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J-25/08/2016

 

 

25 août 2016

Journal La Tribune

Journal La Croix

Journal Le Monde

La Grèce face au défi du recensement précis des migrants présents sur son sol

En février dernier, les pays du nord de l’Europe fermaient leurs frontières et des dizaines de milliers de migrants se retrouvaient bloqués en Grèce. Dans la foulée, le 18 mars, l’Union européenne et la Turquie signaient un accord visant à tarir le flux des arrivées sur les côtes grecques. En échange de 6 milliards d’euros et de la promesse de pouvoir envoyer légalement en Europe 72 000 Syriens, la Turquie acceptait de lutter contre les passeurs et de retenir ainsi les 2,7 millions de migrants syriens présents sur son territoire.

Dans l’urgence, la Grèce a dû créer des dizaines de camps à travers le pays pour accueillir la population de migrants, bloquée sur son territoire après ces accords. Cinq mois plus tard, il y a toujours près d’une cinquantaine de camps installés. Mais les autorités ont-elles une idée précise du nombre de migrants présents sur le territoire ?

« Une cartographie précise des migrants »

Yannis Mouzalas, ministre adjoint à la politique migratoire, a présenté mardi 23 août les résultats d’une vaste opération de recensement menée conjointement depuis juin par le service d’asile grec et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Selon M. Mouzalas, il y aurait aujourd’hui en Grèce 54 000 personnes, dont 11 322 retenues dans les centres d’accueil (hotspots) des îles de la mer Egée. Le reste est réparti à travers le territoire, soit dans des camps administrés par l’armée, soit dans des hébergements (hôtels, appartements, etc.) gérés par le HCR, soit encore dans des campements sauvages où seules agissent les ONG.

Environ 7 500 migrants, principalement des Syriens et des Irakiens, ont été jugés par le service d’asile grec éligibles à la relocalisation, selon l’accord conclu en septembre 2015 et qui prévoit la répartition de plus de 60 000 personnes dans tous les pays de l’Union européenne d’ici à la fin de 2017. Ils attendent donc que les pays de l’Union tiennent leur promesse et ouvrent des places pour les accueillir. D’autres, notamment les Afghans, exclus du programme de relocalisation, ont déposé une demande d’asile en Grèce. Près de 2 000 migrants ont quant à eux donné leur accord pour un retour volontaire dans leur pays.

« Avoir une cartographie précise des migrants présents sur notre territoire nous permet de dresser une liste précise de nos besoins à court et moyen termes », explique Odysséas Voudouris, secrétaire général chargé des réfugiés au ministère de la politique migratoire :

« Combien de places d’accueil dans les camps ? Doit-on en créer des nouveaux ou plutôt organiser des transferts ? Quels besoins en nourriture et donc quel budget cela représente-t-il ? Autant de défis logistiques qui nécessitent un recensement rigoureux. »

Ecart statistique

Le chiffre de 54 000 personnes annoncé par le ministre mardi a néanmoins de quoi surprendre. Le bulletin émis quotidiennement par les autorités grecques, donnant le nombre de migrants enregistrés à leur arrivée sur les îles et répartis sur le continent, recense, lui, 58 472 personnes.

Un écart de plus de 4 000 personnes qui est loin d’être anodin. Aujourd’hui, c’est l’armée grecque qui gère la grande majorité des camps et délègue notamment, par des procédures d’appel d’offres, la livraison de portions alimentaires aux migrants. Le coût de l’opération – supporté principalement par le budget de l’Etat mais aussi par des fonds européens – est de 5,50 euros par personne pour trois repas par jour. « Payer les fournisseurs pour 54 000 personnes ou 58 000, cela crée un écart quotidien de près de 20 000 euros, soit près de 600 000 euros par mois : nous devons contrôler ce chiffre et faire des ajustements en conséquence », reconnaît une source gouvernementale.

L’Union européenne, d’ailleurs, ne s’y trompe pas. C’est elle qui fait pression sur le gouvernement grec pour obtenir des chiffres précis afin d’ajuster l’aide humanitaire promise à la Grèce. Actuellement, la majorité des fonds débloqués par l’Union sont directement affectés à des programmes gérés par des ONG ou par le HCR. L’Etat grec est souvent contourné.

« Il y a un manque de confiance, c’est vrai, puisque nous n’arrivons pas à obtenir des chiffres fiables sur le nombre de migrants présents en Grèce. Nous leur demandons combien il y a de femmes, d’hommes ou d’enfants en âge d’être scolarisés. Et les résultats restent approximatifs », s’impatiente une source européenne proche du dossier.

« Comment avoir des listes aussi précises lorsque les données changent tout le temps ?, répond-on du côté de l’Etat grec. Nous n’avons pas compté les gens en prison. Ce sont des réfugiés libres de circuler. [Ils peuvent décider d’aller] soit d’un camp à l’autre, soit de vivre en ville, soit de tenter de continuer leur route illégalement, même si nous surveillons nos frontières. »

Reprise du trafic des passeurs

Une partie des migrants, estimée par M. Mouzalas à environ 4 000 personnes, a en effet refusé d’entrer dans une procédure d’asile ou de départ car préfère coûte que coûte tenter de rejoindre l’Europe du Nord. Le trafic des passeurs, un temps assoupi lorsque les frontières étaient ouvertes, entre juillet 2015 et février, a donc repris de plus belle. Les frontières macédonienne, albanaise et bulgare sont officiellement fermées, mais des trafics ont bien lieu. Autour de la gare de Thessalonique (nord de la Grèce), où s’entassent des familles afghanes entières, les passeurs proposent le passage à pied en Macédoine pour 800 euros par personne. Ou 1 200 euros pour aller jusqu’en Serbie.

Pour M. Mouzalas, le recensement permet de « commencer à ordonner le chaos » provoqué en février par la fermeture de la route des Balkans. « Nous pouvons réussir à gérer à terme les quelque 30 000 personnes vouées à rester sur notre territoire », affirme M. Voudouris, au ministère de la politique migratoire. Seule inquiétude affichée des autorités grecques : que la Turquie rouvre les vannes et laisse à nouveau débarquer des centaines de milliers de migrants sur les îles de la mer Egée. La Grèce serait alors totalement et très rapidement dépassée.

Adéa Guillot

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Dernière modification : 25/08/2016