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1924-1949

 

 

Aperçu de l’Histoire de la Grèce moderne

Par S. Petmezas

 

La deuxième République hellénique (1924-1935) 

L’armée qui évacua l’Asie mineure retourna en Grèce pleine de rancoeur contre le gouvernement royal, qu’elle estimait responsable de haute trahison. Les officiers vénizélistes prirent aisément le pouvoir et obligèrent, une fois de plus, le roi Constantin à quitter le pays. Peu après, une cour militaire vénizéliste condamna à mort six ministres et généraux pour leur rôle dans la campagne anatolienne, ce qui heurta profondément les sensibilités partisanes. Les factions radicales du camp vénizéliste étaient influentes et en mars 1924, l’Assemblée nationale proclama la République de Grèce. Quelques semaines plus tard, cette décision fut ratifiée par référendum. La jeune République, consacrée dans la constitution de 1927, était extrêmement fragile, non seulement parce qu’elle devait affronter l’opposition d’une minorité royaliste forte, mais aussi à cause des divisions internes des vénizélistes qui, en l’absence de leur dirigeant, étaient divisés de l’intérieur. 

Le pays appauvri était accablé par le nombre de ses réfugiés sans ressources, soit plus de 1 250 000 personnes venues d’Asie mineure et des Balkans. Environ 420 000 musulmans et Slaves quittèrent le pays, de gré ou de force. Ainsi, la Grèce fut-elle à nouveau transformé en pays homogène. Cependant, les relations intercommunautaires étaient tendues, car les réfugiés se disputaient la terre avec les paysans indigènes et, dans le secteur industriel, constituaient une main-d’œuvre lamentablement sous-payée. Il fallut toute une génération pour que les réfugiés soient totalement assimilés à la société grecque, ce qui fut une réussite en soi, compte tenu des ressources financières dont disposait le pays. 

La réforme agraire prit un tour radical et fit de la Grèce un pays de petits propriétaires, tout en rattachant définitivement les métayers au parti vénizéliste. Certes, les provinces récemment annexées du nord de la Grèce comprenaient de vastes plaines mais elles manquaient sérieusement d’équipements d’une part, et de manière plus urgente, des fonds nécessaires à l’amélioration et à l’assèchement des terres à grande échelle. Enfin, il fallait pouvoir subvenir aux besoins des réfugiés en ville. C’est pourquoi, dans son effort pour parvenir à l’intégration socio-économique de ses réfugiés (à travers une politique de grands travaux), puis à une reprise économique rapide, la Grèce dépendait fortement des emprunts à l’étranger. Ces derniers étaient généralement contractés sous l’égide de la Société des Nations. Les réformes économiques des premières années d’après-guerre furent d’ailleurs largement imposées par la communauté internationale, exerçant une influence positive durable sur la modernisation et l’évolution de l’économie grecque.


A. Papanastasiou

Premier ministre

1924-1925


Cependant, à court terme, la situation économique et sociale des années 1920 était critique. La dépression générale et l’insécurité étaient exacerbées par la fin brutale de l’émigration clandestine, qui s’était révélée être une soupape de sécurité indispensable au secteur agraire surpeuplé. L’agitation sociale, combinée aux querelles diplomatiques, déclenchait de nouveaux différends politiques. Le général Pangalos fut à l’origine d’un coup d’État (1925-1926), et seul le retour de Vénizélos, après une écrasante victoire aux élections de 1928, sut temporairement stabiliser le climat politique. 

Au cours de son dernier mandat au pouvoir, Vénizélos prit des mesures durables pour garantir des relations constructives avec la Turquie kémaliste. Cela apaisa les tensions dans les Balkans, et relança la fragile économie grecque. Malheureusement, la crise économique mondiale qui se fit ressentir en Grèce, en 1931, balaya tous ces efforts. Chacune des économies européennes tentait de se protéger et la Grèce en fit de même. Par conséquent, une remarquable évolution industrielle eut lieu, mais comme la structure économique du pays était fortement dépendante des affaires internationales, le niveau de vie ne s’améliora pas. Le mouvement syndicaliste croissant et la peur d’une influence communiste grandissante parmi les ouvriers, poussa Vénizélos et ses successeurs à prendre des mesures extrêmement restrictives concernant les libertés civiques. 

Le gouvernement Vénizélos perdit l’élection de 1932 et, pour la première fois depuis 1922, un gouvernement royaliste, dirigé par P. Tsaldaris, arriva au pouvoir. Les années qui suivirent furent marquées par l’austérité économique, l’instabilité politique et l’agitation sociale. Vénizélos s’était exilé de lui-même à Paris, privant de l’arène politique son imposante présence. Pendant l’entre-deux guerre, les vénizélistes et les anti-vénizélistes en étaient réduits à d’interminables querelles politiques intestines. Chaque groupe fomentait son propre coup d’État militaire. En mars 1935, l’ultime coup d’État vénizéliste fut un désastre. Le général Kondylis, ancien officier vénizéliste devenu royaliste, n’eut donc aucun mal à le faire échouer. 

La fin de la République et la dictature royale de Métaxas 

Une rapide évolution politique suivit le coup d’État avorté des partisans de Vénizélos. Les royalistes au pouvoir chassèrent de l’armée les officiers vénizélistes et démocrates. Le retour au pouvoir du roi Georges II (1890-1947), résolument anglophile, contrairement à son père, apparut comme le dernier recours à la stabilité politique et sociale. À cette époque, une grande partie de la bourgeoisie urbaine, qui avait, autrefois, ardemment défendu Vénizélos, soutenait désormais inconditionnellement l’ordre royaliste conservateur. Enfin, en août 1936, le Premier ministre Ioannis Métaxas (1871-1941), révoqua la constitution avec le soutien actif du roi et imposa une dictature (1936-1941). Ce régime lança des réformes économiques populaires destinées à alléger la pression exercée sur les couches les plus défavorisées de la société et tenta de réguler les relations dans le monde du travail. Cependant, l’oppression politique générale prit une tournure plus dure, principalement à l’encontre des groupes politiques, sociaux et ethniques. De fait, des formes ineptes de censure pénétrèrent la vie politique et intellectuelle grecque. 

Métaxas trouvait son inspiration dans la dictature fasciste italienne. Néanmoins, ne disposant ni du soutien des couches sociales adéquates ni d’une idéologie socio-politique suffisante pour fonder un régime fasciste pleinement opérationnel, le dictateur opta pour un régime autoritaire et imprudemment personnel. Ainsi, les communistes et les socialistes furent persécutés et exilés à l’intérieur des frontières. Quant aux libéraux qui se risquaient à remettre en question le "dirigeant suprême" ou ses actions, ils étaient torturés, quoique de façon moins inhumaine que les précédents.

La Seconde guerre mondiale, la résistance et la guerre civile (1940-1949) 

La dictature de Métaxas, suivie de très près par le roi Georges et ses protecteurs britanniques, tenta de maintenir la Grèce hors de la seconde guerre mondiale. Cependant, le gouvernement fasciste italien choisit la Grèce pour victime. La politique agressive de provocation qu’il mena atteint son paroxysme en août 1940, au moment des festivités religieuses, lorsqu’un sous-marin italien coula un contre-torpilleur grec au mouillage dans le port de Tinos. Finalement, le 28 octobre 1940, Mussolini présenta un ultimatum humiliant à Métaxas, que ce dernier ne put que rejeter. Le dictateur italien commit une grave erreur de stratégie et, au bout de six mois de violents combats, l’armée grecque occupait la majeure partie du sud de l’Albanie, pays sous autorité italienne depuis le début de l’année 1939. 

Le 6 avril 1941, Hitler décida de venir en aide à son allié trop affaibli et décida d’envahir la Yougoslavie et la Grèce. L’armée grecque ne put faire le poids face aux Allemands, supérieurs en nombre et en armements. Le général Tsolakoglou, désobéissant aux ordres du roi, capitula le 24 avril 1941. En Crète, les forces grecques et britanniques, fortes de la participation active de la population, livrèrent une ultime bataille désespérée (Bataille de Crète) en mai 1941. Les Nazis remportèrent une victoire à la Pyrrhus, perdant le dynamisme de leur force aéroportée. L’attaque qui se préparait contre l’Union soviétique fut repoussée de quelques mois fatidiques. Le roi, le gouvernement grec et ce qui restait des armées de terre, de mer et de l’air suivirent l’armée britannique en retraite en Égypte et continuèrent à se battre jusqu'à la victoire finale des Alliés. Les soldats étaient recrutés dans la diaspora grecque et parmi les jeunes hommes qui avaient rompu avec la Grèce. Pour la première fois depuis la période ottomane, le pays était occupé : la Thrace et la Macédoine orientale étaient sous occupation bulgare et le reste de la Grèce sous autorité italienne. Les Allemands, eux, occupaient Athènes, Thessalonique, la Macédoine, la quasi totalité de la Crète et la frontière turque. Les Bulgares et les Italiens, dans leur tentative de démembrer la Grèce, appuyèrent les mouvements séparatistes des petits groupes ethniques vivant près de la frontière. Ainsi, les Italiens utilisèrent les petites minorités d’Albanais musulmans Tchams, de la frontière avec l’Épire, et essayèrent, en vain, de former une légion valaque dans la chaîne de montagnes Pindus. La menace bulgare était bien plus sérieuse, car elle avait recours à une brutalité physique excessive et à des mouvements forcés de population. De nombreux Grecs furent chassés de Macédoine orientale, sous occupation bulgare, pour être remplacés par des immigrants bulgares. Les citoyens grecs de langue slave devaient, de gré ou de force, se déclarer Bulgares. Dans les provinces du nord de la Grèce, occupées par l’Allemagne et l’Italie, les sollicitations brutales, quand elles ne suffisaient plus, faisaient place à la force.


La Libération d'Athènes 

12 octobre 1944


La première année d’occupation fut extrêmement difficile. L’administration nazie confisquait toutes les ressources, provoquant sciemment la disette. Au cour de l’hiver 1942, les populations urbaines connurent une terrible famine et l’on estima à 250 000 le nombre de personnes mortes de faim dans les rues d’Athènes. Une année entière s’écoula avant qu’un accord ne soit trouvé, sous l’égide de la Croix Rouge, grâce auquel l’importation des produits alimentaires de base put reprendre. Malgré l’épouvantable situation économique du pays, le gouvernement collaborateur eut l’obligation de prêter des sommes astronomiques à l’Allemagne, sans qu’elles ne lui soient jamais remboursées. 

La résistance grecque s’était organisée dès les premiers mois de l’occupation. Fondé le 27 septembre 1941, l’EAM (Front national de libération), de gauche, représentait le parti le plus important. Les mouvements de résistance commencèrent à gagner du terrain en 1942, avec la formation de groupes armés, tels que l’Elas, l’Edes ou l’Ekka. En mars 1943, les manifestations et les rassemblements furent suffisamment puissants pour empêcher la concrétisation du projet allemand d’enrôler de force tous les travailleurs grecs et de les envoyer travailler dans les usines allemandes. En dépit de la brutalité des représailles allemandes pour tout acte de résistance, les actions de sabotage et les attaques armées se multipliaient. La population masculine de la petite ville de Kalavryta et de nombreux villages comme Koméno, Kleisoura et Distomon fut décimée de façon barbare par ce type d’opérations aveugles. Mais cela n’empêcha pas les groupes armés de contrôler, à partir de 1944, une grande partie des montagnes du pays. 

L’horreur atteignit son paroxysme avec l’extermination de presque tous les Juifs de Grèce. Il existait à Thessalonique, depuis le début du XVIème siècle, une importante communauté juive séfarade représentant l’un des plus grands centres de la culture juive en Méditerranée. Toute cette population fut expatriée et exterminée par les nazis. Il en fut de même pour les anciennes communautés de Corfou ou de Jannina, pour ne citer qu’elles. En Thrace et en Macédoine orientale, les Bulgares avaient protégé eux-mêmes leur communauté juive, tout en collaborant étroitement avec les Allemands. Seuls certains Juifs, qui avaient participé à la résistance armée ou qui s’étaient bien intégrés aux populations importantes des villes comme Athènes, furent épargnés. Quelques communautés (Zante, Katérini et Volos) purent heureusement être évacuées et sauvées grâce à l’église, aux groupes de résistance ou aux fonctionnaires de l’administration locale. D’autres durent également leur salut à leurs voisins chrétiens. Néanmoins, les pertes humaines furent considérables : plus de 58 800 Juifs grecs furent exterminés, soit 82% de la population juive. 

La Grèce subit de très lourdes pertes humaines et matérielles. Sur le plan humain, on estime à 687 000 le nombre total de morts. L’infrastructure, quant à elle, fut détruite par les combats, les bombardements, le sabotage et le pillage. Mais le pire était à venir. On savait que les groupes de résistance étaient armés et déjà impliqués dans leur conflit de politique interne. En 1944, les gouvernements royal britannique et grec envisagèrent une confrontation armée avec le front national de libération (EAM), dont l’influence s’étendait à toutes les zones rurales et à la majorité des villes principales, bénéficiant alors du soutien de la plupart des Grecs. 

En octobre 1944, Athènes fut libérée. C’est avec enthousiasme que la nation réjouie accueillit les armées grecque et britannique. Malheureusement, un antagonisme surgit bientôt entre les résistants de l’EAM, qui couvraient la majorité des villes et des campagnes, et le gouvernement royal, soutenu par les britanniques. Ainsi, le 3 décembre 1944, à la suite de l’échec des tentatives pour trouver un compromis, un conflit armé éclata à Athènes. En février 1945, après un mois de lutte forcenée dans les rues, l’EAM et le gouvernement grec se réunirent à Varkisa pour parvenir à un accord, entériné par le gouvernement britannique. Les termes de l’accord prévoyaient, notamment, le désarmement des groupes de résistance, la "démocratisation" des forces armées, de la police et de l’administration grecques et enfin, l’organisation transparente d’un référendum impartial par le monarque. 

Aucun des articles de l’accord ne se concrétisa totalement, mis à part le désarmement partiel et la démobilisation de la plupart des groupes de résistance de gauche. Les anciens libéraux vénizélistes, eux, étaient utilisés à leurs dépens par le roi. En dehors des villes, les royalistes exacerbaient les passions politiques avec leur terrorisme blanc. L’aile gauche de l’opposition fut peu à peu amenée à la guerre civile. Le parti communiste, dirigé par son ancien leader, Zachariadis (de retour de Dachau), assuma son rôle de principale force d’opposition, mais se révéla incapable de maintenir une politique stable. L’erreur fondamentale de Zachariadis fut d’appeler à l’abstention pour les élections de mars 1946. C’est ainsi que les communistes se coupèrent de la scène politique. Néanmoins, premièrement, la provocation permanente et les humiliations subies par les anciens résistants, deuxièmement le rétablissement d’une administration et d’une armée autoritaires et troisièmement, la prédominance marquée de forces politiques royalistes et d’extrême-droite dans le camp anticommuniste menèrent inéluctablement l’aile gauche de l’opposition à la guerre civile, qui éclata en octobre 1946. 


E. Iliou

Leader politique de la gauche


Cette guerre civile fut tout aussi destructrice que la précédente, en terme de vies et de ressources économiques, mais plus amère encore. Elle s’inscrivit dans le contexte de la Guerre Froide - qui faisait rage dans toute l’Europe - et retarda la saine évolution politico-démocratique du pays des trois décennies suivantes. Les États-Unis prirent le relais de la Grande-Bretagne, départie de son rôle de protecteur des gouvernements royalistes. Après l’ultime défaite de la révolte communiste d’août 1949, la plupart des survivants parmi les sympathisants, qui ne s’étaient pas encore exilés en Europe de l’Est, furent emmenés en camps de concentration sur de petites îles, où ils étaient emprisonnés ou persécutés. Pour leur part, les sympathisants (deux Grecs sur trois étaient soupçonnés) étaient, entre autres, victimes de discriminations, renvoyés de leurs postes, dans les domaines de l’administration ou de l’éducation, ou personnellement humiliés. Certains d’entre eux choisirent d’émigrer, tandis que d’autres se résignèrent à voir leurs vies ravagées.


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Dernière modification : 11/02/2015