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J-01/08/2016

 

 

01 août 2016

Journal Les Echos

Journal L'Humanité

Grèce. Le FMI n’a pas voulu aider le pays, mais sauver les banques

Selon un rapport de contrôle interne à l’institution financière internationale, les procédures prévues avant de s’engager dans la cure d’austérité infligée à la Grèce n’ont pas toutes été respectées, loin s’en faut. Pour les Grecs, l’allégement de la dette s’impose, et vite!

Cette fois, c’est un audit interne élaboré par son Office d’évaluation indépendant (IEO), publié en fin de semaine dernière, qui le dit : le Fonds monétaire international (FMI) n’a pas respecté ses propres règles avant de participer, en mai 2010, au premier plan de la troïka – avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) –, imposant à la Grèce une cure d’austérité extrêmement brutale depuis six ans. À l’époque, l’institution financière avait créé une « exemption en cas de risque de contagion systémique », afin de lui permettre de rejoindre les représentants des créanciers européens (Commission et BCE) et de consentir un prêt de 30 milliards d’euros à la Grèce, sans exiger, comme elle fait ailleurs, une annulation partielle de la dette. « Le processus de modification s’est éloigné du mode de consultation habituel au FMI où les décisions d’une telle importance font l’objet d’un examen minutieux », constate l’IEO, qui déplore au passage de n’avoir pas eu accès à tous les « documents sensibles ». Selon le rapport, le conseil d’administration du Fonds, qui représente les États membres, a été réduit à un rôle de « façade » et la direction du FMI, assurée par Dominique Strauss-Kahn, à l’époque, est passée outre le « scepticisme généralisé » de ses équipes. « Les directeurs n’ont même pas été informés des doutes des équipes sur la soutenabilité de la dette grecque », estime encore l’IEO.

Opacité du plan de sauvetage

Dans leur document, les contrôleurs internes du FMI pointent l’opacité du processus et s’interrogent en creux sur les intérêts en jeu. « Cette décision a été prise sans discussion préalable et ouverte entre les différentes options, alors même que la dette souveraine grecque n’apparaissait pas soutenable avec une grande probabilité », dénoncent-ils. Selon eux, le « risque de contagion » systémique de la crise grecque a été étudié par différents scénarios, mais les conséquences de la restructuration de la dette, ou de son absence, n’ont été « aucunement quantifiées avec rigueur ». « Tout cela a donné l’impression que le FMI traitait l’Europe différemment des autres », accuse l’IEO. Et de citer un expert estimant qu’avec le « plan de sauvetage », on a « échangé de la propriété de la dette pour sauver les banques européennes et les créanciers, sans aucun impact sur la soutenabilité de la dette de la Grèce ». Selon le texte, les Européens ont refusé toute perspective d’allégement, car leurs banques avaient beaucoup d’obligations grecques.

Après le réquisitoire du comité pour la vérité sur la dette grecque, rédigé pendant le premier semestre 2015 par un comité mis en place par Zoe Konstantopoulou, l’ex-présidente de la Vouli, et Éric Toussaint, militant du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), le rapport de l’IEO apporte une nouvelle preuve : les véritables objectifs des créanciers n’ont jamais été de sauver la Grèce, mais bien de protéger l’union monétaire en Europe, y compris en faisant payer le prix fort aux citoyens grecs. Au passage, les contrôleurs du FMI désignent, mais sans vraiment les mettre en cause naturellement, les réformes structurelles qui, basées sur des modèles erronés, ont aggravé la récession en Grèce. De quoi envisager de demander à l’Union européenne et au FMI de prendre en charge le coût des malheurs infligés à la Grèce et à ses citoyens.

À Athènes, au ministère des Finances, on s’avance avec prudence, au moment où le FMI doit justement trancher sur sa participation, ou non, au programme d’austérité imposé, par le chantage, au gouvernement Tsipras, avec cette fois un allégement de la dette, encore à négocier. « Selon ce rapport, la grosse erreur, ça a bel et bien été de ne pas restructurer la dette, comme le FMI n’a pas réussi à convaincre les autres Européens que ça n’aurait pas d’impact sur leurs économies, commente un proche d’Euclide Tsakalotos interrogé par l’agence de presse grecque Amna. Mais nos gouvernements de l’époque, Nouvelle Démocratie (droite) ou Pasok (centre-gauche), n’en parlaient pas, ils étaient persuadés que la dette était soutenable. » Yanis Varoufakis, ex-ministre des Finances en rupture de ban avec Syriza, réclame la démission de Poul Thomsen, le chef de mission du FMI pour la Grèce, ainsi que d’autres responsables de l’Eurogroupe et de la BCE. « Après les excuses, le mea culpa, les démissions, c’est très bien, insiste-t-il, mais cela ne comptera pour rien si ça n’est pas suivi par un renversement complet sur les politiques macroéconomiques fiscales pour la Grèce et bien au-delà. »

Thomas Lemahieu

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Dernière modification : 01/08/2016