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Tsipras - Realnews

 

 

Extraits de l’interview du Premier ministre Alexis Tsipras

accordée au journal Realnews 

03 janvier 2016

 

D’un avis général 2016 s’annonce être une année très difficile.

2016 sera l’année du redressement et de la sortie de la crise. Et ceci n’est pas un vœu. Pour la première fois nous avons la possibilité de mettre un terme au cercle vicieux de la récession dans lequel nous sommes entrés en 2010. Tout d’abord, nous avons réussi à boucler une année particulièrement difficile, année d’âpre négociation, avec zéro récession, quand tout le monde l’estimait à 4%. Et ce n’est pas le produit d’un miracle mais d’un travail très dur. Pour la première fois, la Grèce occupe la première place des 28 états-membres pour l’absorption des fonds du CRSN 2007-2013, grâce à l’effort intense d’assainissement des programmes. En l’espace d’un seul trimestre nous avons réussi à injecter dans l’économie réelle 5 milliards d’euros. Tandis qu’en 2016 nous allons injecter dans l’économie réelle, conjointement avec des programmes structurels et des programmes des banques européennes de développement (EIB, EBRD), au total 8 milliards d’euros. Dans le même temps, le succès de la recapitalisation des banques et l’achèvement attendu de la première évaluation vont permettre d’entamer la discussion au sujet de la réduction nécessaire de la dette, qui, à son tour, marquera le rétablissement de la confiance dans la dette sur les marchés. Par conséquent, 2016 sera l’année où nous retrouverons la croissance, nous en terminerons avec les contrôles de capitaux dans les banques, nous réduirons la dette et nous retournerons sur les marchés. En deux mots, cela sera l’année du comeback de la Grèce après 6 années de crise.

Oui mais je voulais vous demander si réellement vous pensez que le mémorandum signé est réalisable…

Une condition pour la réussite est le retour de la croissance et le redémarrage de l’économie. Avec un programme d’investissements publics et européens qui injectera 8 milliards d’euros dans l’économie, avec une saison touristique dont tous les indicateurs montrent qu’elle dépassera toutes les précédentes et probablement atteindre les 18 milliards d’euros et avec le retour tant souhaité de la confiance des marchés qui ouvrira la voie à des investissements privés, l’économie aura de très importantes possibilités de redressement. D’ailleurs n’oublions pas que l’accord a pour objectif un excédent en 2016 de seulement 0,5% du PIB. Si nous n’avions pas réussi cela après une difficile négociation, alors 2016 n’aurait pas été simplement difficile mais catastrophique, puisque le gouvernement Samaras-Vénizélos avait convenu d’un excédent primaire de 4,5% c'est-à-dire 7 milliards d’euros de plus. S’il existe un accord qui n’était pas réalisable, parce qu’il avait été conçu pour ne pas l’être, c’est celui signé par le précédent gouvernement.

Votre gouvernement a devant lui la réforme de l’assurance. Vous continuez à vous engager qu’il n’y aura aucune baisse dans les retraites principales. Comment convaincrez-vous les créanciers ?

Il n’y a aucun doute que le système d’assurance a atteint ses limites et se trouve au bord du gouffre. Les responsabilités sont connues et concernent la gestion de l’assurance par les gouvernements d’après-guerre mais surtout du PASOK et de la Nouvelle Démocratie non seulement durant la période de la crise mais avant celle-ci. Je vous rappellerais les taux zéro des réserves de liquidités de la Banque de Grèce quand l’inflation s’élevait à 25%, la bulle boursière, les obligations structurées ainsi que la catastrophe du PSI qui a coûté plus de 13 milliards d’euros aux caisses d’assurances. La réforme, par conséquent, est nécessaire de sorte à ce que le système soit viable. Une nouvelle fois nous sommes là pour éteindre un feu que nous n’avons pas allumé. De 2010 à aujourd’hui, d’ailleurs, il y a eu 11 coupes dans les retraites par la Nouvelle Démocratie et le PASOK. L’engagement que nous avons pris avec l’accord de juillet est la réduction de la dépense des retraites de 1% du PIB en 2016. Nous avons déjà garanti sa réduction de 0,6% sans baisse des retraites et il reste environ 0,4% c'est-à-dire environ 600 millions d’euros. Il n’y a, cependant, aucune obligation à ce que nous trouvions cette somme par des baisses des retraites. Au contraire, l’accord prévoit la possibilité de prise de mesures équivalentes, sur lesquelles nous avons déjà travaillé. Les créanciers, donc, doivent savoir que nous avons suivi à la lettre l’accord, sans que cela suggère que nous nous plierons à des exigences injustes et déraisonnables.

Et vos lignes rouges vis-à-vis des décisions pour les prêts « rouges » ?

L’engagement du gouvernement est que les prêts immobiliers qui relèvent de la protection de la résidence principale ainsi que les prêts des petites-moyennes entreprises seront protégés des intentions cyniques des marchés. Pour les petits et moyens, nous livrerons bataille et nous les protègerons. Nous n’avons pas la même anxiété, je l’avoue, pour ceux qui prenaient durant des années des prêts à fonds perdus auprès des banques et présentent de soit-disant bilans déficitaires tandis qu’ils épurent leurs gains dans des sociétés offshores à l’étranger. Le cadre régulateur, donc, sera sévère mais socialement juste.

Le vote pour le système d’assurance constitue pour vous également un vote de confiance du gouvernement ?

Le gouvernement a obtenu au cours des trois derniers mois deux votes de confiance. Un sur les déclarations programmées et un pour le Budget. Néanmoins, le vote sur l’assurance constitue un vote de confiance aux générations futures qui ont le droit à une protection sociale. C’est pour cela que je crois que finalement le nombre de députés qui donneront leur vote de confiance au futur dépassera largement les 153.

Vous persévèrerez dans la nécessité d’une entente nationale pour ces questions ? Et qu’allez-vous faire ? Vous inviterez par exemple à des rencontres les chefs de partis politiques ou vous examinerez l’éventualité d’une nouvelle rencontre avec le Président de la République ?

De notre côté nous avons fait ce qu’il était possible de faire pour adopter une ligne rouge nationale pour la protection des retraites. Les forces de l’opposition, cependant, ont décidé dans une logique à courte vue de saper cet effort. Ce qui, cependant, nous intéresse en premier lieu est d’avoir à nos côtés la société dans ce grand effort. Ceci est notre principale priorité et c’est dans cette voie que nous persévèrerons.

Est-ce que votre gouvernement souhaite la participation du FMI ?

La position claire du gouvernement est que quiconque est bienvenu du moment où il respecte les efforts de la Grèce et les difficultés du peuple grec. Quiconque, également, compte avec les particularités européennes et a pour objectif un dénouement réussi et non une sape durable du programme. Je crois que le Fonds va prendre tout cela en compte et prendra ses décisions d’ici au mois de mars.

Quand pensez-vous que l’évaluation va s’achever ?

Le processus commencera immédiatement après le vote sur l’assurance et la réglementation sur les prêts « rouges ». Notre but est que l’évaluation soit achevée avant la fin février.

La discussion sur la dette pourrait-elle tarder à commencer ? Quelles seront les positions du gouvernement grec lors de la négociation ?

L’accord est précis et doit être respecté. La discussion sur la dette s’ouvrira avec la finalisation de la première évaluation. En ce qui concerne les positions du gouvernement grec elles sont, elles aussi, claires. Nous avons déjà réussi une restructuration avec le refinancement de juillet qui prévoit une période plus longue de remboursement et des taux bas jusqu’en 2019. Le deuxième palier est l’allégement du remboursement annuel de la dette pour la période après 2022, de sorte à consolider le traité de stabilité de longue durée et rendre la dette viable à long terme.

Vous avez parlé d’un programme national de croissance. Quand allez-vous l’annoncer et quel sera son objectif ?

L’accord prévoit que nous déposions le plan national complet pour la croissance jusqu’à la fin mars 2016. Ceci correspond également à notre calendrier. En ce qui concerne le contenu, nous élaborons un plan qui vise à dynamiser la demande active, à renforcer le travail et à tonifier la compétitivité, cependant sans réduire la part salariale comme la logique néo-libérale le préconise et qui a échoué partout en Europe. L’objectif est de mettre l’accent sur l’innovation, la qualité et la valorisation des avantages concurrentiels de l’économie grecque, comme l’est son personnel hautement qualifié, sa position géostratégique, etc.

Quand allez-vous déposer les propositions pour la révision constitutionnelle ? Comprendront-elles une réduction du nombre des députés ?

La Constitution grecque a subi des blessures tant sur son contenu que sur son application. Sa révision est nécessaire et impérative pour qu’elle soit plus sobre, sage et bien entendu plus démocratique. C’est une question de crédibilité du système politique. Il n’est pas concevable, par exemple, que la classe politique ne soit pas soumise aux mêmes mesures pénales que n’importe quel autre citoyen. Ceci doit cesser. Notre but, cependant, est que le débat pour la Constitution se déroule avec la plus large participation possible de la société, des institutions, des citoyens, du Parlement. Nous déposerons nos propositions après la première évaluation du printemps, de sorte à pouvoir lui accorder toute l’attention nécessaire et toute l’importance qui lui sont dues. Maintenant, en ce qui concerne le nombre de députés, nous n’avons pas de tabous, nous aborderons tous les sujets, mais croyez-moi je ne pense pas que cela soit le problème majeur du système politique grec. Quand des questions de démocratie et de participation des citoyens, de responsabilité des ministres, de protection des droits individuels, il est bon que le débat ne dévie pas vers des sujets stupides et incompréhensibles.

Votre proposition pour la loi électorale comprend-elle la suppression ou la baisse du bonus de 50 sièges ? Le seuil de 3% va-t-il rester ?

Notre proposition pour la loi électorale constituera une section de la révision constitutionnelle et visera à un système électoral plus proportionnel et constant, qui sauvegardera dans le même temps la possibilité de former un gouvernement avec une appartenance politique et idéologique claire. Nous ne créerons pas un système électoral qui favorisera les grandes coalitions et les formations inconvenantes.

À quand estimez-vous la fin du contrôle des capitaux ?

J’ai déjà exposé à multiples reprises le projet politique et l’agenda du gouvernement, nous souhaitons terminer la première évaluation au cours du premier trimestre 2016, par la suite la discussion sur la dette sera lancée et au cours du deuxième trimestre 2016 nous serons déjà passé à des rythmes positifs de croissance. Durant cette période, les contrôles de capitaux seront progressivement allégés, de sorte à ce que nous abordions le second semestre 2016 avec des rythmes de croissance positifs et une totale liberté de transfert de capitaux.

Quelles sont les lignes rouges du gouvernement concernant la formation d’un Corps de Garde Frontières Européen ? Ne redoutez-vous pas une légalisation de la « grisisation » de l’Égée ?

L’Égée n’est pas gris pour que soit légalisée une quelconque grisisation. En aucun cas les décisions européennes au sujet du Corps de Garde Frontières Européen ne peuvent mener à des questions de souveraineté en Égée. Les frontières de la Grèce sont les frontières de l’Union et il n’y a aucune contestation possible à ce sujet.

Dernièrement, pourtant, les flux de réfugiés sont en augmentation en provenance de Turquie. Que va-t-il se passer si la Turquie ne respecte pas l’accord avec l’UE puisqu’elle a déjà reçu les importantes contreparties ?

La crise des réfugiés n’est pas une question bilatérale. Il s’agit d’une crise mondiale qui peut ébranler les fondations mêmes de l’Europe. C’est pourquoi il est nécessaire que la logique de la solidarité, de l’humanisme et de la protection pieuse des droits de l’homme doit prévaloir. Ceci, cependant, ne veut pas dire que l’Europe ne doit pas faire tout ce qu’elle peut pour convaincre la Turquie de respecter ses engagements. En même temps, elle doit avoir le courage de commencer le processus de relocalisation non seulement depuis les îles grecques mais aussi depuis le littoral turc.

Envisagez-vous d’aborder la question d’un assouplissement du programme en raison des conséquences sur notre pays de la crise des réfugiés ?

La question d’un assouplissement budgétaire en raison de la crise des réfugiés a déjà été discutée au plus haut échelon européen, M. Schultz compris. Je pense qu’une telle perspective est non seulement souhaitable mais indispensable. Non seulement pour la Grèce, qui est sous programme, mais pour tous les pays directement touchés par la crise des réfugiés.

A votre connaissance, l’étude des listes parvenues à Athènes peut-elle mener à de l’argent politique ?

Notre gouvernement ne reste pas les bras croisés face au problème de la fraude fiscale qui très souvent dissimule aussi de la corruption. Le gouvernement fait tout son possible pour aider la Justice à faire son travail mais ne s’implique pas là où il n’a pas de compétence. Nous faisons ce qu’il y a à faire pour que les informations parviennent à la Justice et ensuite seuls les juges et les procureurs sont compétents et responsables des évolutions.

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Dernière modification : 13/01/2016