y prendre » pour sortir de l’actuel plan d’aide.

« La question est : quelles sont les priorités de la Grèce et comment elle entend les financer ? », résumait mercredi une autre source à Bruxelles, alors que le pays a réalisé mercredi une émission d’obligations laborieuse. « On espère que Yanis Varoufakis va présenter une position cohérente. Jusqu’ici, sa communication a été brouillée par des propositions dans tous les sens ».

Jeux de mots

L’Eurogroupe de mercredi permettra-t-il de sortir de ce dialogue de sourds ? La rencontre s’annonçait plutôt comme une partie de jeux de mots. Ainsi, Berlin ne veut pas entendre parler d’un « nouveau programme » d’aide pour la Grèce. « Nous en avons déjà un », a insisté Wolfgang Schäuble à plusieurs reprises, en référence au deuxième plan actuel.

« Le programme, c’est une base légale, une référence, un cadre. Il est très difficile de s’en affranchir », a renchéri mercredi Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques.

L’enjeu pour la zone euro est de convaincre Athènes de demander une extension de ce programme en cours, avant d’envisager des solutions pour alléger la dette. De son côté, la Grèce ne veut plus entendre parler de ce programme et compte le remplacer, à titre provisoire, par un « plan-relais ».

C’est en jouant sur les mots qu’une solution pourrait émerger, permettant à chaque camp de sauver la face. « Il y a moyen, tout en ménageant dans le vocabulaire le contenu et le dispositif de suivi, d’aménager ce programme », souligne un diplomate, car « les autorités grecques ont bien l’intention de mettre en oeuvre certaines réformes.

sémantique

Des concessions sémantiques auxquelles semblent également prêts les Grecs. « Nous parlerons d’un financement-relais », les Européens « l’appelleront "extension technique" », avançait mardi une source au ministère des Finances grec.

À Bruxelles, une source diplomatique explorait cette piste mercredi. « Les Grecs disent vouloir appliquer 70 % des réformes du plan actuel. Les Européens vont discuter de la nature des réformes qui seront reprises à son compte par Athènes, et à quelle hauteur le pays compte les mettre en œuvre. Si ce niveau est jugé suffisant, il est possible pour les Européens de décréter qu’il s’agit bel et bien d’une extension de l’existant. »

Une modification du statut et de la composition de la troïka, qui réunit les créanciers de la Grèce (UE, BCE et FMI) sera aussi au cœur des discussions, tant cette entité informelle a cristallisé le ressentiment des Grecs.

la directrice du FMI annule son discours

Est-ce un signe des difficultés à l’abord de cette réunion ? La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui devait faire une déclaration avant le début des discussions, a finalement annulé sa prise de parole publique.

Jeudi 12 février, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, rendra compte de la situation devant les dirigeants des 28. « Du coup, avançait une source européenne mercredi, le sommet européen des chefs d’État et de gouvernement de jeudi pourrait déboucher sur une forme de recommandation adressée aux 19 ministres des Finances de la zone euro, dans la perspective du prochain eurogroupe prévu lundi prochain. »

Marie Dancer

 

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L’Eurogroupe échoue à définir un plan de travail avec la Grèce

À l’issue de six heures des travaux, les 19 ministres des finances de la zone euro n’ont pas été en mesure de s’entendre sur la marche à suivre dans les prochains jours concernant le plan d’aide à la Grèce.

Pourtant, certains ministres, dont l’Allemand Wolfgang Schäuble, ont quitté les travaux en pensant être parvenus à un accord.

Un coup de fil de Yanis Varoufakis à Athènes a changé la donne au dernier moment. Les discussions reprendront lundi, durant le prochain Eurogroupe.

Le visage est impassible, ce mercredi 11 février, dans la soirée, à l’issue d’un Eurogroupe au cours duquel les 19 ministres des Finances de la zone euro ont discuté de la Grèce et de son plan d’aide six heures durant. « Nous avons fait des progrès, a déclaré le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, mais pas assez pour parvenir à des conclusions communes. »

Les ministres – auxquels s’étaient joints Christine Lagarde, directrice générale du FMI, et Mario Draghi, président de la BCE – n’ont donc publié aucun communiqué à l’issue de leur réunion, un fait rare qui manifeste des tensions considérables entre la Grèce et ses créanciers au sein de la zone euro.

« Mon ambition, a encore expliqué Jeroen Dijsselbloem sur un ton laconique, était de se mettre d’accord sur les étapes dans les prochains jours. Malheureusement, nous n’en avons pas été capables et nous poursuivrons nos discussions lundi prochain et avancerons à partir de là », a poursuivi le patron de l’Eurogroupe, lors d’une conférence de presse finale qui n’a duré que quelques minutes.

Étonnante soirée

Pourtant, les parties prenantes ne sont pas passées pas loin d’un accord sur une méthode de travail pour les jours et les semaines à venir, durant cette étonnante soirée. D’ailleurs, quand le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a quitté la rencontre pour reprendre son avion, « il pensait qu’un accord sur un texte de communiqué était acquis », ont témoigné mercredi 11 février plusieurs sources européennes, à l’issue de la rencontre.

Certains de ses homologues en étaient aussi convaincus. Le Luxembourgeois Pierre Gramegna a ainsi déclaré à la presse, en sortant de la réunion de travail : « Nous nous sommes mis d’accord sur une voie à suivre ».

Et annonçait la poursuite des discussions dans les jours à venir entre des experts du gouvernement grec et leurs homologues de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, en vue du prochain Eurogroupe, prévu lundi.

« Le Bundestag a besoin de chiffres »

Que s’est-il passé ? Au début de cette réunion, le Grec Yanis Varoufakis, qui est arrivé sans document de travail, a fait une présentation de la situation dans son pays, sans toutefois entrer beaucoup dans les chiffres. « Le Bundestag a besoin de chiffres », se serait-il entendu dire.

Les Européens sont restés fermes sur leur position. Ils ont répété qu’Athènes devait demander une extension du programme actuel, avant d’envisager des solutions pour alléger la dette. Les Grecs, eux, souhaitent s’affranchir immédiatement de ce plan et en négocier un autre, en bénéficiant d’un soutien financier exceptionnel dans l’intervalle.

Coup de théatre

Le coup de théâtre s’est produit à la toute fin de la rencontre. D’après une source européenne, le verbe « étendre » figurait, de fait, dans la dernière version du projet de communiqué. Mais Yanis Varoufakis aurait demandé au dernier moment quelques modifications, afin d’ajouter un langage avec une touche plus proche de Syriza.

Il a longuement appelé Athènes, avant de revenir dans la salle en rejetant, finalement, le projet de communiqué. L’Allemand Wolfgang Schäuble, et quelques autres ministres, étaient déjà parti, pensant l’accord acquis.

Pas de « clash »

« Même s’il n’y a pas eu de ‘’clash" en tant que tel, cette rencontre n’a pas amélioré la position des Grecs », estime une source proche du dossier. Yanis Varoufakis, qui s’est présenté comme « le petit nouveau de la bande » pour son premier Eurogroupe, a de son côté évoqué « une réunion fascinante », une « longue et constructive discussion sur tous les aspects de la crise grecque ».

« Il n’a jamais été question de trouver un accord ce soir, mais de faire connaissance », a insisté celui qui est devenu en quelques jours la coqueluche des médias, mais dont le style peu diplomatique agace à Bruxelles.

Les Grecs « pas » dans une logique de compromis

« Les Grecs ne sont pas arrivés dans une logique de compromis, critique un diplomate. Ils ne parlent pas la même langue que leurs partenaires européens, et reviennent régulièrement sur leurs déclarations au cours de la discussion. Si aucun accord de méthode n’est trouvé lundi, le risque de sortie de la zone euro devient plus fort. » « Les discussions vont être un calvaire » redoutait un haut diplomate.

Un observateur présent sur place se voulait plus rassurant : « Cet échec est lié à la tenue du sommet des chefs d’État et de gouvernement européens dès le lendemain de cet Eurogroupe. Alexis Tsipras ne pouvait pas se permettre, pour son opinion publique, d’arriver à Bruxelles en ayant déjà cédé en partie à ses partenaires. »

Une décision au plus tard lundi

Les Européens, eux, n’en démordent pas : un compromis passe par l’extension du programme, en échange de changements à apporter dans les réformes demandées. Le dossier va s’inviter aujourd’hui au sommet des chefs d’État et de gouvernement, auquel Alexis Tsipras va participer pour la première fois.

Sur le papier, une décision doit être prise au plus tard lundi prochain, lors d’une nouvelle réunion de l’Eurogroupe car plusieurs parlements doivent ensuite donner leur aval à un éventuel accord. Avant l’expiration, le 28 février, de l’actuel plan d’aide qui laisserait la Grèce sans financement s’il n’était pas remplacé.

Marie Dancer

Journal Le Figaro

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L'Eurogroupe dans l'impasse grecque

Au terme d'une réunion des ministres des finances de la zone euro, en présence du FMI et de la BCE, les Dix-huit ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la dette grecque, même une déclaration commune. Une issue presque inédite.

Yanis Varoufakis, le pugnace ministre chauve qui a séduit la foule d'Athènes, est entré dans la fosse aux lions, à Bruxelles. Et comme attendu, de l'Allemagne à la BCE, en passant par le FMI et le fonds de secours européen, les grands fauves de l'Eurogroupe ne se sont pas laissé attendrir: le face-à-face, plutôt lourd, s'est achevé au bout de six heures sans autre promesse qu'un deuxième rendez-vous lundi, dans la même arène.

Le ministre des finances est arrivé de Grèce armé de toute sa défiance. «Nous ne cherchons pas l'affrontement et ferons ce qu'il faut pour l'éviter, avait-il prévenu depuis les bancs du parlement à Athènes. Mais exclure le choc par avance serait montrer que nous n'avons pas la foi de négocier durement». C'est Alexis Tsipras lui-même, tout juste confirmé par un vote de confiance, qui a fixé le mandat de la même tribune: ni retour en arrière, ni crédits européens au prix de ce qu'il appelle la «cruelle» austérité. Avant d'ajouter, sous les applaudissements: «'nous ne discuterons jamais l'extension du plan de sauvetage européen, parce qu'il a déjà échoué» au cours des cinq dernières années.

C'est maigre, négatif et peu propice à la négociation. A Bruxelles, le ministre Varoufakis s'est tenu scrupuleusement à cette ligne. Et il a été incapable de s'entendre avec ses dix-huit collègues de l'euro sur la rédaction, même d'une déclaration commune, une issue presque inédite. Plusieurs brouillons ont circulé. Mais faute d'accord sur les mots, le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a préféré jeter l'éponge. L'idée d'un travail d'experts pour préparer le huis-clos de lundi n'a pas abouti non plus. La conférence de presse finale, annoncée peu après 23 heures, a débuté bien plus tard que minuit. Elle a duré 10 minutes à peine.

Les caisses vides le 28 février

Cette impasse au premier tournant pourrait propulser le dilemme grec à l'échelon supérieur: le sommet européen qui s'ouvre cet après-midi à Bruxelles, en présence pour la première fois d'Alexis Tsipras. Les autres dirigeants européens n'ont pourtant aucune envie de transformer en session de négociation un conclave déjà dominé par la crise ukrainienne et par la lutte contre le terrorisme.

Plus sûrement, le revers rapproche un peu plus la Grèce et son nouveau gouvernement d'un défaut de paiement, faute des financements requis de l'UE et du FMI. Le second plan de sauvetage, signé en mai 2012, vient à expiration le 28 février à minuit sauf prolongation, fût-ce de quelques mois, avec le nécessaire accompagnement d'un plan de réformes et de contrôle budgétaire. A supposer qu'Athènes s'y résolve, la décision devrait être prise au plus tard la semaine prochaine afin d'obtenir le nécessaire feu vert de chacun des dix-huit autres pays, notamment celui du Bundestag en Allemagne.

Mercredi soir, les ministres des finances de l'euro attendaient de la Grèce qu'elle leur soumette au moins des idées neuves pour avancer. «Le point de départ, c'est la poursuite du plan de sauvetage en cours. Et c'est sur cette base que nous verrons s'il est possible ou non de poursuivre notre soutien» financier, avertissait Jeroen Dijsselbloem. Las, selon plusieurs participants, Yanis Varoufakis est arrivé les mains vides, cramponné dans son refus et sans aucune des propositions concrètes qui auraient permis d'engager la discussion. «Il n'y a pas d'accord sur le sujet, il nous faut un peu plus de temps», a reconnu dans la nuit le chef de l'Eurogroupe, plutôt crispé. Pour Pierre Moscovici, le commissaire en charge, l'échange a au moins permis de «clarifier la position» de chacun.

Jean-Jacques Mevel

Journal International New York Times

Magazine Le Point

Magazine L'Humanité dimanche

Magazine L'Humanité dimanche

Journal Le Monde

Journal Le Monde

Après l'échec de l'Eurogroupe, la Grèce est-elle vraiment dans l'impasse ?

Et maintenant, que va-t-il se passer ? C’est toute la question après l’échec du premier rendez-vous formel, mercredi 11 février, entre le ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, qui veut renégocier l’énorme dette de son pays (320 milliards d’euros, 175 % du PIB), et ses 18 collègues de la zone euro, à l’occasion d’un Eurogroupe extraordinaire.

Le « cas grec » est à nouveau au menu des dirigeants européens, jeudi 12 février. Dans l’après-midi, les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro se retrouvent à l’occasion d’un Conseil européen, à Bruxelles. Ce sera le premier « vrai » rendez-vous sur la scène européenne pour Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec.

Ce sera aussi l’occasion de (re) faire passer des messages, au plus haut niveau, avant une nouvelle réunion de l’Eurogroupe, lundi 16 février, jugée cruciale. Toutefois, les positions des différentes parties apparaissent aujourd’hui encore très éloignées.

· Personne n’attendait un accord dès mercredi

« Nos échanges ont été intenses, des progrès ont été faits mais pas suffisamment pour aboutir à une position commune », a reconnu, mercredi, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, à l’issue d’une réunion qui a duré près de 7 heures.

Évoquant une « longue et constructive discussion », M. Varoufakis a, pour sa part, assuré qu’il n’avait « jamais été question de trouver un accord ce soir, mais de faire connaissance. »

Les 18 autres ministres des finances de la zone euro ne se faisaient d’ailleurs pas d’illusion sur leur capacité à convaincre du premier coup M. Varoufakis. Mais ils pensaient au moins pouvoir obtenir un accord sur un « programme de travail » .

· Les Européens attendaient un « signal » de la part des Grecs

Les Européens attendaient des Grecs qu’ils demandent une « extension technique » du plan d’aide signé en 2012 entre Athènes et ses créanciers de la troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale et Commission européennes).

Ce plan d’aide s’achève le 28 février. Sans prolongation, la Grèce, qui doit faire face à plusieurs milliards d’euros de remboursements dès ce printemps, risque rapidement le défaut de paiement.

Les Européens auraient souhaité que le gouvernement grec leur dise quelles réformes il veut mettre en place en priorité, quels financements il prévoit, comment cela pèsera, ou non sur les dépenses publiques…

· Les Européens étaient prêts à quelques ajustements

Les Européens semblaient prêts à amender quelque peu la liste des réformes non encore mises en place par Athènes, afin qu’elle corresponde davantage au programme « anti-austérité » promis par M. Tsipras aux Grecs.

Ils se refusaient toutefois à valider un plan qui aurait été trop coûteux et qui aurait réduit à néant cinq années d’austérité budgétaire.

· Le gouvernement grec a opposé une fin de non-recevoir

Mercredi, un projet de conclusions a été longuement discuté. « Mais M. Varoufakis l’a finalement rejeté après un long coup de téléphone au premier ministre Tsipras » relatent deux sources européennes. « Comme Wolfgang Schäuble [le ministre allemand des finances, incontournable] était déjà reparti à Berlin, on a dû abandonner ce projet de déclaration commune. »

Le gouvernement de M. Tsipras, qui vient d’obtenir la confiance du Parlement sur un programme promettant la fin de l’austérité, avait répété, ces dernières semaines, qu’il refusait toute prolongation du plan d’aide actuel et des mesures qui vont de paire.

« Ce qui posait problème, c'était qu'on devait travailler dans le cadre du précédent programme ou d'un nouveau, expliquait-on, hjeudi matin, auprès du gouvernement grec. On ne peut pas demander à un nouveau gouvernement d'appliquer le programme de réformes du précédent. Ce serait faire comme si les élections grecques n'avaient pas eu lieu. »

· L’Europe espère encore trouver un compromis

« Cette première réunion envoie un mauvais signal », constataient plusieurs participants à l’Eurogroupe, mercredi. Elle montre à quel point le travail politique pour rapprocher les Grecs du reste des Européens, est encore considérable.

Les Européens espèrent toutefois qu’un compromis pourra être trouvé dans les temps. « Ce qui compte, c’est que le travail continue », indiquait une source diplomatique, mercredi dans la nuit.

« On est très optimistes, on va trouver une solution », avance, de son côté, le gouvernement grec.

Le but reste que le nouvel Eurogroupe, lundi 16 février, soit en mesure d’annoncer une extension du plan d’aide à la Grèce et un « squelette » de réformes. Avec, éventuellement, un surplus budgétaire primaire (hors charge de la dette) qu’Athènes s’engagerait à dégager.

· Personne ne veut d’un « Grexit »

Personne ne veut prendre le risque d’un « Grexit » - une sortie de la Grèce de la zone euro - qui pourrait être provoqué par un effondrement du système bancaire grec si le pays se retrouve sans plan d’aide internationale, début mars.

Aucun dirigeant de l’Eurozone n’a envie de risquer la contagion à d’autres pays jugés fragiles (Espagne, Portugal, Italie…). Par ailleurs, tout le monde a intérêt à ce que la Grèce retrouve le chemin de la croissance.

Cécile Ducourtieux

Journal Le Monde

Permettre un nouveau départ à la Grèce

Le nouveau gouvernement grec a joué son va-tout en déclarant unilatéralement qu’il ne respecterait pas l’accord conclu entre son précédesseur et les créanciers du pays, et qu’il augmenterait les dépenses publiques tout en maintenant son insolvabilité.

La réponse était prévisible : le reste de la zone euro, notamment la Banque centrale européenne (BCE) et l’Allemagne, ont eu l’impression de faire l’objet d’un chantage et ont mis la Grèce au défi. La BCE a rendu l’accès à ses liquidités plus difficile pour les banques grecques ; Berlin a déclaré qu’une sortie de la Grèce de la zone euro pouvait être gérable.

Cette réponse est nécessaire, mais insuffisante. Nécessaire, car le système monétaire ne saurait être crédible si un pays membre peut le prendre en otage en décidant d’augmenter ses dépenses aux frais des autres membres, tout en espérant recevoir des financements de la BCE. Un pays ne saurait davantage répudier des accords conclus entre un gouvernement précédent et ses partenaires.

Lutte contre l’évasion fiscale et la corruption

Mais cette réponse est insuffisante, car le nouveau gouvernement grec a été élu en recevant un appui très solide pour changer de cap aussi bien dans la politique économique intérieure que dans les relations avec ses partenaires. Ne pas en tenir compte n’est pas envisageable. Les Grecs ont besoin d’une perspective réaliste d’améliorer leur vie quotidienne.

Mais cette perspective ne saurait résulter d’un chantage ; elle doit découler d’une action sérieuse sur le plan national, et d’un accord entre les partenaires de l’Eurogroupe. Quels seraient les éléments d’un tel accord ?

Premièrement, Athènes doit tenir ses promesses de résolution des problèmes internes. Comme l’a dit Yanis Varoufakis, le nouveau ministre grec des finances, la lutte contre l’évasion fiscale et la corruption est essentielle, et le gouvernement précédent ne l’a pas suffisamment considérée comme une priorité. Un plan concret et sa mise en œuvre effective contribueraient considérablement au renforcement de la crédibilité du nouveau gouvernement, en Grèce et à l’étranger.

Détresse sociale

Deuxièmement, il faut répondre aux besoins de financement de la Grèce dans les mois à venir. Sinon, elle ne pourra ni rembourser sa dette au Fonds monétaire international et à la BCE en temps et en heure, ni couvrir toutes ses dépenses. Pour bénéficier d’un financement européen, elle devra satisfaire aux conditions posées, mais celles-ci pourraient être remplies sans passer par la « troïka », rejetée par le nouveau gouvernement.

Troisièmement, il faut revoir le niveau d’excédent primaire exigé. Trop bas, il ferait augmenter la charge supportée par les contribuables étrangers ; supérieur à 4 %, il s’avérerait irréaliste. La situation sociale est épouvantable dans certaines parties de la Grèce, ainsi que dans d’autres pays en crise. L’UE pourrait convenir d’un programme destiné à atténuer la détresse sociale là où cela s’avère nécessaire.

Quatrièmement, il faut diminuer le poids de la dette. Actuellement, les intérêts payés par Athènes sont faibles, comparables à ceux de l’Allemagne ou de la France (respectivement 2 %, 1,8 % et 2,3 % du PIB), grâce au répit de huit ans que ses créanciers lui ont accordé. Il n’est donc pas envisageable de réduire le poids de la dette sur le budget actuel.

En revanche, il est possible de lever l’incertitude sur les remboursements futurs. Si la Grèce surmonte ses faiblesses structurelles, la croissance pourrait reprendre et le ratio dette/PIB (aujourd’hui de 125%) diminuer. Mais la croissance peut tout aussi bien être faible. Or, les investisseurs boudent les pays à la solvabilité incertaine. Une solution pour lever l’incertitude serait d’indexer les prêts sur l’évolution du PIB.

Un accord est encore envisageable, mais c’est à la Grèce de faire le plus gros effort.

Guntram B. Wolff (Institut Bruegel, Bruxelles)

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Dernière modification : 12/02/2015