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1832-1893

 

 

Aperçu de l’Histoire de la Grèce moderne

Par S. Petmezas  

De l’Absolutisme à la monarchie constitutionnelle (1832-1862)

Comme Othon était encore mineur lorsqu’il fut proclamé roi de Grèce, son père opta pour une régence tripartite lui permettant de gouverner en son nom. Au cours des années suivantes, une kyrielle de fonctionnaires civils et militaires bavarois décidèrent de mettre en place une politique de centralisation du pouvoir, de modernisation des institutions et de réforme sociale. Ils étaient soutenus tant par des philhellènes idéalistes que par des intellectuels grecs, provenant en majorité des centres urbains situés hors des frontières de la Grèce indépendante. Étrangers et insensibles aux particularités de la vie sociale et politique du pays, ces derniers furent bientôt perçus comme des "intrus arrogants", et accusés, quelque soit leur influence politique et leur puissance, de monopoliser l’administration et de léser les notables locaux et les chefs militaires ; ces derniers manquaient d’appuis et de pouvoirs pour faire carrière dans cette nouvelle administration bureaucratique. La Régence bavaroise et ses gouvernements successifs suivirent la politique de Capodistria, mais en se dotant cette fois de tout le soutien militaire et diplomatique nécessaire à s’imposer. Les nouveaux systèmes d’administration, d’armée, de justice et d’éducation furent mis au point selon les normes européennes d’alors. Par ailleurs, l’Église dut rapidement se couper de l’administration patriarcale et se soumettre pleinement aux prérogatives royales. Enfin, en 1837, l’Université d’Athènes, la première institution de ce genre dans toute l’Europe du sud-est et moyen-orientale, ouvrit ses portes. En dépit des querelles perpétuelles opposant entre eux les bureaucrates bavarois, les fonctionnaires philhelléniques et grecs, les notables des environs et les chefs militaires, la nouvelle administration et ses institutions prouvèrent leur solidité et survécurent.


L'ancien édifice du Parlement 

à Athènes


Malheureusement, les nouvelles structures politiques étaient loin d’être celles de la République constitutionnelle conçues pendant la Guerre d’Indépendance grecque. La nécessité d’une nouvelle constitution et d’une distribution par l’État de l’ancienne propriété foncière ottomane (déjà sous contrôle effectif des paysans) se faisait ressentir de manière urgente. Le 3 septembre 1843, une révolte obligea le roi à accepter l’élaboration d’une nouvelle constitution. L’année suivante, l’Assemblée nationale élue s’y consacra, allant dans le même sens que les autres chartres constitutionnelles conservatrices d’Europe. D’après la constitution de 1844, le Parlement élu partageait son pouvoir législatif avec le monarque et le Sénat, dont les membres étaient choisis par le monarque lui-même. De même, le roi avait le pouvoir de choisir ses ministres. Malgré son caractère conservateur, cette constitution établit l’indépendance de la Justice et garantit l’ensemble des droits de l’homme et du citoyen. En raison de la prédominance des petites propriétés agricoles, le suffrage était quasiment universel. À partir de 1844, la Grèce devint donc un État constitutionnel, pâtissant d’un problème essentiel : une distance persistante entre la modernité de ses institutions et un certain archaïsme de son économie et de sa structure sociale. En effet, les institutions représentatives et le suffrage quasiment universel de la Grèce se trouvaient paralysés par le manque de contrôle des zones rurales. Qui plus est, l’insuffisance des ressources financières empêchait l’État de prévoir les infrastructures nécessaires.

L’époque Wittelsbach fut celle d’un développement économique ralenti et d’une domination tripartite de la politique par des factions confédérées composées de dignitaires locaux et des chefs militaires. Chaque parti politique était sous la protection de l’une des trois grandes puissances, exerçant ainsi une influence extraordinairement décisive sur la politique intérieure et étrangère de la Grèce. Néanmoins, la vie intellectuelle connut un véritable essor. Le système d’éducation évolua rapidement, on publia de nombreux ouvrages et organes de presse et, en moins d’une génération, une population éduquée et cultivée s’était développée. En revanche, le système politique, lui, devenait de plus en plus obsolète.

Un puissant sentiment patriotique naquit au cours de la longue et sanglante Guerre d’Indépendance. De fait, étant donné que la majorité des Grecs et des autres populations chrétiennes supportaient difficilement le régime autoritaire turc, toute crise diplomatique sur la question d’Orient et toute révolte, même insignifiante, mobilisait la citoyenneté grecque et prenait la tournure d’une grande question intérieure. Les révoltes successives en Crète, en Épire, en Thessalie et en Macédoine déclenchèrent de grands mouvements de solidarité et requirent l’assistance militaire grecque. La "question nationale" domina et hanta la politique grecque jusqu’à la période de l’entre-deux guerres. Quant à la politique de soutien active des principales puissances européennes en faveur de l’intégrité de l’Empire ottoman, elle n’était pas sans offenser la plupart des Grecs.

Othon se révéla être un fervent patriote mais ne sut pas prendre de recul par rapport aux problèmes quotidiens de politique interne des partis. Rapidement, il tenta d’imposer sa volonté sur toutes les questions gouvernementales. C’est ainsi qu’on lui attribua, certes, les quelques succès du jeune État, mais également tous les échecs. Après une brève période de popularité durant la guerre de Crimée, alors que les troupes britanniques et françaises occupaient Athènes et le Pirée pour éviter que la Grèce n’aie à prendre part au conflit, Othon choisit de tenir, à lui seul, toutes les ficelles du pouvoir. Le dysfonctionnement du système institutionnel avait aliéné la nouvelle génération parmi les notables et les hommes politiques, mais aussi au sein de la classe moyenne croissante, plus éduquée. Aussi, au cours des dernières années d’Othon au pouvoir, un puissant mouvement libéral prit de l’ascendant et engendra deux révoltes militaires (janvier et octobre 1862), toutes deux fermement soutenues par un grand nombre de citoyens et de fonctionnaires insatisfaits.

La mise en place du régime parlementaire libéral et du développement économique (1862-1893)

La courte période d’anarchie et de troubles civils qui suivit la révolution d’octobre 1862 s’acheva avec l’élection du nouveau roi, Geoges Ier, de la maison danoise de Glücksburg. Le gouvernement de Grande-Bretagne avait longuement mûri ce choix. Une fois satisfait de la solution apportée à la crise, il se consacra à ce que la population de la République septinsulaire, alors sous sa protection officielle, réclamait depuis si longtemps : le rattachement à la Grèce. L’unification eut lieu en mars 1864. En présence des représentants des "Sept îles" lors des délibérations, l’Assemblée nationale procéda au vote de la nouvelle constitution libérale. Désormais, les pouvoirs exécutif et législatif furent complètement séparés. Un Parlement à une chambre fut élu au suffrage universel masculin (jusqu’en 1945). Enfin, les droits de l’homme et les libertés individuelles étaient garantis et méticuleusement préservés de l’arbitraire de l’État.

Le droit exclusif du roi de choisir ses ministres et la forte tendance de chaque gouvernement royal à intervenir dans les élections parlementaires entraîna bientôt une amère querelle politique. Le "principe du parlementarisme" fut alors imposé : depuis 1875, le chef de l’État grec demande au dirigeant politique ayant obtenu la majorité au Parlement de former un gouvernement. Ce dernier et l’ensemble de ses ministres sont responsables devant le Parlement. Ainsi, la vie politique du dernier quart du XIXème siècle fut dominée par un système politique bipartite stable, dirigé par des politiciens d’influence tels que Alexandre Koumoundouros et Théodore Déliyannis. Charilaos Tricoupis gouverna sur presque toute la période 1880-1895, menant à bien des réformes salutaires dans les domaines de l’administration, de la justice, de l’armée et de l’éducation en Grèce.


"Le Parlement des grecs"

Peinture sur huile d'une session du Parlement à la fin du XIXème

avec Charilaos Tricoupis en chaire

par N. Orlof (Athènes, 1930)


À la fin des années 1860, la croissance économique accélérée a influencé l’évolution de la constitution. Au Pirée, à Ermoupolis et dans d’autres villes grecques, les moulins mécaniques et les usines poussaient comme des champignons. Parallèlement, les banques naissaient et la riche diaspora grecque commençait à investir dans la Grèce indépendante. Les exportations de raisins de Corinthe, d’huile d’olive, de tabac et d’autres produits d’arboriculture financèrent les importations croissantes de blé et de produits manufacturés. En 1881, le rattachement de la Thessalie et d’une partie de l’Épire (la province d’Arta) au royaume permit d’anticiper davantage la croissance sur le plan économique. Les plaines de Thessalie, considérées comme le futur grenier grec, allaient permettre d’alléger les fortes importations de blé et d’épargner des fonds pour investir dans les secteurs plus productifs de l’économie. 

Malheureusement, le système de métayage, utilisé en Thessalie et en Épire par les marchands et les financiers de la diaspora grecque dans leurs grandes fermes archaïques de culture extensive (tchiftliks), tendait à limiter la production au minimum vital. D’un côté, Tricoupis menait une politique en faveur des propriétaires absentéistes, dont la plupart étaient des membres de la diaspora grecque aisée. De l’autre, il aliénait les métayers grecs récemment libérés, ce qui déclencha de grands troubles politiques et sociaux en Thessalie et à Arta. Enfin, sur le plan économique, l’intégration de ces provinces finit par se révéler plus néfaste que salutaire pour l’industrie grecque.


Charilaos Tricoupis

Premier ministre

1882-1885

1887-1890


Outre la modernisation bureaucratique, Tricoupis conçut une politique de travaux publics onéreux - voies de chemin de fer, grand-routes, ports et phares - afin d’obtenir les fonds alloués aux emprunts publics par le marché international des capitaux. Cependant, la crise diplomatique inattendue de 1885-1886 et les lourdes dépenses militaires liées au conflit avec la Bulgarie, à propos de la Macédoine et de la Thrace, entamèrent sérieusement le budget grec. À partir de la révolte crétoise de 1866 à 1869, chaque nouvelle crise concernant la question d’Orient (1875-1881, 1885-1886 et 1896-1897) creusaient toujours davantage les dépenses publiques. En dépit des nouveaux impôts indirects, les recettes publiques ne suffirent à couvrir ni les dépenses croissantes ni les nouveaux emprunts, contractés pour rembourser les intérêts des anciens. Finalement, en décembre 1893, devant l’incapacité d’obtenir des emprunts supplémentaires, Tricoupis cessa d’honorer le service de la dette publique grecque, ce qui ne fut pas sans provoquer une réaction brutale sur le plan international.


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Dernière modification : 11/02/2015