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J-02/09/2016

 

 

02 septembre 2016

Journal Le Monde (daté du 03/09/2016)

Journal Le Monde (daté du 03/09/2016)

Journal Libération

Journal Libération

La Grèce renouvelle à la chaîne

Après une mise aux enchères aux allures rocambolesques, quatre fréquences ont été attribuées pour la télé nationale.

La mise aux enchères des chaînes nationales généralistes privées aura rapporté 246 millions d’euros à la Grèce. Après différentes étapes de sélection des candidats cet été, la procédure s’est terminée ce vendredi à 3 heures du matin, à l’issue d’une ultime séquence tendance Fort Boyard : pendant un peu plus de soixante-trois heures, les huit candidats finaux pour l’obtention d’une licence ont été enfermés à Athènes dans les bureaux du Secrétariat général de l’information. Ils avaient des allures de forteresse assiégée : rues alentour fermées, cars de police stationnés… Quant aux candidats et équipes chargées des enchères, ils étaient sous haute surveillance, sans téléphone ni ordinateur personnel, interdits de sortir, pouvant se reposer sur un des 120 lits mis à disposition par l’armée ! Une escorte policière était même prévue pour aller aux toilettes.

A l’intérieur, la bataille qui se jouait dessinait l’avenir de télévision grecque. Jusqu’alors, six chaînes exploitaient de façon quasi anarchique et illégale les fréquences. Le gouvernement d’Aléxis Tsípras et son parti, Syriza, avaient promis de réglementer le secteur. Il l’a fait en légiférant d’abord, puis en limitant à quatre le nombre de fréquences pour le privé, en plus de celles exploitées par le groupe public ERT. Pour le gouvernement, la bataille est aussi idéologique ; elle consiste à mettre un terme à la «diaploki», le triangle hommes politiques-médias-banques, au cœur duquel se trouvent des hommes d’affaires et grandes familles grecques, par ailleurs à la tête de compagnies maritimes, pétrolières ou du bâtiment.

«Diaploki»

Cet objectif est-il atteint ? Certains formulent déjà des regrets, voire des inquiétudes. «La mise à prix des licences, de 3 millions d’euros, ne permettait pas d’inclure des syndicats, des associations de la société civile…», analyse ainsi Michalis Spourdalakis, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes. D’autres observateurs ironisent : «Syriza crée sa propre diaploki.» 

Deux des nouveaux oligarques qui débarquent sur le marché de l’audiovisuel sont «soupçonnés» d’être proches du pouvoir. Yannis Kalogritsas, un entrepreneur grec qui a acquis la licence pour la deuxième chaîne en offrant 52,6 millions d’euros a été accusé ces derniers jours d’accointances avec des membres du gouvernement. Quant à la troisième chaîne, elle revient à l’armateur Vangélis Marinákis, qui a déboursé 73,9 millions d’euros : président de l’Olympiakos, le club de foot du Pirée où il est très actif politiquement, cet homme d’affaires qui fait l’objet de poursuite judiciaire a croisé Rena Dourou, actuelle présidente de la région Attique et cadre de Syriza, juste avant qu’elle soit élue. Il lui aurait apporté son soutien en sous-main. Ces «on-dit» suffisent à envisager de nouveaux «intérêts croisés».

Quoi qu’il en soit, deux oligarques déjà implantés dans l’audiovisuel, et qui se sont emparés des licences quand Nouvelle Démocratie (la droite) était au pouvoir dans les années 90, continueront d’œuvrer à travers le petit écran : l’homme d’affaires Yannis Alafouzos a conservé sa chaîne, Skai, en versant 43,6 millions d’euros aux enchères au premier tour ; la quatrième et dernière licence reste dans les mains de Thodoris Kiriakou, qui poursuit les activités de Antenna contre 75,9 millions d’euros.

«Victoire»

Pour Nikos Smyrnaios, chercheur à l’Université de Toulouse, «c’est une victoire pour ce gouvernement qui a pu mener à bien cette procédure malgré les pressions des oligarques». Six des huit candidats ont par exemple tenté de bloquer la procédure mais ils ont été déboutés par le Conseil d’Etat grec, la plus haute juridiction administrative du pays.

Les chaînes ont maintenant quatre-vingt-dix jours devant elles : les nouvelles pour se préparer, les autres pour fermer leurs portes ou se repositionner : «Elles pourront toujours diffuser sur Internet, sur des plateformes payantes ou à l’échelle régionale», prévient un cadre gouvernemental. Echelle à laquelle une procédure d’attribution des licences devrait aussi être menée, sur le même modèle. Syriza semble en tout cas réussir un pari : celui de la transformation du paysage audiovisuel grec.

Fabien Perrier

 

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Dernière modification : 06/09/2016