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J-22/10/2015

 

 

22 octobre 2015

Journal Le Monde (daté du 23/10/2015)

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Journal Le Figaro

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Journal Libération

Hollande-Tsipras, une relation particulière

Le Président français est en déplacement à Athènes pour retrouver un Premier ministre grec dont il s'est rapproché lors de la crise européenne de l'été.

Entre eux, «c’est assez sérieux», assure un conseiller présidentiel. François Hollande, président réformiste en mal de soutien populaire, et Alexis Tsipras, Premier ministre radical contraint au réalisme mais relégitimé par les urnes, les meilleurs alliés du monde? Après la crise européenne de l’été, le chef de l’Etat français effectue jeudi et vendredi la première visite d’un dirigeant européen sur place depuis les menaces de Grexit. Et c’est peu dire que l’exécutif grec met les petits plats dans les grands: ces 24 heures chrono sont truffées d’honneurs en grande pompe, d’un dîner d’Etat à un déjeuner sur fond d’Acropole en passant par un discours devant la Vouli, le parlement grec. Avant Hollande, seuls de Gaulle, Eisenhower, Bush père et… Nicolas Sarkozy avaient eu ce privilège. Une flopée de gestes symboliques pour, dixit Athènes, souligner la «relation particulière» qu’entretiennent les deux pays. Un lien «de confiance qui s’est construit dans l’épreuve et les preuves», selon la formule d’un conseiller élyséen.

«Animaux politiques»

Car quand il arrive à Paris début février, quelques jours après sa victoire aux législatives, Tsipras n’est pas franchement la tasse de thé des socialistes français et européens. Il est loin le temps où François Mitterrand, à la veille de son voyage en Grèce en 1982, pouvait dire que son passage à la tête du PS français lui permettait d’avoir «une appréhension, une compréhension, des affinités particulières avec ceux qui gouvernent aujourd’hui la Grèce». Trente-trois ans et une série de crises économiques aiguës plus tard, le programme de Tsipras ravit l’aile gauche du PS français mais il a de quoi effrayer les tentants de la realpolitik à la Hollande: refus des plans d’austérité, recapitalisation des banques, moratoire sur la dette privée, hausse du salaire minimal, nationalisations… Comme un rappel de ce que pourrait être la «vraie» gauche?

Dans les rangs socialistes français l’hiver dernier, «la question c’était: "mais qui est donc ce Tsipras?" Un allié pour réorienter l’Europe ou un adversaire qui va jouer le peuple contre le système alors que nous, on est dans le système», résume huit mois plus tard un diplomate français. La première entrevue entre les deux hommes à l’Elysée se passe plutôt bien. Tsipras et Hollande «sont des animaux politiques, biberonnés au rapport de forces. Ils ne montrent pas leurs émotions», analyse un conseiller de l’exécutif. «Dès le départ, il y a du respect des deux côtés, Hollande et Tsipras s’entendent bien sans avoir le même corpus idéologique du tout, reconnaît un proche de Hollande. Il y a une plus grande proximité entre Tsipras et la gauche française qu’avec [le président du conseil italien Matteo] Renzi. Et Hollande est le président de la gauche française». La pirouette est osée.

Au fil des mois, un semblant de confiance s’installe et les entretiens bilatéraux se font plus fluides. En français et grec avec traducteur quand il s’agit d’entrer dans le dur des chiffres et le technique des réformes. En anglais et sans témoin le reste du temps. Il y aura pourtant pas mal de «ruptures de confiance» entre Paris et Athènes. Quand Tsipras convoque un référendum pour ou contre le plan d’aide européen début juillet, l’Elysée tombe des nues. Certes le Premier ministre grec remporte son pari mais au soir de sa victoire Hollande le cueille à froid. «Tu as gagné mais tu es à deux doigts de sortir de la zone euro si tu ne m’aides pas à m’aider», lui dit le président français au téléphone. Apparemment, le message n’est pas passé immédiatement. Le mardi suivant, alors que chaque heure compte pour trouver une issue à la crise et que les diplomates moulinent sur la réforme des retraites, la privatisation des aéroports régionaux ou «l’économie du pain » grec, «on a vu arriver un Tsipras les mains dans les poches à Bruxelles, avec ce côté blasé qui le caractérise», se souvient un membre de la délégation française. Hollande hausse alors le ton: «tu n’as que 24 heures», assène-t-il au chef du gouvernement grec. Les coups de fil se font alors quasi-quotidiens, comme avec Angela Merkel. «Ils savent se dire les choses», glisse-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat, ce qui en langage diplomatique témoigne d’une proximité certaine mais aussi de la rugosité qu’ont pu prendre leurs échanges.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, quand tous les voyants sont au rouge, que l’Allemagne se cabre et que la Grèce est à deux doigts de sortir de l’euro, Tsipras disparaît. Lui qui est d’ordinaire si blasé semble excédé. Hollande descend d’un étage à Bruxelles pour aller le chercher dans les bureaux de la délégation grecque. L’homme des synthèses socialistes convainc le benjamin de l’Europe. Encore quelques heures de bras de fer et à l’aube, un accord est trouvé:  la Grèce reste à bord. «Depuis le début du quinquennat pour Hollande et pendant tout l’hiver pour Tsipras, on a douté de leur engagement. Et voilà, Ils sont tout simplement européens », sourit un des négociateurs.

«Dignité»

Puisque Tsipras lui demande conseil, le président ne mégote pas: des conseillers français épluchent le plan d’aide européen et accompagnent les négociations côté grec. Il n’y a jamais eu d’hommes de Bercy à Athènes mais un intense suivi depuis Paris et Bruxelles. Vendredi cette aide officieuse prendra une tournure tout à fait officielle avec la signature d’un accord d’assistance sur les réformes administratives et fiscales. Car, l’Elysée insiste, la Grèce est loin d’être sortie d’affaire et les mesures d’austérité s’enquillent avant de délicates négociations sur la dette. Mais les législatives de fin septembre ont relégitimé Tsipras et, selon François Hollande, envoyé «un message important pour la gauche européenne», le succès de la combinaison valeurs, progrès, croissance et «réalisme».

«Alexis Tsipras a été courageux», a salué Hollande devant le Parlement européen quelques jours plus tard. «Il y a une forme de dignité dans son itinéraire politique: avec lui, les Grecs ont le sentiment de résister», dit-il en petit comité. D’ailleurs, devant les députés qu’il reçoit pour des apéros politiques à l’Elysée, le chef de l’Etat utilise Tsipras comme un miroir pour justifier sa propre action. «Il en parle souvent pour souligner que seule la responsabilité peut permettre de sortir des crises», rapporte un conseiller présidentiel. Tsipras, en prime, a provoqué en un an une refondation de la gauche grecque qui laisse rêveur certains en France. «Il a coupé son aile gauche à Syriza et il a tout réorganisé autour de la nécessité de réformer et le réalisme de gouvernement», décrypte Luc Carvounas, président du groupe d’amitié France-Grèce au Sénat. Bref, selon lui, «ce n’est pas nous qui nous gauchisons mais Tsipras qui se rapproche de nos positions». Un proche de Hollande se marre: «Si ça continue comme ça, Syriza va finir par entrer au PS.»

Laure Bretton

 

Journal Le Monde

Les noces de cuir d’Alexis Tsipras et de François Hollande

C’est le genre de mariage de raison, noué au gré des nuits bruxelloises, qu’affectionnent les diplomates européens. Pourtant, François Hollande et Alexis Tsipras, qui doivent se rencontrer à Athènes vendredi 23 octobre, auront mis près de deux ans à se trouver. A priori, tout opposait le premier ministre grec, fringant leader de la gauche radicale européenne, et le chef de l’Etat français, défenseur obstiné d’une social-démocratie à tendance pragmatique – d’aucun diront libérale.

Le premier contact, au printemps 2012, est clairement un rendez-vous manqué. Alexis Tsipras vient de surgir sur la scène européenne à la tête de l’ovni Syriza, après que son parti a failli remporter les législatives. Il intrigue autant qu’il inquiète. A l’époque ses contacts en France s’appellent Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, les deux têtes chercheuses du Front de gauche. De passage à Paris, il sollicite aussi un entretien avec François Hollande et des responsables du PS. Fin de non-recevoir. Les socialistes français ne veulent alors traiter qu’avec leurs homologues grecs du Pasok, et inversement. « C’était un manque de compréhension de la révolution entamée sur le champ politique national grec, affirme Antonis Markopoulos, coordinateur du secrétariat du département des affaires étrangères de Syriza. Notre parti était en train de devenir la principale force politique du pays et il y avait une forme d’aveuglement européen à ne pas vouloir le reconnaître. »

Un front des pays du Sud

De ce premier pas de danse avorté, Alexis Tsipras gardera une petite amertume. Lorsqu’il devient premier ministre après les élections du 25 janvier 2015, il espère tout de même que François Hollande se posera en allié de la Grèce dans les difficiles négociations qui commencent alors avec les créanciers du pays. Invité dès le jour de son investiture par le président français « à se rendre rapidement à Paris », M. Tsipras commence sa tournée des capitales européennes par l’Elysée. « Hollande voulait avoir un dialogue en tête à tête avec lui, pour comprendre s’il allait jouer la posture, ou s’il était là pour réformer son pays et rester dans la zone euro », explique un conseiller du chef de l’Etat.

Alexis Tsipras veut, de son côté, tâter le terrain pour voir si la constitution d’un front des pays du Sud contre la position austéritaire de Berlin est possible. Rapidement, il se rend compte que l’axe franco-allemand prévaudra. Pour le politologue Elias Nikolakopoulos, « Tsipras attendait certes plus de soutien mais Hollande espérait, lui, plus de réalisme du côté grec ». Pendant de longs mois il n’y a pas de véritable « rencontre humaine entre les deux hommes ». Jusqu’à ce que le climat se détériore.

La crise estivale, avec la tentation, principalement allemande, de pousser la Grèce hors de la zone euro, va rapprocher les deux hommes, solidaires sur la nécessité d’éviter un « Grexit ». Pourtant, le recours au référendum par Alexis Tsipras, le 5 juillet, est d’abord mal vécu par la France. « Il y a un problème de confiance », lâche François Hollande devant quelques journalistes, estimant que le premier ministre grec tient un double discours selon qu’il se trouve à Bruxelles ou à Athènes. Au soir du plébiscite en faveur du « non », les deux dirigeants s’appellent tout de même et conviennent de travailler ensemble au maintien de la Grèce dans la zone euro.

Début de romance

Elias Nikolakopoulos fait, lui, remonter le rapprochement entre MM. Tsipras et Hollande au 8 juillet, soit trois jours après le référendum : « Le premier ministre grec est allé plaider sa cause au parlement européen et là il a mieux compris les équilibres et les tensions européennes. Il a bénéficié du soutien du groupe socialiste du parlement. Or le membre le plus important de ce groupe reste le PS de Hollande. Cela a marqué le véritable tournant : Tsipras a compris qu’il devait se rapprocher de la France et du PS. »

Dans les heures qui suivent, des technocrates français aident la délégation de négociateurs grecs à peaufiner ses propositions aux créanciers. Le dimanche suivant, l’accord menace encore de capoter sur la question du fond de privatisation souhaité par Berlin et refusé par Athènes. Un haut fonctionnaire se rappelle l’ambiance très tendue au milieu de la nuit. Après des heures de négociations, Alexis Tsipras se lève de table et sort de la pièce pour rejoindre ses conseillers. « Tout le monde pense qu’il va planter les pourparlers et quitter Bruxelles, raconte ce témoin. La délégation grecque a eu la surprise de voir débarquer François Hollande qui est venu discuter en tête à tête pendant vingt minutes et l’a convaincu de revenir. » Le genre de début de romance qu’affectionnent les diplomates.

François Hollande continue dans les semaines qui suivent de jouer les facilitateurs entre le gouvernement Tsipras et la commission européenne, « durablement marquée par les mots durs échangés lors du référendum », selon une source européenne.

« Tsipras est un vrai Machiavel et ça, ça plaît à Hollande »

De ces longues soirées de juillet, il est resté une entente tacite entre les deux hommes, qui gardent tout de même une forme de réserve dans leur rapport personnel. « Mais les choses vont de mieux en mieux. Ce sont deux hommes d’Etat qui se respectent. Alexis est rétif au paternalisme et Hollande a finalement la bonne distance avec lui », précise une source gouvernementale grecque. Chacun trouve son compte dans cette visite officielle.

Sur le volet économique d’abord. « Hollande nous offre son soutien et en retour il devrait négocier pour que des entreprises françaises obtiennent certains pans des privatisations que nous nous sommes engagés à mener », reconnaît Antonis Markopoulos.

Sur le versant politique ensuite. Hollande peut envoyer un message à la gauche française en s’affichant aux côtés du symbole Syriza et Alexis Tsipras soigne son meilleur allié européen. Le genre de deal gagnant-gagnant qu’affectionnent les deux dirigeants. Car, et c’est peut-être ce qui les rapproche le plus, ils ont en commun de parler le même langage, celui des manœuvres politiques. « Vous en connaissez beaucoup des dirigeants qui se font élire sur le programme de Mélenchon, qui font un référendum, le remportent, se maintiennent au pouvoir en appliquant une politique à la Jean-François Copé et se font réélire ?, s’amuse un diplomate. Tsipras est un vrai Machiavel et ça, ça plaît à Hollande. »

Le chef de l’Etat français n’avait pas dit autre chose en évoquant le premier ministre grec lors de son intervention du 14-Juillet. « Il a été élu sur un programme très à gauche et se retrouve à porter des réformes très difficiles, il a été courageux. » Un hommage à la maestria politique de M. Tsipras, à la façon Hollande. C’est-à-dire, en parlant en creux de lui-même.

Nicolas Chapuis et Adéa Guillot

 

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Dernière modification : 22/10/2015