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J-15/12/2016

 

 

15 décembre 2016

Journal Le Monde (daté du 16/12/2016)

Journal Le Figaro

La France conteste la suspension de l'allégement de la dette grecque

Les pays de la zone euro ont décidé mercredi de suspendre des mesures d'aménagement de la dette grecque décidées il y a dix jours. Ils estiment que le gouvernement grec aurait dû les consulter avant d'annoncer une prime aux retraités.

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Michel Sapin, a contesté jeudi la décision de la présidence de l'Eurogroupe de suspendre les mesures d'allègement de la dette grecque, rappelant que ces mesures avaient été adoptées «sans aucune condition». «Les expressions individuelles ne sont pas des expressions collectives de l'Eurogroupe», a affirmé Michel Sapin lors d'une conférence de presse, dans une allusion implicite à l'Allemagne, pays qui a demandé la suspension de ces mesures. «Les dispositions d'allègement de la dette seront mises en oeuvre», a insisté le ministre, rappelant que cette décision était «le premier pas fait par les pays de l'Eurogroupe pour tenir leurs engagements vis-à-vis de la Grèce». Il a «souhaité que les incompréhensions soient levées au plus vite», soulignant «qu'aucun gouvernement n'avait autant tenu les engagements pris» que celui d'Alexandre Tsipras.

La situation s'est à nouveau envenimée mercredi entre la Grèce et ses créanciers européens. Les pays de la zone euro ont en effet décidé de suspendre la mise en œuvre d'une première série de mesures destinées à soulager le fardeau de la dette publique grecque qui pèse près de 180 % du PIB. Promises au premier ministre Alexis Tsipras, elles venaient pourtant d'être validées par les ministres des Finances, le 5 décembre. Et devaient ainsi être appliquées par le fonds de sauvetage de la zone euro (Mécanisme européen de stabilité, MES).

Mais voilà, le premier ministre vient d'annoncer la distribution de primes aux retraités les plus défavorisés ainsi qu'un report de la hausse de la TVA sur les îles de la mer Égée qui accueillent le plus de réfugiés. Des dépenses publiques supplémentaires envisageables car l'excédent budgétaire primaire (sans prendre en compte le charge de la dette) pour 2016 est supérieur à l'objectif fixé par les créanciers, estime Athènes. Sauf que depuis qu'il a signé le plan d'aide de 86 milliards d'euros en 2015, qui court jusqu'en 2018, le gouvernement grec est sous l'étroite tutelle de ses créanciers. Ainsi, il ne peut engager la moindre dépense budgétaire sans concertation préalable avec ses bailleurs sourcilleux.

«Il n'y a pas d'unanimité»

«Les institutions (Commission européenne, BCE, Mécanisme européen de stabilité, FMI) ont conclu que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos engagements. Certains États membres voient également les choses de cette façon et il n'y a donc pas d'unanimité maintenant pour mettre en œuvre les mesures d'allégement de la dette à court terme», a fait savoir le porte-parole de Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe et ministre des Finances néerlandais.

D'ailleurs, le porte-parole de Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand qui est un fervent défenseur de l'orthodoxie budgétaire, a récemment averti: «Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatérale ou annulées sans préavis».

Concrètement, les créanciers ont donc décidé d'analyser ces nouvelles dépenses budgétaires avant de poursuivre (ou non) la mise en œuvre des mesures d'allégement. Certes, ces dispositions n'auront qu'un effet limité sur la dette contrairement aux dispositions de moyen terme telle que l'extension des maturités qui restent ultracontroversées. Mais, politiquement, elles pourraient bien aider le premier ministre grec à faire avaler plus facilement la pilule de l'austérité à un électorat de plus en plus remonté. En outre, elles devraient donner un signal positif aux marchés et investisseurs sur la situation économique du pays. D'ailleurs, ces derniers n'ont pas attendu pour réagir. Dès l'annonce de la suspension mercredi après-midi, les taux d'emprunt grecs ont grimpé pour frôler 7%, leur plus haut en un mois, tandis que la Bourse d'Athènes perdait 3%.

Manon Malhère

 

Journal Les Echos

Journal Le Figaro

Journal La Tribune

Grèce : le ton monte entre l'Eurogroupe et le gouvernement

Les créanciers européens de la Grèce ont suspendu les mesures prises sur la dette la semaine passée pour répondre aux décisions sociales annoncées par Alexis Tsipras. Ce dernier est une nouvelle fois menacé d'une humiliation cuisante.

Alexis Tsipras aura donc dû boire le calice de l'humiliation jusqu'à la dernière goutte. Six jours après avoir annoncé des mesures en faveur des retraités, avec notamment un treizième versement de 300 à 800 euros pour 1,6 millions de pensionnés grecs et la suspension du relèvement du taux de TVA dans les îles du Nord de la mer Egée, frappés par la vague migratoire, le Mécanisme européen de Stabilité (MES), vient d'annoncer le gel du « toilettage » de la dette décidé par l'Eurogroupe du 5 décembre dernier.

Un gel sans importance ?

« Les institutions sont arrivées à la conclusion que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords », a indiqué un porte-parole du président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Les créanciers européens avaient montré de la mauvaise humeur après les annonces d'Alexis Tsipras, qui ne les en avait pas informé. Cette décision de geler les mesures sur la dette ne portent qu'assez peu à conséquence puisqu'il ne s'agissait que de mesures « préventives » contre de futures hausses de taux. Une seule mesure concerne 2017 et concerne une prime de 2 % que doit verser Athènes sur une dette contractée en 2012. L'essentiel n'est évidemment pas là.

Décision politique

Légalement, la décision d'Alexis Tsipras n'est pas en cause. Le mémorandum d'août 2015 prévoit que la Grèce puisse disposer de 40 % des excédents supplémentaires dégagés par le pays. Cet excédent supplémentaire en octobre 2016 s'élève à près de 3 milliards d'euros et les mesures prévues par le gouvernement grec ne sont que de 674 millions d'euros. Les engagements comptables d'Athènes ne sont essentiels que s'ils correspondent aux niveaux prévus par l'accord et par l'Eurogroupe qui a reconnu que de tels niveaux assuraient la viabilité (fictive) de la dette grecque. Elle est d'autant moins en cause que ces mesures sont socialement justifiables après les efforts du pays qui ont payé en termes budgétaires et les effets de la crise migratoire. Dès lors, cette mesure de rétorsion n'est qu'une décision purement politique visant à désarmer entièrement le gouvernement grec, à annihiler toute prétention à une politique sociale et économique autonome, mais aussi à achever de détruire la crédibilité politique d'Alexis Tsipras et de Syriza. Apparemment, les vieilles rancœurs politiques, qui avaient largement inspiré l'attitude des créanciers au cours du premier semestre 2015, ne sont pas éteintes.

Alexis Tsipras dos au mur

Reste qu'Alexis Tsipras est désormais dos au mur. Ce « gel » des mesures sur la dette annonce vraisemblablement un rejet de la conclusion de la seconde revue du programme, qui est en cours, et, partant, le gel du versement des fonds dont Athènes a absolument besoin avant l'été pour pouvoir honorer 6 milliards d'euros de remboursement de dettes. Dans ces conditions, le premier ministre grec n'a le choix qu'entre une nouvelle humiliation et un retrait de son projet, et un bras de fer qui, tôt ou tard, débouchera sur une crise proche de celle de début 2015, avec une Grèce privée de fonds devant choisir entre la sortie de l'euro ou l'acceptation des conditions des créanciers. Il peut aussi trancher le nœud gordien en appelant à de nouvelles élections, mais il est pratiquement certain de les perdre : Syriza accuse 17 points de retard sur les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) dans le dernier sondage.

Vers l'humiliation

Comme cela s'est déjà vu plusieurs fois depuis dix-huit mois, sur les expulsions des résidences principales ou sur le principe de baisses automatiques des dépenses en 2018, une nouvelle humiliation est donc la voie la plus probable. Et comme toujours, les créanciers ne manqueront pas alors de relever leurs exigences, notamment en demandant une nouvelle réforme du marché du travail visant à réduire l'influence des syndicats. La stratégie de Syriza semble plus que jamais avoir échoué.  En attendant, Alexis Tsipras joue ses dernières cartes en faisant voter au parlement le texte des mesures annoncées le 8 décembre afin de placer les conservateurs face à leurs responsabilités. ND devrait cependant voter en faveur des mesures, ce qui ne l'empêchera pas de blâmer une nouvelle défaite inévitable du gouvernement. Et de montrer son impuissance face aux créanciers.

Que veut l'Eurogroupe ?

Reste qu'il convient de s'interroger sur les méthodes de l'Eurogroupe, institution informelle mais devenue surpuissante, dominée par le ministre des Finances allemand et qui exerce une puissance quasi proconsulaire sur un Etat membre de l'UE et de la zone euro, la Grèce. Cette hâte à geler des mesures sur la dette qui étaient fort timides et qui n'avaient été acceptées qu'avec réserves montre que la stratégie de l'Eurogroupe qui, rappelons-le, est le conseil d'administration du MES, vise à maintenir le joug de la dette sur la Grèce. On ne peut s'empêcher de penser que cette escalade vise, in fine, à expulser la Grèce de la zone euro. Wolfgang Schäuble ne s'en est pas caché voici quelques jours en demandant dans une interview à Bild Zeitung que la Grèce fasse les réformes ou sorte de la zone euro. A cela s'ajoute évidemment la campagne électorale allemande sous la pression des Eurosceptiques d'AfD auxquels la CDU d'Angela Merkel ne veut donner aucune occasion de blâmer sa politique européenne.

Où est la France ?

Reste alors une autre question : pourquoi n'y a-t-il pas d'opposition suffisamment forte à l'Allemagne au sein de l'Eurogroupe pour mener une politique qui évite l'humiliation et maintiennent les rares avancées en matière de dettes ? Autrement dit, pourquoi la France laisse-t-elle faire ? François Hollande ne cesse pourtant de vanter son amitié avec la Grèce et son action pour « sauver la Grèce » en 2015. Il l'a encore répété lors de son discours de non-candidature. Le groupe des socialistes français du parlement européen protestent.  Mais dans l'Eurogroupe, depuis janvier 2015, la France est entièrement absente. Elle laisse faire, se contentant de vouloir récupérer le « beau rôle » une fois la pièce jouée sans elle. Le problème est que, pendant ce temps, l'économie et la société grecques continuent de subir les effets d'une politique européenne qui s'entête dans une stratégie perdante pour la Grèce aujourd'hui, et pour les autres pays de la zone euro, qui perdront à coup sûr leurs créances demain.

Romaric Godin

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Dernière modification : 15/12/2016