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J-27/04/2017

 

 

27 avril 2017

Journal Le Monde

« Le temps d’une Europe unie, progressiste et sociale est venu »

Dans une tribune au « Monde », le ministre Nikos Pappas, l’un des plus proches collaborateurs d’Alexis Tsipras, premier ministre grec, explique qu’il faut retrouver les valeurs fondamentales de l’intégration européenne par une perspective fédéraliste.

TRIBUNE. Poursuivre le même chemin qu’aujourd’hui mènera les peuples européens à des impasses, à des inégalités et à l’euroscepticisme. Et fera d’un virage vers l’extrême droite une menace bien réelle.

Quelles solutions devraient, alors, adopter les forces de gauche et les forces progressistes ? Quelles politiques et quelles priorités pourraient refonder la grande expérience historique d’une Europe unie et faire renaître la confiance des peuples européens ?

La réponse à cette question fondamentale requiert courage politique et vision stratégique. Elle exige que nous déterminions quel type d’Europe nous voulons en tant que citoyens convaincus que la « main invisible du marché » ne peut d’aucune façon apporter les solutions sociales et économiques les plus efficaces.

L’Union européenne (UE) est politiquement affaiblie et blessée dans l’esprit des citoyens. Les résultats de tous les référendums au cours des dernières années montrent que la proposition politique soutenue par les principales forces politiques a été rejetée. Les tendances centrifuges ne se limitent pas à Londres et la crise des réfugiés a dévoilé que dans de nombreux pays, les droits communautaires ne sont plus considérés comme acquis.

Nationalisme et intolérance

La gauche moderne, soit-elle socialiste ou radicale, ne se réjouit pas de ces problèmes. Au contraire, les impasses devant lesquelles se trouve la consolidation européenne constituent un signal d’alarme et une incitation au combat politique pour la défense du projet européen, par sa refondation progressiste. Parce que pour nous, l’Europe continue d’être la « maison commune de ses peuples » ainsi qu’un espace géographique et politique où les gouvernements, la politique, la gauche peuvent mettre un terme à l’agenda agressif des marchés.

Les impasses actuelles ont été façonnées par l’échec de politiques qui ont dominé en Europe pendant plus de vingt ans. Des politiques qui ont été mises en œuvre par les forces convergentes des conservateurs et une partie de la social-démocratie sur le terrain du néolibéralisme. Ces politiques ont aliéné les citoyens, écrasé la société, et fait croître les inégalités économiques ainsi que les inégalités entre les pays. Elles ont donné au nationalisme et à l’intolérance un espace où se développer et créé un public prêt à les écouter.

A un autre niveau mais toujours à cause de ces politiques, l’Europe dans son ensemble est restée inerte, non seulement elle n’a pas progressé mais elle a, malheureusement, perdu du terrain. Sur la scène internationale de nouveaux joueurs dynamiques détournent les marchés, attirent les nouveaux investissements en capitaux et intègrent à un rythme soutenu les fruits de la recherche et de la technologie à leur production. Nous ne devons plus laisser l’Europe vieillir et se marginaliser.

Un plan de réformes profondes

Le renversement de cette crise démocratique et économique ne s’accomplira que si nous retrouvons les valeurs fondamentales de l’intégration européenne : Liberté, démocratie, droits de l’homme, solidarité, état de droit, soutien du système de protection et d’assistance sociale.

Cependant, dans la situation actuelle de crise où nous nous trouvons, il nous est demandé de faire bien davantage.

Nous devons dessiner un plan précis et réalisable pour que nos idées soient mises en pratique. Un plan de réformes profondes dans la structure et le fonctionnement de l’Union européenne. Des politiques applicables immédiatement et une stratégie ciblée sont nécessaires comprenant :

– Un budget communautaire plus élevé ;

– Le renforcement du pouvoir du Parlement européen ;

– L’union bancaire et la garantie paneuropéenne des dépôts ;

– Une allocation-chômage européenne ;

– Le fonctionnement de la Banque centrale européenne comme prêteur en dernier ressort ;

– L’inclusion effective des objectifs de croissance et d’emploi dans les traités ;

– Un pilier européen des droits sociaux et du travail.

Une alternative progressiste claire

Ce plan politique ne peut se concrétiser que par une perspective fédéraliste pour l’Europe. Elle ne peut être qu’une alternative progressiste claire face à l’immobilisme des compromis intergouvernementaux sans fin (où souvent règne la loi du plus fort), au nationalisme, au darwinisme social et à la marginalisation économique de notre continent dans son ensemble que souhaite l’extrême droite.

La vision du fédéralisme progressiste de gauche pourra redonner vie à l’UE et constituer une source d’inspiration pour nos sociétés. Les conditions politiques qui nourriront une telle vision mûrissent de jour en jour. Des forces qui appartiennent à la famille socialiste se réorientent vers des directions compatibles aussi bien avec leur grand héritage historique qu’avec ce qu’elles ont apporté à l’Europe.

La gauche radicale grandit et revendique même l’exercice de la gouvernance, parfois s’alliant avec les écologistes et les mouvements démocratiques et progressistes de citoyens qui ont émergé dans beaucoup de pays en tant que forces de renouvellement et contrepoids face à la menace de l’extrême droite.

La taille du défi qui se profile devant nous est d’une telle ampleur qu’il redéfinit les lignes de division du passé. En 1941, quelques précurseurs européens avaient rédigé Le manifeste de Ventotene, qui s’est révélé prophétique : pour eux, la ligne de démarcation entre partis progressistes et partis réactionnaires suit désormais la ligne de séparation entre ceux qui conçoivent comme finalité essentielle de la lutte la vieille ambition de la conquête du pouvoir politique national et ceux qui verront comme une tâche centrale la création d’un état international solide, qui canaliseront vers ce but les forces populaires et qui s’en serviront, en toute première urgence, comme instrument de la réalisation de l’unité internationale.

Les partis conservateurs ne peuvent garantir l’avenir de l’Europe. Le retour à la fortification derrière des frontières serait une régression historique et politique. Elle n’a pas d’avenir. Le temps d’une Europe unie, le temps d’une Europe progressiste et sociale est venu.

Nikos Pappas (Ministre de la politique digitale grec des télécommunications et de l'information)

Magazine Le Point

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