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J-16/01/2015

 

 

16 janvier 2015

Journal La Tribune

Grèce : faute d'alliés, Alexis Tsipras doit conquérir la majorité absolue

Syriza sera sans doute en tête le 25 janvier, mais le parti d'Alexis Tsipras pourra-t-il gouverner ? C'est l'enjeu majeur des derniers jours de campagne.

La campagne électorale grecque entre dans sa dernière ligne droite à un peu plus d'une semaine du scrutin du 25 janvier. Et rien ne semble devoir empêcher Syriza, la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras, d'arriver en tête. C'est en tout cas, depuis l'été dernier jusqu'à aujourd'hui vendredi, ce que disent tous les sondages. Et personne en Grèce ne doute plus désormais que Syriza arrivera devant Nouvelle Démocratie (ND), le parti de l'actuel Premier ministre, Antonis Samaras. L'enjeu est désormais ailleurs.

Le système électoral grec

L'enjeu, c'est de savoir si Syriza obtiendra ou non la majorité absolue. Le système électoral grec permet de l'espérer. Le parlement grec, la Vouli, est constitué de 300 députés. Pas moins de 250 d'entre eux sont élus à la proportionnelle dans des circonscriptions assez vastes, mais le parti qui arrive en tête obtient un « bonus » de 50 députés, soit 16,7 % de la Vouli. Autre élément à prendre en compte: les partis qui, au niveau national, n'ont pas obtenu plus de 3 % des suffrages exprimés n'ont droit à aucun député. Les 250 députés sont donc répartis entre les partis ayant obtenu plus de 3 %.

Combien de suffrages pour obtenir la majorité absolue ?

Un calcul du site Macropolis montre le score nécessaire pour obtenir la majorité absolue de la Vouli en fonction du score de l'ensemble des partis éliminés - ceux qui ont obtenu moins de 3 %.

Si ces derniers représentent 3 % des suffrages exprimés au total, le parti arrivé en tête a besoin de 39,2 % des voix pour obtenir la majorité absolue. Mais si les partis éliminés réalisent en tout 16 % des suffrages exprimés, 34 % suffira au premier parti pour rafler 151 sièges. Or, ce score de 34 % est loin d'être inatteignable pour Syriza.

Un  paysage politique très morcelé

Avec la crise, le paysage politique grec est très éclaté. Syriza et ND ne devraient pas obtenir ensemble plus de 65 % des suffrages. En 2009, par exemple, les deux partis en tête, Pasok et ND avaient cumulés 77 % des exprimés. Ceci laisse donc potentiellement plus de voix aux petits partis.

Or, selon les enquêtes le plus récentes, les autres partis font des scores très faibles. Aucun ne devrait avoir plus de 10 %. Trois partis, les centristes de To Potami, les néo-nazis d'Aube Dorée et les communistes du KKE, sont presque certains d'entrer à la Vouli, mais avec des scores compris entre 5 et 8 % des exprimés. Le Pasok, les Eurosceptiques de droites des Grecs Indépendants et le parti de l'ancien Premier ministre George Papandréou sont loin, eux, d'être sûr d'obtenir les 3 %.

Il n'est donc pas fantaisiste de penser que Syriza puisse obtenir la majorité absolue puisque, cette semaine, les sondages lui ont donné de 30 à 38 % des voix. Du reste, un sondage publié lundi -qui donnait les Grecs Indépendants et le parti de Papandréou hors du parlement et des scores pour les autres partis compris entre 3 et 5,5 %- accordait la majorité absolue à Syriza avec seulement 31 % des voix ! Tout est donc possible.

Pas d'alliés pour Syriza

Ce qui se joue, c'est tout simplement la capacité de Syriza à gouverner. Car, faute de majorité absolue, Syriza ne dispose d'aucun allié potentiel.

Le KKE a rejeté toute possibilité de soutien - même tacite, même par abstention - au parti d'Alexis Tsipras. Il est vrai que Syriza est l'émanation lointaine du KKE dit « de l'intérieur », une scission réformiste du KKE qui a conservé une ligne très dure. Le secrétaire général du KKE, Dimitris Koutsoumbas, a ainsi passé l'essentiel de son temps de parole à la télévision mercredi à attaquer Syriza.

Même rejet du côté de To Potami. Les centristes ont très clairement refusé de s'allier avec Syriza qui, pour eux, met la participation de la Grèce à la zone euro en danger.

Les Grecs Indépendants sont moins catégoriques, mais leur contingent sera faible, s'il existe, et leur rejet de l'immigration est incompatible avec une alliance avec Syriza.

Enfin, Alexis Tsipras a promis qu'il mettrait « à la poubelle » toute proposition de George Papandréou. Du coup, sans majorité absolue, Syriza risque de se retrouver incapable de gouverner, sans, pour autant qu'il existe une majorité alternative compte tenu du faible score de To Potami et du Pasok.

Antonis Samaras a donc tout intérêt à ce que la majorité de Syriza ne soit pas absolue. Dans ce cas, on reviendrait sans doute à la situation de 2012, il faudrait retourner aux urnes rapidement. Et le Premier ministre actuel pourra proclamer que Syriza est synonyme de chaos et est incapable de rassembler.

La question que se posent les Grecs

Cette question de la majorité absolue est en tout cas la seule question que se posent les Grecs ces derniers jours. Ainsi en va-t-il d'Andreas, un électeur « historique » du Pasok, retraité et qui dit « trembler pour ses économies » si Syriza gouverne seule, « parce qu'ils vont prendre l'argent dans les banques ».

Côté Syriza, les militants qui tiennent un grand stand sur la place Karitsi, au nord de Syntagma, avouent qu'ils ne comptent pas leurs efforts pour convaincre les passants de « donner à Alexis Tsipras une vraie majorité. » La tâche des militants n'est cependant pas simple, car, actuellement, les sondages estiment assez majoritairement que Syriza n'aura pas de majorité absolue.

Les indécis en priorité

« Ceux que nous cherchons à convaincre en priorité, ce sont les indécis, qui viennent nous demander des détails sur notre programme », explique Maria, une des militantes de la place Karitsi.

Il est vrai que plus de 10 % des électeurs, selon les enquêtes d'opinion, n'ont toujours pas fait leur choix. C'est dans ce réservoir de vote que les deux grands partis de Grèce cherchent leur salut dans les derniers jours.

Pour Alexis Tsipras, le discours dominant est clairement rassurant. « Il évite pour le moment d'entrer dans les détails du financement de son programme », souligne Stavros Koutsioubelis, membre du comité exécutif du syndicat de la fonction publique ADEDY qui ajoute : « Ce silence vise à rassembler le plus possible pour obtenir la majorité absolue. »

Mais, du coup, ceci donne du champ à la droite qui joue sur la « peur du bolchévique » et sur la crainte d'une politique fiscale confiscatoire. Jeudi soir à la télévision, Olga Kefaloyiannis, la ministre conservatrice du Tourisme, a affirmé que Syriza « s'apprête à taxer massivement les classes moyennes. »

Reste que le discrédit des deux partis de gouvernement, ND et Pasok, reste dominant dans la population. Même Andreas hésite à voter une nouvelle fois Pasok, malgré sa crainte de Syriza.

La dernière semaine de campagne s'annonce donc décisive pour savoir si le 25 janvier au soir, la Grèce sera, ou non, gouvernable.

Romaric Godin, à Athènes

 

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Dernière modification : 16/01/2015