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1950-à nos jours

 

Aperçu de l’Histoire de la Grèce moderne

Par S. Petmezas

 

"L’insuffisant" régime parlementaire et son effondrement (1950-1974)

 Après la guerre civile, le parti communiste fut exclu du gouvernement. Cependant le parti EDA (gauche démocratique unifiée), qui s’y substitua, se retrouva fortement marginalisé du pouvoir politique. Quant aux différents partis centristes-libéraux des années post-vénizélistes, qui avaient soutenu les royalistes pendant la guerre civile, ils étaient toujours suspectés d’inclination républicaine. Les États-Unis avaient endossé le rôle de meneur dans la croisade anticommuniste et voyaient en la personne du roi un bon allié. Ce dernier avait désormais le contrôle de l’armée et des hautes instances de l’administration publique, dominant ainsi le système politique. En outre, la justice, l’éducation et l’armée étaient dirigées et composées par les mêmes individus royalistes qui avaient servi sous Métaxas, voire sous les gouvernements collaborateurs. Ils étaient, en majorité, anticommunistes et conservateurs, de tendance antiparlementaire et autoritaire. 

Après une courte période libérale (1950-1951), un gouvernement très conservateur arriva au pouvoir, avec à sa tête, Alexandre Papagos. Puis, d’autres gouvernements de droite se succédèrent, jusqu’en 1963. C’est à eux que l’on doit la mise en place d’un système parlementaire "boiteux", allant profondément à l’encontre d’une grande partie de le population grecque. Pour ce qui est de l’armée, fidèle à la royauté, elle échappait entièrement à tout contrôle politique. Néanmoins, diverses allégeances officieuses se faisaient parmi les officiers et les politiciens. Le pouvoir glissait des mains du roi. 


Constantin Caramanlis

Premier ministre :

1955-1963, 1974-1980

Président de la République hellénique : 

1980-1985, 1990-1995


En dépit du climat politique orageux, l’économie grecque commença à se redresser, tandis que la population migrait en ville et que l’industrie de la marine marchande nationale était en plein essor. Les différents gouvernements dirigés par le jeune Caramanlis jouèrent un rôle déterminant, attribuable à la rapide évolution de la conjoncture internationale, au réseau de transports et de communications du pays et à l’intégration progressive de la Grèce aux structures d’Europe occidentale. En 1952, la Grèce devint membre à part entière de l’OTAN, et signa, par la suite, un accord d’Association au Marché commun européen (traité d’Athènes, juillet 1961). Cette ascension rapide dura jusqu’aux années 1970, permettant à la Grèce de rattraper, en partie, le niveau des autres économies européennes et de réunir les qualités requises pour intégrer l’Union européenne, en 1981. Il convient toutefois de signaler que l’essor économique de la Grèce ne se fit pas sans heurts, et qu’entre 1960 et 1972, une grande partie de la population quittait la campagne, n’ayant d’autre alternative que l’immigration vers les autres pays européens, en quête de main-d’œuvre supplémentaire. 

Le climat politique et social des années 1960 fut tout aussi tumultueux. Caramanlis maintenait son cap, sans toujours satisfaire les royalistes et sous la pression grandissante de la gauche. La crainte d’une victoire de la gauche aux élections de 1961 entraîna le trucage du scrutin. Cela provoqua un tollé général contre le gouvernement. Ce mouvement de contestation était dirigé par Georges Papandréou, le plus ancien des leaders de l’Union du Centre (confédération aux contours imprécis composée d’anciens vénizélistes libéraux et de conservateurs insatisfaits) et finit par renverser le gouvernement. Georges Papandréou, vainqueur des élections de 1964, bénéficiait du large soutien des électeurs libéraux et de gauche. Ces derniers entendaient ainsi marquer leur mécontentement vis-à-vis des différents gouvernements autoritaires royaux, dont ils estimaient qu’ils avaient eu tort de les percevoir comme la principale menace à la dynastie. Malgré tout, le jeune monarque, obstiné, désavoua publiquement et à plusieurs reprises, son Premier ministre ; pendant ce temps, l’entourage du monarque sapait la cohésion au sein du gouvernement élu. La division de l’Union du centre se solda par la chute du gouvernement de Papandréou, en juillet 1965, sans entacher pour autant sa popularité grandissante. 


Georges Papandréou

leader de l'Union du Centre

Premier ministre

1963-1965


Le climat politique était empoisonné par les actes du centre officieux du pouvoir, qui, sous protection royale, échappait au contrôle du gouvernement. À cela s’ajoutaient des ligues secrètes d’extrême droite de moindre importance, qui, depuis 1961, étaient plus attachées que jamais à leurs objectifs et intimidaient les opposants politiques en discréditant les partis du centre et de la gauche. Tous ensemble, ils saisirent bientôt l’occasion d’instaurer ce qui était, à leurs yeux, la seule solution à l’instabilité et à la démocratie en général : la dictature. Une coalition de colonels l’emporta sur les généraux du roi et fomenta un coup d’État le 21 avril 1967, un mois avant les élections. Les colonels putschistes étaient inconnus de tous, si ce n’est des conspirateurs royaux. Le roi vaincu tenta de reprendre le contrôle de la situation en préparant un coup d’État d’amateur en décembre 1967. À la suite de son échec, il quitta le pays. 

La junte militaire exerça le même type de contrôle que les dictateurs précédents. La réputation du dictateur lui-même s’était forgée sur l’excès de ridicule. L’hostilité croissante de la population ressortait particulièrement dans les multiples manifestations des étudiants. Le régime dictatorial tenta de se légitimer par un minutieux transfert de pouvoir aux anciens politiciens conservateurs. L’armée fut appelée à "restaurer" l’ordre dans Athènes, ce qu’elle fit, laissant plus de quarante morts derrière elle. Une semaine plus tard, Papadopoulos fut renvoyé par son chef de police militaire, le brigadier Ioannidis, dernier bastion du pouvoir à Athènes. 

La nouvelle dictature était complètement isolée de la scène internationale. La dernière de ses actions qui fit date fut la regrettable décision d’utiliser le contingent grec à Chypre pour faire un coup d’État contre l’archevêque Makarios, président de l’île et figure éminente du mouvement non-aligné. En 1960, Chypre obtint son indépendance, à l’issue d’une lutte acharnée contre les autorités coloniales britanniques. Mgr Makarios, dirigeant à la fois religieux et national de la communauté chypriote-grecque - qui représentait plus de 80% de la population de l’île - accepta alors l’indépendance de Chypre comme "deuxième meilleure" solution pour Chypre, estimant pour sa part que l’union totale à la Grèce eût été préférable. D’après le traité de Zurich de 1960, la Grèce, la Turquie et la Grande-Bretagne devaient assurer collectivement la bonne application de la Constitution chypriote et la sécurité du pays. En outre, la Grande-Bretagne avait un droit souverain sur les deux bases navales qu’elle possédait sur l’île, tandis que la Grèce et la Turquie disposaient de deux petits contingents armés. Ainsi, les deux communautés coexistèrent pacifiquement jusqu'à ce que se déclenche, en 1964, un conflit entre les radicaux des deux bords. La détérioration des relations intercommunautaires qui s’ensuivit eut un impact terrible sur les relations gréco-turques. De leur côté, les États-Unis avaient du mal à accepter la neutralité de Chypre, ayant plutôt comme objectif de faire entrer l’île dans l’OTAN et voulant probablement s’assurer que la partition de l’île entre leurs alliés, la Grèce et la Turquie, serait pacifique. Georges Papandréou et l’Archevêque Makarios étaient fortement opposés à la partition et, en 1964, parvinrent à l’empêcher. Il y eut ensuite la crise gréco-turque de 1968, dans laquelle la junte militaire grecque fit preuve d’un grand manque de détermination, qu’elle tenta de justifier par un discours nationaliste. Cela aboutit à la mise au point d’un coup d’État, le 15 juillet 1974, dans le but d’évincer Mgr Makarios et ses partisans, représentant la majorité de l’électorat chypriote. Puis, le 20 juillet, tandis que le contingent de l’armée grecque et la milice chypriote étaient occupés à repousser leur ennemi interne, l’armée turque envahit l’île non surveillée, sous prétexte de remplir unilatéralement son droit en tant que garant de la sécurité de la communauté chypriote grecque. Après l’effondrement soudain de la dictature et le retour à la démocratie, les trois puissances négocièrent une trêve et tentèrent en vain d’aboutir à un accord. L’armée turque, qui jouissait d’une supériorité totale en nombre et armements sur Chypre, rompit le cessez-le-feu et se lança, le 15 août 1974, dans une nouvelle série d’opérations militaires. Elle parvint ainsi à son véritable objectif : celui de diviser fermement l’île en deux zones ethniques purifiées. À force de combats et de violence gratuite, l’armée turque chassa plus de 200 000 Chypriotes grecs hors de leurs foyers, dans le nord de l’île. De même, la majorité des Chypriotes-turcs abandonnèrent leurs maisons pour se rendre dans les zones sous occupation turque du nord de l’île. C’est depuis cette époque que la Turquie occupe illégalement la partie nord de Chypre. De même, elle manigança une large politique de colonisation des citoyens turcs dans l’intention de rendre permanente cette séparation. Nicosie est aujourd’hui une capitale matériellement divisée, la dernière en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Déçus par le manque de liberté politique et d’opportunités économiques, de nombreux Chypriotes-turcs émigrèrent au Royaume-Uni. L’État indépendant de Chypre a intégré l’Union européenne.

La troisième République hellénique à partir de 1974 

Le désastreux coup d’État de Chypre prouva incontestablement que la dictature militaire n’était pas plus capable de préparer la Grèce à la paix qu’à la guerre. L’échec national causé par la dictature fut l’aboutissement naturel de toute cette culture d’extrême-droite qui, tout en étant étroitement liée à la monarchie, avait occupé la vie politique et intellectuelle du pays depuis 1935. La monarchie et son entourage politique antiparlementaire n’avaient plus aucun poids, pas plus que les discours anti-libéraux ou anti-socialistes. 

Constantin Caramanlis, qui s’était exilé de lui-même à Paris en 1963, fut instamment prié de venir former un gouvernement et remettre de l’ordre dans le chaos laissé par les Colonels. Son deuxième mandat (1974-1980) découla de l’irréprochable référendum qui permit le retour de la République Hellénique. Son gouvernement peut notamment se féliciter d’avoir su assurer l’avenir du développement économique du pays, d’avoir consolidé ses institutions démocratiques, et légalisé le parti communiste, mettant ainsi un terme à la politique de discrimination de la gauche. Il parvint également à résoudre l’éternelle querelle sur la "question de la langue", en légalisant l’utilisation de la démotique mixte, dans les domaines de l’éducation et de l’administration. Enfin, le 1er janvier 1981, la Grèce devint le dixième membre du Marché commun européen. Dès lors, le pays dans son ensemble s’attela à remplir les objectifs de l’Union européenne. 

Le parti socialiste, avec à sa tête Andréas Papandréou (1919-1996), remporta successivement plusieurs victoires électorales et domina la vie politique du pays. Les plus grandes avancées de Papandréou furent la création d’un système de sécurité sociale, la modernisation de l’éducation nationale et l’arrêt définitif de toute forme de discrimination politique et sociale. Enfin, il sut mettre fin à l’héritage symbolique de la Guerre civile. 


Andreas Papandreou

Premier ministre

1981-1989, 1993-1996


La Grèce était mal préparée à la désintégration de ses voisins des Balkans qui se produisit à l’issue de la Guerre froide. Ayant des relations difficiles avec son voisin de l’Est, il arriva que le pays se sente isolé de l’Union européenne, jusqu’aux événements dramatiques des années 1990. Les difficultés économiques, l’instabilité politique et les guerres civiles dans les Balkans et le Caucase démontrèrent soudainement à tous les Grecs la valeur et la fragilité des institutions démocratiques. Le pays d’émigrants qu’était la Grèce se transforma en une terre d’immigration, légale ou clandestine. S’ils croyaient autrefois être immunisés contre l’intolérance et la xénophobie, les Grecs doivent aujourd’hui apprendre à s’adapter à leur nouvel environnement et accepter le fait que la Grèce n’est plus une île européenne.   


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Dernière modification : jeudi 12 décembre 2013